![]()
Pierre Cholenec, S.J.
La vie de Catherine Tekakwitha,
première vierge Iroquoise
Chapitre 1
Catherine Tekakwitha, est le nom de la jeune fille sanctifiée dont je vais écrire la vie et qui est si célèbre aujourd’hui en Nouvelle-France à cause des merveilles extraordinaires que Dieu a opérées et continue d’opérer partout par son intercession. Elle naquit en 1656, parmi les Iroquois, à Gandaouague qui est un établissement du bas Iroquois. Sa mère, d’origine algonquine, a été baptisée et élevée parmi les Français à Trois-Rivières. C’est là qu’elle fut prise par les Iroquois qui nous faisaient alors la guerre avec les Français, et qui l’amenèrent comme esclave dans leur pays. Elle vécut parmi eux et tout de suite se mariera à l’un des chefs du village dont elle eut deux enfants, un garçon et une fille qui se nomme Tekakwitha.
On rapporte de cette femme vertueuse qu’elle conserva sa foi et la crainte de Dieu qu’elle pria jusqu’au dernier soupir, mais elle n’avait ni le temps ni la consolation d’inspirer ses sentiments méritoires à ses deux enfants. Quoiqu’elle ait eu la joie de les mettre au monde, elle eut le regret de mourir sans avoir pu les faire baptiser qui était son unique désir. La petite vérole sévit chez les Iroquois et plusieurs d’entre eux en sont morts. Elle fut elle-même touché par ce malheur commun, abandonnant ses deux enfants encore très jeunes et incapables de prendre soins d’eux-mêmes.
Elle pria le Créateur, de bien vouloir être aussi leur Père et de les prendre sous sa protection divine. Dieu avait entendu une si juste prière dans la personne de Tekakwitha. Son frère fut enlevé par la même maladie peu de temps après sa mère. Tekakwitha en fut aussi menacée, mais Notre-Seigneur, qui l’avait choisie pour être un jour son épouse, la délivra de ce danger pour faire éclater en elle les merveilles de sa grâce. Elle resta très faible pour le restant de sa vie; ses yeux étaient affectés et ne pouvaient supporter la lumière du grand jour. Elle fut obligée toute sa vie de cacher son visage dans une couverture, lorsqu’elle sortait de sa maison longue, comme on l’a dépeinte sur ses images, contrairement aux autres filles Indigènes qui portaient leur couverture sur les épaules. Nous ne connaissons pas le destin de son père, nous savons seulement que Tekakwitha devint orpheline à l’âge de quatre ans et qu’elle a ensuite vécu avec son oncle, un des anciens les plus considérés du village. Ses tantes prirent d’autant plus soin d’elle, qu’elles espéraient en tirer des avantages avec le temps et n’eurent pas de peine à réussir dans sa bonne éducation.
La petite avait de fort bonnes dispositions. Elle était d’une grande douceur et vieillissait visiblement en sagesse. Toutes ses inclinations la portaient à la vertu. Dieu, qui la voulait pour lui, lui inspira le bonheur de l’amour du travail et de la solitude. On peut dire ces deux inclinations sont les sources de la vie si innocente qu’elle a menée dans le pays des Iroquois.
Quand elle fut un peu plus vieille, elle travaillait toujours dans sa maison longue. Elle effectuait tous les services qu’elle était capable de faire pour ses tantes. Elle sortait en public seulement pour des raisons d’affaire. Elle était toujours occupée dans sa maison longue où elle passait quelque de son temps à faire des petits articles, car elle possédait une habileté extraordinaire. Elle moulait le blé d’inde, allait chercher de l’eau et portait du bois; c’était là le travail ordinaire de son genre parmi les Iroquois. Elle évitait l’oisiveté qui est fréquente chez les filles et la source des vices infinis. Elle évitait de rendre visite aux autres filles, comme le voulait la coutume des jeunes filles Iroquoises. Ce qui est plus admirable encore, c’est qu’elle a en une horreur naturelle tout ce qui est contraire à la pureté. Cette horreur a fait fuir toutes sortes de compagnies ou d’assemblées et lui évita de s’habiller comme les autres filles Indigènes à cause de sa vue.
Elle se laissait conduire en cela même par ses tantes, seulement pour leur obéir et pour leur plaire, mais elle reconnu par la suite dans cet acquiescement un des plus grands péchés de sa vie; elle s’en fit un motif de honte et se repentit par des larmes. C’est cette même horreur de l’impureté et son amour qu’elle sentait dedans pour la chasteté, sans en connaître encore le mérite, qui la poussèrent à refuser le mariage. Cette jeune Iroquoise avait des inclinations très fortes opposées au dessein de ses tantes. Quand ses tantes voulurent l’obliger à prendre parti, elle s’excusa en soutenant son très jeune âge et le peu d’envie de se marier. Ses tantes semblaient approuver ses raisons, mais plus tard elles se sont encore résolues de la marier au moment où elle s’y attendait le moins, sans qu’elle puisse choisir l’homme avec qui elle devrait s’unir. En conséquence, elles avaient arrêté leur choix sur un jeune homme dont l’alliance semblait désirable. Elles lui ont donc fait une proposition, ainsi qu’aux membres de sa famille. L’affaire fut réglée de chaque côté et en soirée le jeune homme entra dans la maison longue qui lui était destiné et s’assis auprès d’elle. Tekakwitha sembla déconcertée en voyant le jeune homme assis à côté d’elle. Alors, elle se leva brusquement et quitta la maison longue sans se retourner jusqu’à ce que le jeune homme soit parti.
Cette fermeté avait fait outrage à ses parents et elle devait compenser chèrement pour ça, parce que ses tantes avaient vu en elle une obstination insupportable et inconcevable parmi les Iroquois. Depuis ce temps là elle souffrait dans sa maison longue où elle n’était plus considérée comme une enfant, mais comme une esclave maltraitée qu’ils avaient rejetée et traitée avec sévérité à chaque occasion. Malgré cela, elle se comporta avec si patience et douceur devant le rejet et les mauvais traitements, parce qu’elle avait un si grand respect pour ses tantes dans toutes les autres matières; si bien qu’elle regagna bientôt leur affection. Elles ne parlèrent plus de son mariage et la laissèrent vivre en paix, à sa manière, sans l’importuner.
Tekakwitha avait toujours résisté avec la grande détermination et la grâce particulière de Notre-Seigneur qui veillait sans doute à la pureté de sa future épouse. Dieu fit tourner cette petite persécution au bien de sa fidèle servante pour la préparer à recevoir le saint baptême. C’était la plus grande des grâces et la seule chose qui lui manquait pour faire d’elle une sainte fille, et lui donner la perfection finale pour les nombreuses bonnes qualités naturelles qui brillent en elle.
Chapitre 2
En 1674, le Père Jacques de Lamberville est venu dans le village de Gandaouage et a pris en charge la chapelle de Saint Pierre. Tekakwitha n’avait pas entendu ses instructions et elle sentait un grand désir de devenir chrétienne, mais parce qu’elle a retenue la peur de son oncle qui c’est uni dans l’opposition à l’égard des chrétiens ou en raison de sa modestie, qui la rendait trop timide, elle n’osait pas dévoiler ses sentiments au Père. Dieu lui offrit alors le moyen d’assouvir son désir lorsqu’elle s’y attendait le moins.
Le Père fut conduit par Dieu au village de notre jeune Iroquoise et il a e reçu des ordres de ses supérieurs de rester là.
C’était l’automne 1675 et presque toutes les femmes travaillaient à la moisson du blé d’inde. Tekakwitha s’est blessé au pied et devait rester dans le village. Ses tantes lui confièrent le soin de la maison longue et toutes les affaires domestiques pendant qu’elles étaient dans les champs, de sorte qu’elle passait ses journées toute seule. C’est donc en ce temps-là que le Père choisit de visiter les maisons longues pour instruire à son loisir ceux qui y demeuraient. Un jour, alors qu’il effectuait ses visites comme l’habitude les après-midi et ayant passé déjà la maison longue de Tekakwitha parce qu’il croyait n’y trouver personne, il se sentit inspiré d’y retourner et d’y entrer.
Le Père était si édifié par sa modestie et sa timidité, mais il l’était plus encore quand il a appris quelle vie vertueuse elle a menée. Il lui parla du christianisme. Elle était ravie parce qu’elle réalisait enfin son désir d’embrasser la foi chrétienne. Après qu’elle fut remise de sa blessure, elle s’était rendue à la chapelle avec assiduité.
Quand il la trouvait si fidèle qu’il s’informa de sa conduite dans sa maison longue, et tous ne dirent d’elle que du bien. En vérité, il vu qu’elle n’avait aucun des vices des filles de son âge et ceci l’encourageaient à lui enseigner régulièrement. Il remarquait clairement que l’Esprit-Saint l’éclairait son âme pour voir et pour toucher son cœur à embrasser la vérité de notre religion. Après sa première conversation avec Tekakwitha, il a vu que sa croyance en Dieu avait une grande importance pour elle. Pour cette raison, il a décidé de lui accorder la grâce qu’elle désirait si ardemment, soit le baptême.
Le Père a donc passé l’hiver à lui enseigner les prières et à la préparer pour recevoir ce sacrement qu’est le baptême. Le Père de Lamberville devinait les grands profits que le baptême d’une fille de ce caractère apporterait à cette nouvelle église. Il a voulu donc voulu lui accorder solennellement la fête de la Résurrection, soit le dimanche 5 avril 1676, qui était le plus splendide jour de l’année. En ce grand jour, il la baptisa en présence de tous les chrétiens du village qu’il avait tous fait rassembler pour rendre la cérémonie plus impressionnante. Tekakwitha s’est agenouillée, entourée par les catéchistes et les nouveaux convertis. Elle écoutait le Père qui l’instruisait de l’importance de cette occasion. Après les interrogations habituelles et les prières, il la baptisa.
Il la baptisa avec le nom de Catherine. Bien que ce nom ait déjà été consacré à la pureté de nombreuses vierges saintes, elle lui conférait gloire encore plus grande. Tous ont été témoins de la modestie et de la dévotion dont elle fit preuve pendant la cérémonie et ont manifestés leur grande joie à l’égard de ce baptême. Ils s’estimaient heureux d’avoir parmi ce petit nombre une personne si parfaite et tellement admirée dans le village. Ils espéraient non seulement son attachement pour la religion qu’elle venait d’embrasser, mais qu’elle en attirerait beaucoup d’autres à suivre son exemple. Ils n’ont pas mis longtemps pour remarquer qu’ils étaient justifiés dans l’opinion favorable tous avaient formé dans cette matière. Catherine n’a pas seulement justifié leur espoir mais elle l’a dépassé par la ferveur dont elle a fait preuve après son baptême. On avait raison de croire que l’Esprit-Saint a rempli de sa grâce une âme qui était disposée à recevoir par une vie innocence et que peut-être dit c’était angélique.
Toutes ces belles dispositions de vertus se sont révélées sous peu lorsqu’elle fut obligée d’apparaître en public et d’assister aux exercices communs de piété avec les nouveaux convertis et qu’avant elle avait confie dans sa maison longue. Son caractère propre était parfait depuis le début, si bien qu’elle surpassa bientôt toutes les autres et en moins de quelques mois elle devint pour ses compagnes un modèle d’humilité, de dévotion, de douceur, de charité et de toutes les autres vertus chrétiennes. Si une l’avait respecté dans son commencement que cette même personne bientôt ne sera senti l’admiration d’une vertu tellement jeune et déjà solide. Ainsi que quelques mois se sont passés très paisiblement.
Dès le commencement, même ses parents ne semblaient pas désapprouver la nouvelle vie qu’elle a menait. L’Esprit-Saint nous a fait savoir par la bouche de la Sagesse que lorsqu’un âme fidèle s’unit à Dieu, cette âme devra se préparée à la tentation; et cela a été prouvé dans le cas de Catherine. Son extraordinaire vertu l’a amenée à être persécutée par ceux-là mêmes qui l’ont admirée. Ils ont vu dans sa vie si pure un reproche tacite à leur manière de vivre. Ils ont donc voulu nuire à sa réputation et ont tenté par plusieurs tromperies de souiller sa pureté.
La confiance que Catherine avait en Dieu, la méfiance qu’elle avait d’elle-même, sa fidélité dans la prière et la considération pour les sentiments que la fait crainte aussi l’ombre du péché et lui ont donné une victoire parfaite sur les ennemies de son innocence. L’exactitude avec laquelle elle respectait les journées de fêtes à la chapelle fut la cause d’une autre tempête déclenchée par ses parents. Le Rosaire était récité par deux chœurs dans un exercice lors des jours saints et Catherine n’avait jamais négligé cet exercice. Les hymnes et les cantiques sacrés sont appris immédiatement et son chantés par les Indigènes, parmi lesquels les femmes se surpassent. Cette sorte de psalmodie réveille l’attention des nouveaux convertis et anime leur dévotion. Ils chantent très bien et très dévotement. Ils ont une oreille fine, une bonne voix et un goût rare pour la musique. On peut les entendre hurlant dans les bois quand ils chantaient à leur manière.
Sa famille n’a pas accepté se soit abstenue, en ces jours particuliers, d’aller travailler avec les autres dans les champs. Après un moment, ils sont venus avec des mots déplaisants jeter sur elle le rapproche selon lequel le christianisme l’aurait efféminée et habituée à une vie indolente. Ils ne lui donnaient plus rien à manger et l’obligèrent, par la famine, de les suivre et de les aider dans leurs travaux. Catherine a supporté leurs reproches et leur mépris avec fidélité. Elle a préféré, à cette époque, se priver de nourriture pour ne pas violer la loi qui exige d’observer les fêtes et les pratiques habituelles de piété. Cette fermeté, que rien ne pouvait ébranler, troublait ses parents de plus en plus.
Quand elle se rendait à la chapelle, ils la faisaient suivre par des ivrognes, ou des gens qui semblaient l’être, et qui lui lançaient des pierres. C’était même étendu aux enfants qui la pointaient du doigt à elle et cria en railleur à l’appelaient la « Chrétienne. » Pour éviter leurs insultes, elle était obligée de prendre les chemins les plus détournés.
Un jour qu’elle était retournée à sa maison longue, un jeune homme entra brusquement avec des yeux en furie et une hache à la main qu’il souleva pour la frapper, sans aucun autre but que de l’effrayer. Quelle que fut l’intention de cet Indigène, Catherine s’était contentée avec modestie de baisser la tête sans laisser paraître la moindre émotion. Il ne s’attendait pas à cette intrépidité, si bien qu’il a immédiatement quitté la maison longue, comme s’il était terrifié par quelque pouvoir invisible. Ce sont de telles épreuves de patience et de piété que Catherine a dû traverser au cours de l’été et de l’automne qui ont suivi son baptême.
L’hiver lui amena un peu plus de tranquillité. Bien qu’elle n’ait pas été libérée de subir quelques rencontres avec l’une des ses tantes. Sa tante avait un esprit trompeur et menaçant. Elle ne pouvait pas supporter la vie ordinaire de sa nièce et elle condamnait constamment ses actions avec les paroles les plus indifférentes. C’était une coutume parmi les Indigènes que les oncles donnent le nom de fille à leurs nièces et qu’en retour elles donnent à leurs oncles le nom de père. Cependant, c’était arrivé une ou deux fois que Catherine appelle le mari de sa tante par son nom propre, mais aucune mauvaise intention. Cet esprit malfaisant n’avait eu besoin de rien de plus pour causer une atroce calomnie. Cette femme prétendait que cette manière de s’exprimer était la preuve d’une intimité.
Elle est donc allée trouver le missionnaire. Elle accusait Catherine et pour placer une fin dans son penser des sentiments de l’estime qu’il avait toujours pour Catherine. Le Père de Lamberville comprit l’esprit malfaisant de cette femme et prit connaissance de ce qui a donné lieu à cette suspicion. Il lui a fait un sévère reproche et l’envoya complètement déconcertée. Quand il a, plus tard, mentionné cela à Catherine, elle répondit avec une largeur d’esprit et une confiance montraient l’absence de tout mensonge. Catherine déclara sur la bonté de Notre-Seigneur ne jamais avoir taché sa pureté et n’avoir jamais craint de recevoir des reproches à ce sujet le jour du jugement. À cette occasion, elle déclara que peut-être on n’aurait pas pu le savoir si elle n’avait pas été mise à l’épreuve.
Chapitre 3
Après son baptême, Catherine est restée un an et demi dans son pays. Le Père de Lamberville l’admira beaucoup parce qu’elle montrait toujours de l’ardeur et tous les jours elle faisait de nouveaux progrès en vertu. Pour cette raison, il voulait transplanter cette fleur dans une meilleure terre où elle pourrait prendre racine sûrement et être hors de danger de corruption.
Il y avait déjà quelques années que la mission de Saint-François-Xavier existait chez les Français à La-Prairie-de-la-Madeleine, en face de l’île de Montréal. Et il n’y avait qu’un an avant qu’elle arrivait que ce lieu avait été transporté au pied du Sault-Saint-Louis, d’où elle tirait son nom. La paix que nous avions alors avec les Iroquois en attira plusieurs en ce lieu. En raison du repos et de la douceur qu’ils y trouvaient, ils se firent bientôt baptiser à l’exemple de quelques familles huronnes qui s’y étaient déjà établies. Ces fervents chrétiens menaient une vie si édifiante que même les Français en témoignèrent. Cette mission était une vive image de l’église primitive.
Les Iroquois venaient à la mission et quand ils retraient qu’ils racontaient à tout le monde avec éloges les merveilles témoignées au Sault, de sorte qu’on ne parlait pas d’autres choses chez les Iroquois. Ils sont venus en grand nombre ici pour prendre part au bonheur des leurs compatriotes, particulièrement des Agniers.
Le jour que Catherine fut baptisée, le Grand Agnier était retourné à la mission avec trente Iroquois dont il a fait gains à Jésus-Christ. Elle voulait volontairement le suivre, mais elle était dépendante, comme je le disais plus tôt, de son oncle qui voyait seulement avec tristesse son village se depeupler. Il se déclara l’ennemi de tous ceux qui pensaient aller vivre parmi les Français. C’est à ce moment là que le Père de Lamberville pensa que Dieu voulait voir Catherine.
Il parlait de ça parfois avec elle, surtout quand elle venait le voir pour lui mentionner le mécontentement des autres dans la maison longue. Pour la consoler, il lui parla de la paix dans laquelle vivaient les chrétiens au Sault-Saint-François-Xavier. Une paix qui, si elle y vivait, lui apporterait plus de douceur en un jour que de joie en un an là où elle demeurait. Ainsi, Dieu allait bientôt lui montrer la voie.
Catherine avait une sœur d’adoption, son aînée, qui a habité avec son mari à cette mission pendant quelques années. Elle avait envie de partager son bonheur avec Catherine. Elle a donc envoyé son mari, avec Ogeratarihen et un Indigène de la mission de Lorette, chercher Catherine. Ses tantes parurent disposées à la laisser partir, mais tout était à craindre du côté de son oncle qui était très influent et fortement opposé à ces migrations qui dépeuplaient leur pays pour peupler le nôtre. Cependant, le Ciel interféra pour Catherine.
C’est avec difficultés qu’ils arrivèrent au village où Catherine demeurait. Son beau-frère lui déclara son dessein, que c’était le désir de sa sœur qu’elle vienne vivre avec eux à la mission du Sault. Il a fait cet éloge en peu de mots.
Ogeratarihen entra dans la cabane du Père et immédiatement une multitude de personnes sont venus saluer ce visiteur, comme le voulait la coutume du pays, et parmi eux se trouvait Catherine. Cet homme, voyant qu’ils s’étaient tous rassemblés autour de lui, commença à parler du christianisme et du bonheur de ceux qui sont venus vivre au Sault-Saint-François-Xavier. Catherine était touchée par les paroles du prédicateur, comme si Dieu les lui avait adressées. Elle a cherché le Père de Lamberville pour lui dire qu’elle était déterminée à faire ce qu’il lui avait si souvent conseillé. Elle le supplia avec conviction de prendre les mesures appropriées pour retenir ses parents qui l’empêcheraient de quitter.
Il l’a placée au soin de Ogeratarihen qui a fortement appuyé Catherine dans sa résolution. Son oncle était alors en négociation avec les Anglais à Fort Orange. Ils profitèrent donc d’une si favorable circonstance pour commencer leur voyage. Catherine arriva à l’automne 1677. Avec un trésor de mérites pour elle, de splendides exemples pour nous, à la gloire de Dieu et au grand profit de la mission, elle est présentement une puissante protectrice contre tous les ennemis visibles et invisibles.
Chapitre 4
Dieu qui, de toute éternité, avait choisi Catherine Tekakwitha pour faire éclater en elle les merveilles de sa grâce, ne permit pas qu’elle demeura plus longtemps dans un pays qui ne méritait pas de la posséder. Il nous l’envoya au Sault pour fortifier cette mission dans ses commencements et pour l’éclairer d’avantage par les exemples d’une vie angélique. Le Père Frémin, un des grands missionnaires de la Nouvelle-France, avait alors le soin de la mission. Le Père Chauchetière et moi y étions avec lui.
Catherine me fut envoyée par le Père Jacques de Lamberville et la lettre qu’elle m’apporta de sa part contenait ce passage: « Catherine Tekakwitha va demeurer au Sault. Prendriez-vous en charge, je vous prie, sa direction? Vous connaîtrez bientôt le trésor que nous vous donnons. Gardez-le donc bien! Quand entre vos mains elle va profiter à la gloire de Dieu et au salut d’une âme qui lui est assurément bien chère. » Sur cette recommandation, le Père Frémin voulut que je prisse sur moi sa conduite puisque d’ailleurs j’étais déjà chargé d’enseigner aux Indigènes le baptême, les sacrements de pénitence et de sainte communion.
Une fois arrivée au Sault, Catherine s’installa dans la cabane de la famille de son beau-frère qui l’avait amenée dans le pays. La maîtresse de la cabane était à une ancienne chrétienne nommée Anastasie Tegonhatsihongo, qui fut l’une des premières Iroquoises à se faire baptiser par nos Pères. Elle était alors un des piliers de la mission et une des plus ferventes de « La confraternité de la Sainte Famille. » Le village entier la connaissait comme la meilleure pour instruire et sa seule occupation était de préparer les personnes de son genre pour le baptême. Celle-ci avait connu Catherine lorsqu’elle était petite, ainsi que sa défunte mère, dans leur pays. Elle l’a beaucoup aidée au Sault pour avancer dans la vertu. Elle lui a toujours tenu lieu de mère et elle a été aussi sa principale institutrice. C’est sous ces deux noms que nous parlerons souvent d’elle par la suite.
Si on a lu attentivement tout ce qui a été dit, il est aisé de conclure que Catherine a vécu parmi les Iroquois comme dans un pays qui n’était pas le sien, bien qu’elle y soit née. Au contraire, la terre du Sault semblait être son pays natal et si Dieu devait une fille si vertueuse à cette mission, l’on peut dire aussi qu’il devait à Catherine une mission si sainte, où depuis quelques années les Iroquois se retiraient pour y professer la religion chrétienne et où ils vivaient avec toute la piété d’une église naissante. En vérité, la mission était alors très fervente et ils parlaient seulement de Dieu. On ne pensait qu’à le servir, on ne se bornait pas à la simple observation des commandements de Dieu, on mettait en pratique les conseils Évangéliques et chacun vivait une vie de sainteté. Les plus jeunes comme les plus âgés essayaient d’égaler ou de surpasser l’autre. Presque toutes les cabanes étaient des écoles de vertus et de sainteté.
Les prières sont dites dans la langue huronne parce que les Iroquois de la mission trouve cela plus facile de les réciter dans la langue huronne que dans leur propre langue.
Tant de belles choses frappèrent d’abord les yeux de Catherine quand elle vit avec plaisir ces nouveaux convertis, ses parents et les autres qui venaient des Iroquois. Elle remarqua un changement dans leurs mœurs et elle admira leur vie chrétienne, si opposée à celle qu’ils menaient il n’y avait pas si longtemps dans leur pays. Elle comparait ce qu’ils étaient ici avec ce qu’ils avaient été là-bas, et faisant alors une sérieuse réflexion sur leur bonheur que la laisser dans une joie que ne fut pas croyable, après être sortie de son exile et fut heureusement transplantée ici, où elle a trouvé enfin ce qu’elle cherchait depuis si longtemps, sans même savoir ce que c’était. Elle nous en parlait avec extase. Comme elle avait le cœur grand et noble, l’esprit fort vif et que son caractère était tel que nous avons pu découvrir qu’elle avait un désir insatiable d’apprendre et une ardeur aussi grande à mettre en pratique ce qu’elle avait appris, son âme si bien disposée a pris feu. Elle mit aussitôt à l’œuvre et commença à mettre en pratique ce que faisaient les aux autres. Elle le fit si bien et avec des progrès si notables qu’en moins de quelques semaines elle s’est distinguée entre toutes les filles et les femmes de la mission. Elle s’attira bientôt l’estime et l’admiration de tout le monde et voilà comme Catherine Tekakwitha a conservé son innocence pendante plus de vingt ans parmi les méchants et les pécheurs et elle devint ici en peu de temps une sainte parmi les justes et les fidèles.
Elle était la plus fervente de tout le village. Bien qu’elle soit infirme et souvent malade, elle a fait des choses étonnantes dans ces matières. C’est une chose surprenante de voir seulement combien cette jeune fille était avancée dans la piété après environ deux ans et demi qu’elle a passées au Sault. Mais il est plus étonnant encore de savoir qu’elle possédait une telle vertu dès le début. En vérité, elle n’a pas été novice dans l’exercice de la vertu, elle y a été savante dès le commencement et elle n’a eu d’autre maître que l’Esprit-Saint, tant elle courut à grands pas à la perfection.
Chapitre 5
Catherine ne se contenta pas d’une vie ordinaire. Elle était poussée par un désir insatiable et une extrême ferveur à faire le bien, elle embrassa d’abord le plus parfait. Elle prit pour principale règle de conduite celle de chercher en toutes choses ce qui serait le plus agréable à Dieu. Bien que ne retenir rien de lui et une règle pour donner tout ce qui dépendait d’elle sans aucun respect pour les créatures et sans aucun retour sur elle-même, une règle de conduite si sainte eut pour fondement la haute idée qu’elle s’était formée de ressembler à Dieu.
Elle avait une extrême reconnaissance qu’elle conserva toute sa vie pour la grande grâce que Dieu lui avait conférée en la choisissant entre tant d’autres qu’il avait laissés dans les ténèbres pour lui faire voir à elle la lumière de l’évangile et le vrai sens de la mission du Sault. Elle avait inspiré de si beaux principes et des motifs si puissants et si efficaces par sa conduite. La première chose que fit cette vertueuse fille Indigène fut de s’attacher au lieu saint et de faire de la chapelle sa demeure la plus chère et le plus ordinaire refuge, sûre d’y trouver toujours celui à qui elle avait déjà consacré son cœur et toutes ses affections.
Catherine, afin de pouvoir s’entretenir avec lui loin du bruit et des distractions, s’y rendait tous les matins pendant l’hiver et l’été. Elle y était tôt le matin, à quatre heures, et aussi avant que la cloche sonne, tous les jours. Alors, elle se trouvait en prière à la porte de la chapelle, même l’hiver dans les temps les plus rudes.
Elle était dans la chapelle et restait plusieurs heures en prières continuelles. Durant l’été, elle entendait la première messe à cinq heures le matin, c’est-à-dire à l’aube, ceux qui devaient aller très vit au travail durant l’été. La deuxième messe était à cinq heures et demie le matin, la levée du soleil, pour les Indigènes. Durant l’hiver, la messe était célébrée à dix heures le matin. Elle était toujours comme soulevée hors d’elle quand elle priait et conversait avec Notre-Seigneur. Elle y revenait souvent dans le jour, interrompant son travail pour contenter sa dévotion. Enfin, elle y revenait le soir après le travail et elle n’en sortait que bien tard dans la nuit. Ainsi, elle y était la première à entrer dans la chapelle le matin et la dernière à en sortir toutes les nuits.
Cette ferveur dont elle faisait preuve à la chapelle éclatait bien mieux encore dans ses prières. Elle apprit avec une diligence merveilleuse les prières qui se disent en commun. Elle priait très peu avec les lièvres, mais elle priait beaucoup avec les yeux et le cœur, si bien qu’elle avait toujours les yeux toujours baignés de larmes, et son cœur poussant incessamment d’ardents soupirs.
Elle paraissait immobile et toute refermée en elle-même. Quand les autres dormaient, elle continuait ses prières pendant la nuit. Et de nouveau elle recommençait avant la levée du jour, après un très court sommeil. Elle désirait si vivement s’unir à Dieu dans ses prières, qu’elle y parvint sans aucun autre maître que le Saint-Esprit. Elle a reçu un sublime don de prière et avec l’ensemble d’un tant de douceurs parce qu’elle passait souvent plusieurs heures de suite en communication intime avec son Dieu. C’est à cette source qu’elle a acquis les grandes vertus dont nous parlerons à la fin.
Sa dévotion était d’autant plus admirable qu’il ne s’agissait pas d’une de ces dévotions oisives dans lesquelles il n’y a d’ordinaire que de l’amour-propre. Catherine n’était pas ces dévotes obstinées qui vont à la chapelle alors qu’elles devraient être au foyer. En s’attachant à Dieu, elle s’attachait aussi au travail, comme à un moyen de demeurer unie avec lui. Elle conservait toute la journée les bonnes inspirations qu’elle concevait le matin au pied de l’autel. C’est pour cette raison qu’elle se lia fortement avec la bonne Anastasie. Elle se fit une règle d’éviter toute autre compagnie et de n’aller qu’avec elle dans les bois ou dans les champs. Elles y allaient donc toutes les deux ensemble car elles n’avaient qu’un seul et même but, celui de chercher Dieu. Elles lui offraient leur travail et tenaient de pieuses discussions pendant leurs travaux.
Anastasie entretenait Catherine sur les moyens de plaire à Dieu et d’avancer à son service, sur la vie et les mœurs des bons chrétiens, sur la ferveur des saints et la haine qu’ils avaient pour le péché et sur les rudes pénitences qu’ils faisaient pour l’expier ceux qu’ils avaient commis. C’est ainsi que Catherine sanctifiait son travail par des conférences spirituelles. Sa sainte conversation, jointe à cette avidité pour les choses de Dieu, faisait qu’elle avait toujours de nouveaux désirs de se donner à lui et de mettre en pratique tout ce qu’elle venait d’entendre.
Ainsi, qu’elle fut à la chapelle, au bois ou dans les champs, elle trouvait Dieu partout. De crainte de perdre un moment qui ne fut à lui, on la voyait aller et venir toujours avec le chapelet à la main pendant qu’elle récitait plusieurs fois par jour. Ce qui fit dire à son institutrice que Catherine ne perdait jamais Dieu de vue et qu’elle marchait continuellement en sa présence.
Si la pluie ou le trop grand froid l’empêchait d’aller au travail, elle passait presque tout son temps devant le Saint-Sacrement. Ses semaines et ses journées étaient si bien des semaines et des journées saintes, si je puis dire, dans le sens des saintes écritures. Alors, les semaines étaient remplies de vertus et de mérites.
Chapitre 6
C’est de cette manière que vécut Catherine depuis l’automne lorsqu’elle arriva au Sault jusqu’à la fête de Noël. Par cette vie si fervente et si exemplaire, elle mérita de recevoir alors une grâce qu’on n’accordait pas à leurs qui viennent des Iroquois. C’est-à-dire qu’ils la recevaient seulement après plusieurs années et bien des épreuves. Cela leur donnait une plus haute idée de cette grâce et les obligeait à s’en rendre dignes par une vie irréprochable. Cette règle ne s’appliquait pas à Catherine. Elle était trop bien disposée pour recevoir Notre-Seigneur et aussi, elle voulait avec ardeur pour le recevoir. J’avais promis à elle la permission qu’elle avec une telle ardeur desirait pour cette grande grâce et en approcha la fête de Noël, soit le samedi 25 décembre 1677, qu’elle recevra sa première sainte communion après être enseigner dans ce mystère.
Elle reçut une bonne nouvelle avec toute la joie imaginable. Elle se prépara pour ce grand événement avec un redoublement de dévotion digne de la haute idée qu’elle en avait. Il faut avouer que c’est lors de cette première communion qu’elle renouvela toute sa ferveur. Le terrain était si bien préparer que seulement l’approche de ce feu divin était nécessaire pour en recevoir toute sa chaleur. Elle s’en approcha donc et entra dans cette fournaise de l’amour sacré qui brûle sur nos autels. Pour la première fois de sa vie, elle recevait le Saint Eucharistie, avec un degré de ferveur proportionnel à la révérence et à la sincérité qu’elle avait pour cette grâce. Elle en sortit si fortement embrasée de ce feu divin qu’il n’y a que Notre-Seigneur qui sache ce qui se passa entre lui et sa chère épouse dans cette première communion. Tout ce que nous en pouvons dire c’est que depuis ce jour-là elle nous parut différente tant elle resta si pleine de Dieu et de son amour.
Nous n’avions pas besoin d’être longtemps en sa compagnie pour se sentir entourer de l’abondance de Dieu et son amour. Toute sa joie était d’avoir la pensée de Notre-Seigneur et de converser intimement avec lui. Tout cela paraîtra bien surprenant pour une jeune Indigène, mais il le sera encore davantage quand j’ajouterai qu’ayant eu le bonheur de communier fréquemment, elle l’a toujours fait avec les mêmes dispositions et avec la même ferveur que la première fois. Elle a reçu le même amour avec diverses grâces de Notre-Seigneur. Il cherche seulement à nous visiter dans ce sacrement d’amour. Il ne met aucune borne à ses grâces quand il rencontre des cœurs disposés à les recevoir et il tirera profit de ces cœurs, comme ce fut surtout le cas avec Catherine.
Elle avait passé presque tous les dimanches et toutes les journées saintes, dès la messe de dix heures jusqu’à tard le soir, dans la chapelle. Si elle devait quitter un moment pour les repas, elle retournait immédiatement après au pied de l’autel, toujours à genoux. Elle était possédée par une odeur de la présence divine lorsqu’elle s’entretenait avec Jésus-Christ. Durant les journées de travail, elle se rendait souvent à la chapelle au cours de la journée et faisait offrande de son travail. Et dans la soirée, elle retournait encore à la chapelle et partait seulement quand la nuit était très avancée. En vérité, on ne peut pas dire précisément combien de fois elle visita le Saint-Sacrement, combien de longues prières elle avait versées devant l’autel, ni avec quelle abondance de larmes elle avait approché la sainte table, et à son tour avec quel assouvissement l’Époux des vierges a inondé son âme virginale.
Quand elle priait, elle semblait complètement inconsciente de ce qui se passait à l’extérieur. Cette vérité était tellement connue dans le village que, dans les communions générales, les femmes les plus dévotes s’empressaient de se placer auprès d’elle dans la chapelle lorsqu’elle priait. Elles étaient inspirées que son exemple les inspirait, parce qu’elle paraissait si dévote et si ardente en ce temps-là. Sa présence a servi d’excellence préparation pour approcher bien de la sainte table à une propre manière.
Catherine terminait toujours chaque semaine avec une investigation précise des défauts et des imperfections qu’elle pouvait avoir. Ensuite elle se débarrassait de ses péchés dans le sacrement de pénitence parce qu’elle allait à la communion tous les samedis soirs ou plus souvent. Elle préparait ses confessions d’une telle façon extraordinaire que ça devait être inspiré du Saint-Esprit. Il a été le premier a lui donner un amour de souffrance et, comme on verra plus tard, de la haine pour son corps. Elle se préparait pour les confessions et commençait avec la dernière partie, je dis celle de la pénitence. Cette généreuse fille allait dans les bois et déchirait ses épaules avec des jeunes branches de saule. Après cela, elle allait à la chapelle où elle passait une heure entière à pleurer et à soupirer pendant qu’elle se préparait pour sa confession. Quand elle commença, et pendant ses confessions, ses paroles étaient interrompues par de forts sanglots. Elle aurait donné à son confesseur beaucoup de difficulté à la comprendre, s’il n’avait pas connu son innocence angélique.
Elle pensait être la plus grande pécheresse au monde. C’est avec un grand sentiment d’humilité qu’elle s’était confessée. La même ferveur était surtout évidente chaque fois qu’elle recevait la sainte communion. On lui demandait parfois: « Catherine, est-ce que tu aimes Notre-Seigneur? » C’était assez pour la voir immédiatement succomber. Elle disait et ne pouvait rien dire autre: « Ah, mon Père! Ah, mon Père! » Son désir était d’être toujours unie avec Dieu et de ne pas se laisser distraire par personne. Cela lui avait fait aimer la solitude encore plus et d’éviter les autres, mais son désir était aussi de préserver son innocence de l’horreur du péché et la crainte de déplaire Dieu.
Chapitre 7
Après les fêtes de Noël, c’était le temps d’aller à la chasse. Catherine y allait donc avec sa sœur et son beau-frère. Ce n’était ni pour se divertir ni pour festoyer que Catherine se rendait à la chasse, comme la plupart des autres femmes, mais seulement pour contenter sa bonne sœur et son mari.
Dieu voulait qu’elle se sanctifie dans les bois comme elle l’avait fait au village. Cela devait montrer aux Indigènes, par le bel exemple qu’elle a donné, qu’on pouvait pratiquer la vertu également dans ces deux lieux. Elle poursuivait ses exercices de piété qu’elle pratiquait au village. Elle compensait ceux qu’elle n’e pouvait pas faire par d’autres que lui suggérait sa dévotion. Son temps était réglé comme celui d’une Sœur.
Elle priait avant la levée du jour, pendant que les autres dormaient. Et de nouveau à l’aube avec les prières communes, selon la louable coutume des Indigènes de prier ensemble le soir et le matin. Elle prolongeait ses prières du soir tard dans le soir, lorsque tout le monde était couché. Après les prières du matin, qui sont dites en commun, Catherine se retirait seule pour prier encore pendant que les hommes mangeaient et se préparaient pour aller chasser. Elle unirait dans l’esprit les gens du village, pendant que les Indigènes entendaient la messe à la mission, qui était dite à sept heures moins le quart le matin, durant l’hiver, c’est-à-dire à la levée du soleil.
Elle joignait son âme à celle du Père et elle priait son ange gardien d’y assister pour elle et de lui rapporter le fruit du saint sacrifice. C’est pour cette raison qu’elle a fait un petit oratoire sur le bord d’un ruisseau. L’oratoire consistait en une croix qu’elle a taillée dans l’écorce d’un arbre.
Quand elle pensait que les hommes étaient à la chasse, elle revenait dans la cabane et s’occupait toute la journée, à la manière des autres femmes, à aller chercher la viande des bêtes qu’on avait tuées, ou à faire des colliers de porcelaine dans la cabane. Pendant cette dernière occupation, elle invitait toujours les autres à chanter quelques cantiques de dévotion ou à raconter des événements de la vie des saints et des narrations elle avait entendues à la chapelle dans les sermons du dimanche ou les jours de fête. Pour les encourager, elle était souvent la première à commencer les discours. Elle le faisait pour deux raisons, d’abord pour détourner les mauvais discours et les entretiens frivoles qui ne servent qu’à distraire l’esprit. Et aussi pour préserver toujours sa ferveur et son union avec Dieu, comme elle le faisait assez fort dans les bois de même qu’au pied de l’autel, au village. C’est pour cela encore que sa principale occupation et celle à laquelle elle se plaisait davantage était de cueillir du bois pour la cabane, parce qu’en étant seule elle contentait sa dévotion, s’entretenant familièrement avec son divin époux. Son humilité était de travailler pour les autres en faisant comme la servante de la cabane. Son désir était de souffrir en fatiguant son corps par un travail continuel et fort pénible.
Elle trouva un autre moyen de pénitence par un exercice plus spirituel et secret. Elle jeûnait alors qu’elle se trouvait entourée de bonne viande. Elle sortait adroitement de la cabane pour aller bûcher avant que la sagamité fut prête et elle ne revenait que le soir. Et encore, elle mangeait alors fort peu et passait ensuite une partie de la nuit à prière, malgré son extrême fatigue et sa fragilité naturelle. Si parfois le matin on l’obligeait à manger avant le travail, elle mêlait secrètement de la cendre avec la sagamité pour ôter tout plaisir qu’elle aurait pu y trouver et ne lui laisser qu’un goût de l’amertume. Elle pratiquait ces mortifications dans le village, quand elle était capable de le faire sans être aperçue que personne ne la voit.
Elle n’était pas si attachée au travail dans les bois ou à la cabane au point d’en oublier son oratoire. Elle avait soin au contraire d’y retourner de temps en temps pour satisfaire la faim de son âme pendant qu’elle faisait jeûner son corps. Et durant la chasse de l’hiver, elle y allait tous les matins, tous les soirs et plusieurs autres fois pendant la semaine. Elle finissait ses dévotions par une rude discipline qu’elle s’infligeait avec des jeunes branches de saule. Elle avait entrepris ces sortes de pénitences en cachette et sous la direction seule du Saint-Esprit.
La vie de Catherine dans les bois était des plus louables et même fort méritoire pour elle. Cependant, elle ne s’y plaisait pas et l’on voyait à son air qu’elle n’était pas dans son élément naturel. La chapelle, le Très-Saint-Sacrement, les messes, les bénédictions, les sermons et autres dévotions, où elle avait pris tant de plaisir dans le peu de temps qu’elle a passé au Sault, tout cela était pour elle un puissant charme qui l’attirait incessamment vers le village. Elle y attachait son cœur et toute son affection, de sorte que son corps était dans les bois et son âme était toute entière au Sault. Le séjour dans les bois, qui est généralement si agréable à celles de son genre, parce qu’elles ne pensent qu’à s’y divertir et à passer un bon moment, éloignées qu’elles sont de tous les embarras du ménage, devenait pour elle un fardeau et bientôt elle ressentit du dégoût pour ce séjour.
L’incident qui survint alors qu’elle était encore là, acheva de la dégoûter. Cet incident, joint aux autres motifs dont nous venons de parler, lui permis de prendre enfin la résolution de ne plus y retourner une fois rentrée à la mission. Un homme du groupe, après avoir couru toute la journée après un orignal, revint à la cabane fort tard et fort fatigué, si bien qu’en y entrant-il se jeta à la première place qu’il trouva et il s’y endormit sans boire ni manger. Sa femme s’est réveillée le lendemain matin et le trouva couché proche de la natte de Catherine. Comme les Indigènes sont fort soupçonneux, elle s’imagina que son mari avait péché avec cette jeune fille. Cette femme a confirmé son jugement par le souvenir de des allées et venues de Catherine lorsque, comme nous avons dit, elle se rendait à son oratoire pour y prier et pour y faire ses pénitences ordinaires.
Sans y penser, c’était arrivé qu’il augmente le soupçon de sa femme car le même jour il a parlé d’un canot pour le voyage de retour qui approchait. Il a dit que quelques femmes du groupe l’allaient l’aider à le tirer hors du bois. Il a dit tout simplement que Catherine viendra car il la savait assez charitable pour accomplir cet acte. Ainsi, après avoir considéré les apparences, cette femme alla même jusqu’à croire qu’une relation de longue date unissait ces deux personnes. Cependant, comme elle était vertueuse et sage, elle eut la discrétion de rien révéler avant d’en avoir parlé au Père qui était en charge de la mission, à qui elle raconta tout à son retour de la chasse.
Par de semblables évènements, Dieu mettait à l’épreuve la vertu de ses élus pour la purger de ses moindres taches dans le feu des tourments, en permettant qu’elle soit noircie par les médisances et même par les calomnies hideuses. Ainsi, il permit même que le missionnaire ne soit pas d’abord tout à fait du côté de Catherine. D’un côté, l’horreur de cette fille chaste pour l’impureté et l’innocence de sa vie qu’il n’ignorait pas lui fit juger qu’elle n’était peut-être pas si coupable. Mais de l’autre côté le rapport de la femme le persuadait que celle dont elle parlait n’était pas tout à fait innocente. Le Père, pour éclaircir de ce point qui était si délicat, prit le parti de faire venir Catherine car il en avait une si bonne opinion et il était tellement persuadé de sa sincérité qu’il résolut, pour ne pas ébruiter la chose, de s’en tenir à ce qu’elle dirait et de la croire sur son propre témoignage. Après, il lui parla de ce qu’il avait découvert et de ce qu’on disait d’elle et lui demanda ce qu’il en était. Catherine se contenta simplement de nier le fait sans laisser paraître la moindre émotion, parce qu’elle ne se sentait aucunement coupable. Cette grande tranquillité d’âme, face à une question qui devait être naturellement si délicate pour elle, la justifia parfaitement dans l’esprit du missionnaire, déjà tout porté à opinier en sa faveur. Il n’en fut pas de même de l’accuser et de quelques autres qui en eurent connaissance.
Dieu a permis une telle chose, c’est-à-dire augmenter la couronne et le mérite de sa fidèle servante, parce qu’elle a quitté ses parents, son pays et tous les avantages qu’elle pouvait trouver dans un bon mariage. Après avoir sacrifié tout cela à Notre-Seigneur, elle ne lui restait plus qu’à lui sacrifier son honneur et sa réputation qu’elle lui abandonna généreusement, ravie d’être méprisée et de passer pour une grande pécheresse. Par ce motif même, loin de s’empresser de révéler qui lui avait fait du tort, elle la laissa mourir entièrement la question, comme si cela concernai quelqu’un d’autre. Et toute la vengeance qu’elle tira fut de prier pour eux. Cependant, Dieu de son côté récompensa suffisamment Catherine après sa mort, pour un si héroïque abandon et une telle résignation, à l’endroit même où elle a souffert. Les merveilles qu’elle commencait à operer après sa mort leur firent réaliser le jugement si injuste qu’ils avaient eu à son égard. Comme les deux disciples qui allaient à Emmaüs en compagnie de Notre-Seigneur et qui ne le reconnurent pas. Mais quand le pain fut rompu que leurs yeux ouvrirent au miracle de la Résurrection, alors ils se condamnaient leur incrédulité. De la même façon que ceux à qui Catherine avait caché sa vertu dans les bois et dans le village l’ont ensuite trop facilement calomniée. Quand ils furent frappés par toutes les merveilles dont ils entendirent parler partout après sa mort, ils furent les premiers à proclamer ses vertus, en se rappelant alors sa modestie, sa douceur, sa charité, sa patience, sa dévotion et le bel exemple qu’elle leur avait donné. Et depuis ce temps, ils lui sont restés fort dévoués. La femme qui était à l’origine de toute l’histoire a pleuré sa faute trois ans entiers, ne pouvant s’en consoler parce qu’elle s’imaginant que Notre-Seigneur ne lui pardonnerait jamais d’avoir fait du tort à une si sainte fille. Il fallut que le missionnaire utilise toute l’autorité dont il disposait pour la lui faire accepter son erreur, vu la peine et le chagrin qu’elle en avait ressenti.
Chapitre 8
Catherine, de retour au village, ne pensait qu’à seulement pour réparer les grâces qu’elle avait perdues dans les bois. Elle se remit à fréquenter la chapelle avec sa ferveur et son avidité habituelles. Elle se rejoignit à son institutrice pour profiter de ses pieux sermons pendant leur travail.
Nous approchions de la fête de Pâques et ceux s’étaient éloignés du village pour la chasse revinrent, selon leur bonne coutume, pour célébrer ce grand jour. C’est la première fois que Catherine célébrait Pâques avec nous, au grand bien de son âme. Elle assista à tout le service de la semaine sainte. Elle admira toutes les saintes cérémonies et elle en conçut une nouvelle estime pour la religion.
Elle y ressentit tant de douceur et de consolations célestes qu’elle versa bien des larmes, particulièrement le jour du vendredi saint lorsqu’elle entendit prêcher la Passion de Notre-Seigneur. Son cœur fut fondit à la pensé des souffrances de Notre-Sauveur. Elle l’en remercia mille fois. Elle adora et baisa sa croix avec la plus tendre reconnaissance et l’amour le plus ardent. Elle s’attacha ce jour-là sur la croix avec lui, prenant la résolution de faire subir son corps virginal la mortification de Jésus-Christ pour le reste de ses jours, comme si elle n’avait rien fait jusqu’alors.
Le jour de Pâques, soit le dimanche 10 avril 1678, elle communia pour la deuxième fois et elle le fit avec les mêmes dispositions, la même ferveur et les mêmes fruits que le jour de Noël. Alors, pour avoir complété ces bénéfices et grâces spirituelles, elle reçut ce jour-là une deuxième grâce du Père, bien qu’il en accorde fort rarement, ce qui prouvait l’estime qu’il avait pour sa vertu.
Monseigneur François Montmorency de Laval, premier Évêque de Québec, prélat plein d’ardeur, avait déjà établi la dévotion de la Sainte Famille dans sa ville épiscopale, dans le but de la sanctifier. La Sainte Famille produirait en effet du grand bien dans les familles et favoriserait constamment l’édification de tout le pays. Et à Québec, cette dévotion s’étendit aux autres paroisses avec les mêmes résultats. En 1671, le Père Frémin, qui était en charge de la mission, jugea à propos d’y établir la dévotion de la Sainte Famille afin d’entretenir et d’augmenter la ferveur de cette église naissante.
Il était décidé d’admettre seulement un peu les plus ferventes personnes des deux genres, pour donner une haute idée de la Sainte Famille et pour obliger ceux que l’on honorait par une si grande grâce d’y répondre par la sainteté de leur vie. En quoi l’on ne manqua pas de réussir car Indigènes, une fois qu’ils se sont donnés à Dieu, sont capables de la plus grande et de la plus sincère dévotion. Les quelques âmes choisies assumèrent leur nouveau rôle avec une piété si exemplaire. Certains étaient même si austère que tout le reste du village les regardait avec une espèce de vénération. Appeler quelqu’un un saint ou une personne de la Sainte Famille, revenait à dire une seule et même chose. De sorte que ce nom leur est resté depuis, comme une marque distincte dans la mission.
Catherine était encore très jeune et elle était au Sault depuis seulement sept ou huit mois lorsque j’ai fait le Père Frémin l’admettre dans le petit groupe, dans lequel d’autres n’étaient reçus qu’à seulement un âge avancé et après plusieurs années d’épreuves. Nous avons remarqué déjà que sa vertu la plaçait au-dessus des règles des gens ordinaire du village. Aussi, loin de faire des envieux, ce choix fut généralement approuvé. Les membres de la Sainte Famille surtout démontrèrent leur joie et voyait Catherine comme une personne capable de soutenir cette sainte communauté par ses bons exemples. Elle était la seule qui s’en considérait indigne, tant elle avait de bas sentiments d’elle-même. Mais plus elle se jugeait indigne, plus elle se croyait obligée de travailler à sa perfection, pour ne pas diminuer la ferveur envers la Sainte Famille à qui elle donna une nouvelle réputation glorifiée. Ce qu’il y a de certain, c’est que son seul souvenir était suffisant pour inspirer, longtemps encore, la ferveur aux autres.
Elle évoluait à vue d’œil, mettant à profit tous les motifs et les moyens qu’elle avait acquis pour croître en grâce et en sainteté et s’attacher d’avantage à Notre-Seigneur. Elle était déjà, selon le Père Chauchetière, unit avec Dieu. En vérité, elle a goûté à toutes les douceurs de cette condition bénie avant même d’avoir passé par les deux voies préparatoires que sont le Purgatif et l’Illuminatif, avec une conduite particulière du Saint-Esprit. Elle entra, de façon inhabituelle, dans les voies préparatoires par la troisième étape qui est celle de l’union avec Dieu parce qu’elle se conduisait avec plus de mérite et d’une manière plus excellente que quiconque. Dans ses intimes communications avec Dieu, elle était remplie de nouvelles inspirations d’ardeur et de zèle. Cela a éclairé sa compréhension tout de suite pour lui faire voir la beauté des vertus chrétiennes, en ce qui concerne Jésus-Christ, bien qu’elle l’ait toujours eut devant les yeux. Ces vertus touchaient sa volonté pour les mettre en pratique et pour se conformer, autant qu’elle le pouvait, pour être plus parfait encore et en même temps de devenir un modèle si aimable. Elle alla même jusqu’à chercher dans sa vie passée de nouveaux motifs de l’aimer et se haïr elle-même.
Elle voyait ses plus légères fautes, commises parmi les Iroquois, comme autant de crimes et d’attentats contre la divine Majesté. Pour cette raison, elle châtiait son corps qui était pourtant innocente, mais qu’elle croyait coupable. C’est là une des principales rasons de cette vie austère qu’elle a menée au Sault et de cette grande soif de pénitence et de souffrance. Son institutrice y contribua de son côté en lui parlant souvent des peines de l’enfer, des horribles pénitences que les saints avaient faites pour les éviter, et ce que les Iroquois chrétiens faisaient parce qu’ils avaient souvent offensé Notre-Seigneur avant d’être chrétiens.
Elle fut plus inspirée encore à la suite d’un accident qui arriva en ce temps là et qui faillit presque nous l’enlever, alors que nous commencions à peine à la connaître. Un jour qu’elle coupait un arbre dans les bois, cet arbre tomba plus tôt qu’elle ne s’y attendait. Il est vrai que par sa diligence elle évita le tronc de l’arbre, mais une des branches lui tomba sur la tête d’une telle force qu’elle tomba par terre et s’évanouit. On la tint d’abord pour morte, mais elle revint à elle quelque temps après et elle prononça doucement ces paroles: « Ah, Jésus! Je vous remercie de m’avoir secouru du danger. » La seule conclusion qu’elle en tira, c’est que Dieu l’avait sauvée pour faire pénitence de ses péchés. C’est ce qu’elle déclara à sa chère compagne qui a fait partie de sa vie et dont il faut que nous parlions maintenant, puisqu’elle fait partie de l’histoire que nous écrivons de Catherine Tekakwitha.
Chapitre 9
C’est au printemps 1678 que Dieu donna à Catherine une compagne qui l’aida beaucoup pour à progresser et qui nous appris plusieurs choses la concernant. Cette compagne fut la seule à obtenir la confiance de Catherine, celle à qui elle confiait ses plus intimes pensées et actions depuis le premier jour où elles se sont rencontrées. Il est vrai que Catherine n’avait voulu se lier jusque là qu’à la bonne Anastasie, qui a pris la place de sa mère et qui lui faisait de fréquents sermons comme institutrice, qui l’ont beaucoup aidée à suivre le bon chemin. La bonne Anastasie étant avancée en âge, elle ne pouvait pas augmenter la ferveur de son élève qui l’avait déjà surpassée en accomplissant des actions dont elle n’était pas capable.
La première compagne de Catherine était Jeanne Gouastraha qui venait d’Oneida et qui était la plus fidèle imitatrice de Catherine. Jeanne Gouastraha s’était établie récemment au Sault avec son mari, qui, un Agnier, et ses deux enfants, un garçon et une fille. Après le décès de son mari, elle renonça au mariage et prit le parti d’aller passer le reste de ses jours auprès du tombeau de Catherine Tekakwitha.
Catherine avait besoin d’une compagne plus de son âge, qui poursuivait le même but de se donner tout à Dieu, et en état de supporter le genre de vie austère qu’elle avait embrassée elle-même. Dieu lui envoya donc cette jeune femme de la nation d’Oneida, baptisée autrefois dans son pays par le Père Bruyas. Cette femme, nommée Marie Thérèse Tegaiaguenta, était tombée dans ivresse après son baptême. Bien qu’elle n’avait plus rien de chrétien que le nom. Même après s’être installée à La Prairie avec sa famille, elle n’y fut guère mieux. Elle alla à la chasse avec son mari qui n’était pas chrétien. Elle y trouva heureusement la cause de sa conversion dans un évènement qui lui est arrivé pendant la chasse. Je vais vous expliquer ici en quelques mots le moyen Dieu fait pour convertir cette Indigène qui devait contribuer si fort à la sainteté de Catherine.
Elle était partie au commencement de l’automne avec son mari et un jeune enfant, soit le fils de sa sœur, pour aller à la chasse le long de la rivière Outaouacs. Sur la route, ils rencontrèrent quelques Iroquois aux quels ils se joignirent. Cela faisaient en toutes onze personnes, soit quatre hommes, quatre femmes et trois enfants. Malheureusement, la neige tomba très tard cette année-là, ce qui les empêcha de chasser. Après avoir mangé toutes leurs provisions avec la viande d’un orignal que son mari avait tué, ils furent bientôt réduits à manger des herbes pour éviter la famine.
Son mari tomba malade et deux hommes du groupe, un Agnier et un Seneca, allèrent à la chasse pour en revenir dix jours plus tard. L’Agnier revint en effet le jour fixé et seul, leur expliquant que son compagnon était mort de famine. On le soupçonna de l’avoir tué et de s’être nourri de sa chair pendant ce temps-là. Ils le soupçonnèrent davantage parce qu’il se portait bien et qu’il avouait n’avoir tué aucune bête. On ne pouvait plus espérer obtenir quoi que ce soit de ces chasseurs. On voulut alors persuader cette femme chrétienne de laisser son mari mourir et de se sauver elle-même, son neveu et tous les autres. Elle n’y consentit jamais et s’y opposa généreusement et avec fermeté. Alors, on l’abandonna avec son mari et son neveu, et le malade mourut deux jours plus tard. Elle regretta qu’il ne soit pas baptisé. Après qu’elle l’eut enterré, elle se remit en chemin, portant son neveu sur ses épaules. Après quelques jours, elle rejoignit le groupe qui cherchait le chemin vers la Grande Rivière pour aller à La Prairie.
Ils étaient faibles et exténués, qu’après vingt jours errance qu’ils prirent la résolution de tuer quelqu’un du groupe pour faire vivre les autres. On jeta les yeux sur la veuve du Seneca et ses deux enfants et l’on demanda à la femme chrétienne s’il était permis de les tuer et on lui demanda ce que disait la loi chrétienne à ce sujet, parce qu’elle était la seule baptisée du groupe. Elle n’osa répondre à cette question parce qu’elle n’était pas assez éclairée à décider pour répondre à cette question et elle avait peur de contribuer à tuer quelqu’un. Elle appréhendait qu’à la suite de sa réponse, on ne vienne la tuer. Plus tard, certains d’entre eux ont tué la femme et ses deux enfants. Ses yeux s’ouvrirent au danger qui guettait son corps et réalisa l’état déplorable état de son âme, qui était infiniment plus affligeant que celui de son corps.
Elle éprouva une grande horreur face à sa vie passée et à la grande faute qu’elle avait commise en allant à la chasse sans se confesser. Elle promit à Dieu, s’il la délivrait de ce danger et la ramenait au village en toute sécurité, qu’elle allait se confesser aussitôt, changer sa vie et faire pénitence.
Dieu a voulu faire connaître Catherine à cette femme. Il a entendu sa prière et après une telle épreuve et de souffrance, ils arrivèrent à La Prairie vers le milieu de l’hiver. Ils n’étaient plus que six à leur retour de les onze qui fut partis à la chasse et parmi eux il y avait cette femme et son petit-neveu. Elle acquitta une partie de sa promesse en se confessant dès son retour, mais elle attendit quelque temps avant de changer de vie et de faire pénitence. Tout cela se passa durant l’hiver 1675 – 1676. À l’automne 1676, la mission fut transférée de La Prairie-de-la-Madeleine à Sault-Saint-Louis.
Chapitre 10
À l’automne 1677, Catherine s’y installa et au printemps 1678, elle fit connaissance avec cette compagne de la manière que je vais dire. On bâtissait alors la première chapelle du Sault. Un jour, Catherine se promenait autour du bâtiment simplement pour voir le progrès des travaux, tout comme la chrétienne dont nous parlons, qui s’y trouvait elle aussi pour voir cet ouvrage. Dieu avait planifié cette rencontre inopinée pour sa gloire et pour le bien de ces deux âmes.
Elles se saluèrent et se parlèrent pour la première fois. Catherine lui demanda où les femmes s’assoiraient dans la chapelle. A la suite de cette question, sa compagne répondit et lui montra l’endroit où elle jugeait qu’elles devraient s’installer. Avec un soupir, Catherine répondit: « Comme c’est vrai que ce n’est pas dans ce temple matériel que Dieu demande le plus de nous. C’est en nous qu’il veut y demeurer. Nos âmes sont les temples les plus agréables à Dieu. Mais quelle misérable personne pour avoir tant de fois forcé Dieu à abandonner mon âme alors que Dieu devait y régner seul! Je mérite d’être punie pour mon ingratitude et toujours exclue de ce temple pour soulever sa gloire. » Ces sentiments, d’une profonde humilité, étaient accompagnés de larmes et dits avec des paroles de grâce. Ces mots touchèrent Marie Thérèse parce qu’elle ne s’y attendait pas et parce qu’ils étaient pour elle des paroles de vie, de grâce et de salut. Assaillie par les remords, Marie Thérèse bientôt décida de remplir la principale partie de sa promesse faite pendant la chasse.
Marie Thérèse Tegaiaguenta était de nature bouillante et l’extrême, tant dans le bien que dans le mal. Elle possédait une grande vigueur et une constitution robuste et elle était dans la force de l’âge, c’est-à-dire environ vingt-huit ou trente ans. Elle se laissait graduellement éclairer durant le discours de Catherine, croyant que les mots venaient de Dieu. Il lui a envoyé cette sainte fille, dont on disait tant de bien, pour l’aider à changer sa vie comme elle l’avait promis. Ainsi, elle fit part à Catherine de ses pensées selon lesquelles leurs cœurs et leurs desseins étaient parfaitement semblables. Elles sont donc devenues amies pendant cette première discussion et un mot en entraînant un autre, elles allèrent jusqu’à se confier leurs pensés les plus secrètes. Pour parler plus facilement, elles allèrent s’asseoir au pied d’une croix située sur le bord de la Grande Rivière. Là, elles se racontèrent mutuellement leur vie passée et décidèrent de se lier ensemble pour faire pénitence.
Comme j’étais leur confesseur spirituel, elles me parlèrent de cette union et me demandèrent mon approbation, que je leur accordai avec contentement, voyant que c’était bien pour chacune d’elles. Depuis ce temps, elles formaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme. Elles furent inséparables jusqu’à la mort de Catherine qui demeura malgré cela toujours présente dans la pensée de sa compagne. Bien que Catherine ne négligeait pas Anastasie et la visitait encore de temps en temps, cependant elle s’attacha entièrement et toujours à cette seconde compagne qui avait plus d’ardeur et qui secondait davantage dans ses dévotions.
On les voyait aller ensemble au bois, aux champs et partout ailleurs. Aussi, elles évitaient la compagnie des autres filles et femmes, tant pour échapper aux sujets sans importance du village que pour ne pas être détournées de leurs dévotions. Elles parlaient seulement de Dieu et des choses qui se rapportaient à Dieu. Leurs conversations étaient comme autant de conférences spirituelles. Elles se dévoilaient leur vie, leurs désirs et leurs moindres épreuves pour s’encourager entre elles à demeurer fermes dans toutes les conditions et parce qu’elles voulaient offrir un acte de souffrance à Notre-Seigneur. Aussi, elles se rendaient volontairement plusieurs fois au fond des bois pendant la semaine où elles se déchiraient les épaules avec des jeunes branches de saule, ce que Catherine faisait déjà à sa manière particulière.
Elles se sont consacrées entièrement à Notre-Seigneur avec tout le courage qu’elles pouvaient donner dans ce monde. Elles étaient plus admirables et estimables que les autres parce qu’elles vivaient dans l’innocence et ce qu’elles faisaient pour se repentir de leurs péchés, elles le faisaient par amour pour Dieu.
Chapitre 11
C’est ainsi que Dieu fortifiait Catherine Tekakwitha de jour en jour et qu’il prépara son âme à subir une grande épreuve cet été là. Cette épreuve touchait quelque chose de très sensible en elle, mais elle en sortit victorieuse avec la grâce de Notre-Seigneur. Comme il s’agit d’un des plus beaux passages de sa vie, je crois qu’il serait agréable de le raconter ici et d’interrompre cette histoire.
Sa sœur d’adoption agissait comme la maîtresse de la cabane et prétendait, puisqu’elle était son aînée, avoir autorité sur elle. Elle considérait que sa sœur plus jeune était une personne comme les autres. Elle a essayé de la persuader de se marier, pour ce que ça lui apporterait à elle, et non pour le bien de Catherine. Catherine était tenue en si grande estime dans tout le village pour sa sagesse et pour sa piété qu’il n’y avait pas de jeune homme qui n’était pas heureux de consentir à un tel mariage, se considérant chanceux lui-même heureux d’avoir trouvé une femme si bonne. Sa sœur souhaitait voir son plan se concrétiser, pour le grand bénéfice de toute la famille, parce que c’était la coutume parmi les Indigènes que les maris donnent tout ce qu’ils ont rapporté de la chasse aux femmes de la cabane.
Elle avait prévu qu’il serait très difficile de convaincre Catherine, car elle connaissait son aversion pour le mariage. Elle ignorait toutefois les persécutions que cette fille généreuse avait subies dans son propre pays à ce même sujet et la fidélité avec laquelle elle les avait surmontées. Cependant, elle espérait la convaincre par la force des raisons et qu’elle se préparait et résolue de ne pas se décourager, mais d’obtenir son consentement ou elle ferait pression sur elle.
Un jour, elle prit sa sœur à part avec ce qu’il paraît une affection et douceur. Le lecteur n’aura pas de peine à y croire, car il sait que les Indigènes sont intelligents, qu’ils ont du bon sens, et qu’ils sont naturellement éloquents, surtout quand il s’agit de leurs intérêts. Elle disait: « Il faut avouer, ma chère sœur, que vous avez une grande obligation envers Notre-Seigneur pour nous avoir tirés de notre misérable pays pour vous amener ici où vous pouvez chercher votre salut dans la paix intérieure sans que rien ne trouble vos dévotions. Si vous êtes heureuse d’être ici, je ne suis pas moins contente de vous a voir auprès de moi. Augmentez ce bonheur par votre sage conduite, et vous attirerez à vous l’estime et l’approbation de tout le village. Il ne vous reste plus qu’une chose à faire qui me rendrait complètement satisfaite de vous et vous-même parfaitement heureuse, et c’est de songer d’établir sérieusement dans un bon mariage. C’est la direction que prennent toutes les filles. Vous êtes en âge de le faire et vous en avez besoin comme toutes les autres pour vous enlever les occasions de pécher et pour subvenir à vous besoins. Ce fut un plaisir pour votre beau-frère et moi de vous fournir comme nous l’avons fait jusqu’ici, mais vous savez qu’il se fait vieux et que nous sommes chargés d’une grande famille. Si par malheur il nous arrivait quelque chose, où trouveriez-vous de l’aide? Croyez-moi, ma sœur, mettez-vous à l’abri des malheurs et de la pauvreté, pour le bien de votre âme et de votre corps. Tâchez d’éviter le malheur pendant que vous en êtes capable, pour vous et pour toute votre famille qui le désire. »
Catherine fut étrangement surprise par le discours de sa sœur auquel elle ne s’attendait nullement. Parce que Catherine était très honnête et qu’elle avait beaucoup de respect pour sa sœur, elle ne laissa pas paraître la douleur qu’elle avait sentie. Elle l’a même remerciée pour ses bons conseils. Elle ajouta que l’affaire était si grande importance qu’elle voulait y réfléchir plus longuement.
Cette vierge courageuse n’était pas offensée, mais elle éluda cette première tentative et vint aussitôt me trouver pour se plaindre doucement de sa sœur et me raconter toute l’histoire. Alors, je lui ai dit: « Catherine, vous êtes la juge dans cette matière. L’affaire dépend uniquement de vous et pensez-y bien car ça concerne un grand moment. » Elle me répondit sur-le-champ et sans hésiter: « Ah, mon Père! Je ne vais pas me marier. Je hais les hommes et j’ai la dernière aversion pour le mariage. La chose ne m’est pas possible. » Pour la sonder et l’éprouver davantage, je poursuivis avec les raisons fortes que sa sœur lui a données. Elle m’a rassuré avec de la grande fermeté de sa réponse. Elle disait: « La pauvreté dont je suis menacée ne m’effraie pas. Si peu est le besoin pour donner aux nécessités de cette vie misérable que mon travail peut me les fournir, et je trouverai toujours quelques chiffons pour me couvrir. » Alors, elle retourna à sa cabane, mais je lui assurai qu’elle faisait bien. Catherine ne m’avait pas tout révélé de cette conversion. Dans son esprit, elle avait déjà pris son parti. Nous pouvions dire qu’elle était déjà parfaite dans son présent état, mais elle n’était pas contente car sa passion prédominante était de chercher toujours ce qu’il y avait de plus excellent dans notre sainte religion et qui pouvait la rendre plus agréable à Dieu. Elle savait au fond de son cœur qu’il y avait quelque chose au-dessus de la vie commune du Sault.
Elle a même appris, je ne sais comment, qu’il y avait quelques personnes qui faisaient des pénitences extraordinaires. Elle dit à sa compagne que les missionnaires le lui avaient caché. Elle avait quelques connaissances des Conseils évangéliques et elle avait un bon exemple de leurs pratiques chez les Sœurs religieuses hospitalières de Saint-Joseph. En 1678, Catherine s’est rendue à Montréal où elle a vu des saintes vierges dans un hôpital, qui veillaient sur les malades avec une charité admirable et avec modestie. C’est après avoir sûrement considéré toutes ces choses que Catherine et sa compagne avaient conclus de ne jamais se marier. Catherine avait voué à Dieu sa virginité et l’autre son veuvage perpétuel. Elles ont gardé cette décision secrète et ont décidé de ne jamais en parler, à moins d’une absolue nécessité.
Lorsqu’elle fut de retour à la cabane, sa sœur la pressa encore avec ces paroles: « Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit dernièrement? » Elle répondit: « Je l’aie fait! Et si vous voulez conserver mon respect et que je vous aime comme ma sœur, ne me parlez plus comme ça. » Cette chaste fille voulait faire taire et mettre fin à ses demandes ennuyantes, alors elle déclara qu’elle renonçait au mariage et lui demanda de la laisser vivre comme elle en était. Pour le reste, elle avait assez de vêtements pour vivre longtemps et elle travaillerait pour se nourrir, de telle sorte qu’elle ne serait pas une charge pour sa sœur, ni pour personne au village. La sœur de Catherine a été profondément secouée par cette réponse et lui a répondu: « Ma sœur, d’où vous viens une résolution si étrange? Avez-vous bien réfléchi à ce que vous faisiez? Avez-vous déjà entendu une chose semblable parmi les filles Iroquoises? D’où vous vient cette étrange idée? Ne voyez-vous pas que vous exposez à la décision des hommes et aux tentations du démon? Comment pensez-vous pouvoir accomplir ce qu’aucune fille parmi nous n’a pu encore faire? Oubliez ces pensés ma chère sœur, ne vous fiez pas à vos propres forces, mais la coutume des autres filles. » Alors à tout cela Catherine répondit, sans s’émouvoir, qu’elle ne craignait pas les railleries des hommes puis qu’elle ne faisait rien de mal. Elle espérait que Dieu lui donnerait la force nécessaire pour surmonter toutes les tentations du démon qu’elle était menacée. Parce que sa résolution a été prise, elle pria encore une autre fois sa sœur de ne pas lui en parler davantage.
Il est vrai qu’elle n’osa pas en reparler à Catherine, mais elle se confia à Anastasie qui leur tenait lieu de mère à toutes les deux. Elle avait présenté ses arguments pour avoir Anastasie de son côté. La chose paraissait d’autant plus étrange qu’elle était sans précédant et pour cela même apparaissait difficile et presque moralement impossible pour Catherine.
Ce qui est certain, c’est que plusieurs personnes de son genre et de son âge, qui ont tâché de l’imiter après sa mort, ont rencontré des difficultés. Elles avouent ne pas avoir eu la force de surmonter la tentation. Le mieux qu’elles ont pu faire, c’est d’être demeurées veuves, malgré qu’elles étaient encore assez jeunes, et de renoncer à un seconde mariage, pour avoir au moins une petite part de la couronne de Catherine.
Anastasie était une femme sage et elle pesait toutes ces raisons. Elle craignait que Catherine n’ait pris un peu trop légèrement, et avec trop de précipitation, une telle résolution et qu’elle devrait s’en repentir par la suite. C’est pourquoi elle fit de son côté tout ce qu’elle put pour l’en détourner, mais elle n’y gagna rien de plus que l’autre. Et parce qu’elle la pressait avec une telle insistance, Catherine lui dit, d’un ton plus ferme qu’à l’habitude, que si elle estimait tant le mariage, elle pouvait se marier, mais qu’elle-même ne voulait rien entendre à ce sujet et qu’aucun homme au monde ne représenterait jamais rien pour elle.
Elles se séparèrent et toutes deux vinrent aussitôt me trouver, Anastasie pour se plaindre de sa fille et Catherine, de sa mère. La plus jeune vint la première me raconter les peines que lui causaient sa mère et sa sœur pour l’obliger à se marier et qu’elle ne pouvait se résoudre à leur obéir. Pour la tirer de cette peine et régler l’affaire, je lui conseillai de prendre trois jours encore pour y penser et de dire pendant ce temps, des prières avec ferveur pour recommander son trouble à Notre-Seigneur. Je lui ai dit aussi que je me joindrais à elle en prière et qu’elle devait s’attacher à ce que Dieu lui inspirait après trois jours. Je lui ai aussi rappelé qu’elle était maîtresse de sa personne et que dans cette sorte d’affaire il lui revenait à elle seule de prendre une décision qui restera toujours avec elle. Catherine accepta cet expédient, mais le Saint-Esprit la pressait si fort que moins d’un quart d’heure plus tard elle revenait pour me chercher.
Je fus surpris de la voir revenir un moment après avec un air tout embrasé pour me dire qu’elle ne pouvait plus vivre dans l’indécision concernant un choix qu’elle avait fait déjà depuis longtemps. Elle disait en s’approchant: « C’est établi! Ce n’est pas une matière à considérer et mon parti est pris depuis longtemps. Non, mon Père! Je ne puis avoir d’autre époux que Jésus-Christ. Je m’estime heureuse de vivre dans la pauvreté et la misère pour son amour. » J’avoue ici de bonne foi que je ne voulais rien dire à Catherine pour l’influencer dans cette affaire, parce que chez les Indigènes il y avait tant de choses opposées à cela. Je préférais laisser agir Dieu directement avec sa servante, que l’affaire réussisse et que son inspiration vienne de Dieu. C’était évident pour moi, par ses dernières paroles, que Dieu parlait par la bouche de Catherine et que c’était lui-même qui lui avait inspiré un dessein si héroïque.
Je me mis enfin de son côté, je louai sa résolution et je l’encourageai à persévérer avec la même ferveur avec laquelle elle l’avait entreprise. Je lui assurai et également que je la soutiendrais contre quiconque, et que ni moi ni les autres missionnaires ne l’abandonnerions jamais, ni ne la laisserions manquer de rien.
Je peux assurer ici qu’avec ces paroles je tirai l’âme de Catherine d’un étrange purgatoire. Au contraire, je la mis dans une espèce de Paradis, car dès ce moment elle entra véritablement dans la joie du Seigneur. Elle commença à goûter, au fond de son âme, à une paix, un repos et un contentement si grand que son extérieur même en parut tout changé. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que cette paix dura jusqu’au dernier soupir de sa vie, sans que rien ne puisse l’altéra depuis ce temps-là. C’était là une marque évidente que l’esprit de Dieu la possédait. Elle me remercia en des termes chaleureux, puis elle se retira comme la personne du monde la plus contente. Moi j’étais rempli d’admiration, de vénération et d’une joie extraordinaire pour elle, parce qu’il s’agissait d’un acte si héroïque et qu’elle avait le courage de le faire. La bonté divine préparait dans cette première vierge Iroquoise un si beau modèle de sainteté sur cette terre et une puissante avocate au Ciel.
Elle venait tout juste de me quitter, lorsque Anastasie vint me trouver pour se plaindre en me disant que Catherine ne voulait pas entendre parler de se marier alors qu’elle était âge de le faire. Je lui répondis froidement que je m’étonnais de constater qu’elle tourmentait Catherine sur une chose qui méritait tant de louange, et de voir comment en tant qu’ancienne chrétienne elle pouvait ne pas ouvrir les yeux pour voir la beauté et le mérite d’une résolution si sainte. Je lui dis aussi que même si elle n’était pas d’accord avec Catherine elle devait, si elle avait la foi, l’estimer encore plus davantage et s’estimer heureuse et honorée que Dieu ait choisi dans sa cabane une jeune fille pour lever l’étendard de la virginité parmi les Indigènes et pour leur enseigner cet état sublime qui fait les hommes en anges dans le Ciel.
On ne pouvait voir un changement plus subit. Anastasie revint comme d’un profond sommeil et se blâma pour sa conduite. Anastasie avait un grand fond de piété et elle admirait Catherine, la louait, l’encourageait et la regardait déjà comme une sainte. Après cela, Anastasie fut toujours prête à l’appuyer dans sa vie elle avait choisi comme la meilleure part. Elle fit davantage car elle inspira les mêmes sentiments à la sœur de Catherine et toutes les deux la considéraient avec plus de respect et avec une espèce de vénération. Elles la laissèrent en paix et dans une entière liberté de faire à l’avenir tout ce qu’elle voudrait. C’est ainsi que Notre-Seigneur fit tourner toute cette persécution à sa gloire et au bien de sa servante, pour faire savoir évidemment que lui seul était l’auteur de cette résolution sans précédente chez les filles Indigènes.
Chapitre 12
Catherine était délivrée de toutes ces appréhensions et elle pouvait maintenant faire tout ce qu’elle jugerait à propos, sans être troublée par personne. Elle pensait seulement à remercier Notre-Seigneur de toutes les grâces qu’il lui faisait et à répondre à ces grâces avec reconnaissance et avec un amour réciproque.
Sa compagne, à qui elle ne manqua pas de raconter toute l’affaire, la fortifia et la seconda de son côté. Marie Thérèse tâchait toujours de tirer profit des bons sentiments lui communiquait Catherine et de la belle exemple qu’elle avait devant les yeux qui était Catherine. Elle se disait souvent à elle-même: « Hé quoi! » Et elle disait: « Si une fille innocente se comporte ainsi, que ne doit pas alors faire une pécheresse comme moi? » Ainsi, la ferveur de Catherine allumait le feu divin d’amour dans le cœur de Marie Thérèse qui était une grande aide pour la ferveur de Catherine.
Elle continua tous les exercices de piété dont nous avons déjà parlé. Elle les fortifia par une ferveur de réception des sacrements qui était pour elle une source de grâce, en raison des saintes dispositions qu’elle y apportait. Elle recommença, même si elle était infirme, à châtier son corps par un travail continuel, par les veilles, par les jeûnes et par toutes sortes d’austérités dont elle pouvait s’aviser en cachette, avec seulement sa compagne comme témoin qui se joignait à elle dans ses exercices de piété.
Ayant passée tout l’été de la sorte, on lui proposa d’aller dans les bois durant l’hiver, mais elle ne voulait rien entendre. Elle ne voulait rien savoir et elle protesta que de sa vie elle n’y retournerait jamais. Nous avons dit déjà qu’elle avait pris cette résolution à la suite de la peine qu’elle avait ressentie l’hiver précédent de se voir éloignée de la chapelle et des saints sacrements, et aussi d’être privée de tous les secours spirituels qu’elle pouvait avoir au village.
Je voulais qu’elle vienne à la chasse pour rétablir un peu sa santé puisqu’elle ne manquerait pas de bonne nourriture dont elle avait besoin et qu’elle ne trouvait pas au village. Elle courait le risque de souffrir si elle restait au village, faute de nourriture et par ce que l’hiver est long et que pendant l’hiver ils subsistaient seulement par le blé d’inde. Catherine riait de tout et un moment après prit un air dévot qu’à l’ordinaire quand elle vient me communiquer ses désirs spirituels. Elle me fit cette réponse digne de Catherine : « Ah, mon Père! Il est vrai que le corps réussi bien dans les bois, mais l’âme s’y languit et meurt de faim. Tandis que dans le village, le corps souffre un peu pour n’être pas si bien nourri, mais l’âme trouve son entière satisfaction en étant plus près de Notre-Seigneur. Pour cela j’ai abandonné ce misérable corps à la faim et à d’autres misères pour que mon âme puisse être contente et qu’elle ait sa nourriture habituelle. » Elle resta donc au village pendant tout l’hiver et trouva qu’elle avait si avidement voulue, c’est-à-dire des croix pour la chair et toutes les douceurs du Ciel pour son esprit. Elle se procura généreusement celles-là selon sa coutume. Notre-Seigneur avait promis de rassasier-ceux qui avaient faim et soif de la justice. Il lui accorda celles-ci avec une égale profusion.
Cet esprit qui régnait en cette année 1678, unit toutes ces femmes qui étaient treize en nombre dont Catherine parmi elles. Elles avaient comme but l’atteinte de la plus haute condition de perfection. Elles se rassemblèrent et l’une d’entre elles fit une brève exhortation ou elles disaient leurs fautes et incitaient la vertu entre eux. Elles s’appelaient les Sœurs de Catherine et comme les Dames de la miséricorde en France, elles avaient comme devoir de faire la charité à leurs voisins en soignant les pauvres et malades. Elles portaient des charges de bois pour eux en secret pendant la soirée, elles prenaient soin des malades et elles leur apportaient l’aumône et d’autres choses dont ils avaient besoin. La pauvreté n’était pas un fléau de la mission, mais elle punissait de temps en temps et cette pauvreté suive les Indigènes partout.
Pour atteindre leur but, elles pratiquaient la mortification et s’opposaient aux plaisirs de la chair, qu’elles traitaient comme l’amorce du démon. Elles disaient que les Pères, qui voulaient qu’elles abandonnent la ceinture de pénitence et la discipline, ne savaient pas comment elles étaient accablées par le péché avant d’être instruite à vivre correctement. Elles se soutenaient mutuellement dans les champs et elles étaient toujours occupées à porter des charges de bois ou à faire des colliers en porcelaine, à planter, à filer, à coudre, à faire des poches et d’autres ouvrages. Après la mort de Catherine, l’une d’entre elles qui venait d’Onondaga, Marie Attontinon, avait prononcé ses vœux de Sœur à la Congrégation de Notre-Dame, à Montréal.
La mission du Sault, comme nous l’avons dit, était alors dans une grande ferveur sous la conduite de ses saintes missionnaires. C’était une église naissante qui possédait des grâces extraordinaires et la sainteté qui y régnait était digne de la première église.
Les Iroquois étaient fortement attachés à l’église. Ces ardents et braves convertis concevaient un tel chagrin et une si grande honte de leurs anciens péchés que, bien qu’ils aient été effacés par le baptême, ils faisaient encore de rigoureuses pénitences. Certains réprimandaient leur corps plusieurs fois dans la semaine jusqu’à ce qu’il saigne. Aussi, ils transportaient des charges de bois des jours entiers avec des ceintures de fer autour du corps. Joseph Togoniron qui était le fameux chef du Sault et renommé dans ce pays pour sa bravoure sous le nom du Grand Agnier, en portait une tous les vendredis et à toutes les grandes fêtes. Paul Honoguenhag, un Huron nommé chef pour l’observance du christianisme et de la religion, et aussi le premier catéchiste de la mission, faisait autant de pénitences. Un autre catéchiste Huron nommé Étienne était d’une vertu si austère qu’il donnait de la dévotion seulement à le voir prier. Voilà qui étaient ces hommes.
Les femmes n’étaient pas dernières leur mari dans l’ardeur dont elles faisaient preuve dans leurs pénitences. Elles se sont rendues à l’extrême, tant et si bien que cela est venu à notre connaissance nous avons été obligés de modérer leur zèle. J’ai vu Marie d’Onondaga se rouler et se dévêtir dans la neige, trois nuits de suite, dans les plus grands froids, pour se réparer de ses péchés du passé. Une autre, dans un froid semblable accompagné d’une tempête de neige si grande qu’on ne pouvait voir à deux pas devant nous ou sans même pouvoir se tenir débout, mais elle se tenait debout dépouillée de ses vêtements jusqu’à la taille, sur le bord de la rivière en récitant le chapelet dans cette posture. Il faut savoir que dans la langue des Indigènes le Je vous salue Marie est deux fois plus long que dans la nôtre.
D’autres allaient encore plus loin. Après avoir rompu la glace avec leurs haches, elles se plongeaient jusqu’au cou dans les étangs et dans les rivières, au plus fort de l’hiver, et elles avaient le courage de réciter plusieurs dizaines de chapelet dans cet effroyable tourment, d’où elles sortaient avec une chemise de glace autour du corps.
Marie Thérèse Tegaiaguenta alla à la rivière dans une nuit très froide pendant que les autres, fatigués d’une longue chasse, étaient dans un profond sommeil. Elle brisa la glace et garda son corps immergé dans l’eau pendant qu’elle récitait le chapelet entier de la Bienheureuse Marie. Quand cette femme courageuse sortit de l’eau, elle passa le reste de la nuit sur sa natte avec ses vêtements glacés. C’était une nouvelle pénitence, de rester plus longue en quoi qu’elle faisait qui c’était une pénitence plus dure. Elle fit de même la nuit d’après et la suivante dans la même manière. Sa chair était devenue si faible qu’elle ne pouvait plus supporter la vigueur de son esprit. Elle a reçu une fièvre si violente qu’elle faillit presque mourir.
Anne dont la vertu était égale à celle de son mari, le bon chrétien Étienne, ne se contenta pas de se plonger dans une rivière glacée, mais elle y plongea aussi sa petite fille Marie âgée de seulement trois ans et elle l’en retira à demi-morte. Je l’ai blâmée de cette action plus tard et je lui demandé quel motif l’avait poussée à cette extrémité. Elle me répondit simplement, et en toute bonne foi, qu’elle avait fait à son enfant de faire pénitence à l’avance, de crainte que lorsqu’elle serait grande, elle en vienne à se relâcher et à tomber dans le péché.
J’étais en charge de la plupart de ces personnes, mais tout cela se passait pour l’ordinaire dans les bois où ces chrétiens croyaient que tout leur était permis. La femme qui se plongea dans la glace trois nuits consécutives n’avait pas coutume d’aller à la chasse et elle y alla cette fois-là parce que je ne lui permettais pas de faire ce qu’elle voulait au village. Elle se disait en elle-même: « Au moins serais-je la maîtresse de mon corps dans les bois. » Elle-même me l’avoua lorsqu’on me la ramena ici plus morte que vive. Tout ce que nous pouvions faire dans ces situations, c’était de les empêcher de répéter ces excès, que la bonne intention et l’absence de jugement de ces nouveaux chrétiens rendaient excusables.
J’avoue que ces excès ne sont pas toujours une marque assurée de sainteté parce que de la vanité et de l’amour-propre vont glisser avec eux. Cependant, nous avons raison de croire que pour ces chrétiens, ils s’agissait d’une marque véritable, parce qu’ils ont persévérés pour le reste de leur vie. Ils vivaient dans une grande innocence, dans l’union et dans la charité, particulièrement à l’égard des pauvres et des malades. Ils ne se contentaient pas de travailler pour leur salut, mais faisaient aussi preuve de zèle pour le salut de leurs compatriotes qui venaient au Sault pour les visiter ou y demeurer avec eux. On les voyait s’instruire tout le jour et même la nuit, parce que ces nouveaux arrivants ne passaient pas tout d’un coup d’un extrême à l’autre. Ils ont apporté eux une sorte de conduit, dont le moindre désordre qu’ils ont causé sèmerait la consternation dans tout le village. Pour prévenir cela, des hommes et des femmes de la Sainte Famille faisaient la ronde des nuits entières autour des cabanes et consacraient volontiers leur sommeil pour empêcher que Dieu ne fût offensé.
Ces fervents Indigènes étendaient même leur zèle au-delà de la Grande Rivière et jusqu’à Montréal. Dans ce temps-là, plusieurs d’entre eux descendaient des Outaouacs pour faire leur traite à Montréal. Les Indigènes continuaient de s’y rendre pour profiter de la traite générale. Le Grand Agnier et Kinnouskouen, un catéchiste Agnier et un ancien du Sault, avaient plus d’intérêt dans les choses de Dieu que pour leurs propres affaires. Ils firent une action digne d’une éternelle mémoire. Tout le monde sait que ces temps de traite sont des temps d’ivrognerie et d’impureté. Ces deux chrétiens se servirent donc de toute leur influence sur les Indigènes et rassemblèrent toutes les filles et les femmes dans un lieu séparé comme un camp et passaient toute la nuit à garder ce camp pour les empêcher de sortir et les hommes d’y entrer.
Ils avaient avec eux le bon Étienne dont nous avons parlé et ils allèrent ensemble dans le village des Agniers pour prêcher l’évangile. Pendant qu’ils étaient là, ils ont prêchaient toute la journée dans les maisons longues, sans prendre de repos, et pendant la nuit ils recevaient ceux qui venaient pour discuter de leurs difficultés. Ils faisaient tout cela dans le temps des ivrogneries, faisant triompher la foi. Ils avaient prêché avec la tête levée, sans craindre d’être tués par les ivrognes. Ce zèle ne fut pas vain, car Dieu donna sa bénédiction à leurs travaux et ils y firent de grands fruits à notre religion.
Martin Skandegonrhaksen, un très proche parent du Grand Agnier, avait prêché la foie dans le pays des Agniers avec les autres. Il prêchait l’évangile ouvertement dans le village parmi les anciens. L’esprit de la prière lui avait donné l’habitude de porter le chapelet autour de sa tête. Le Grand Agnier profita de ses paroles mourantes pendant le restant de sa vie. Martin mourut en 1675, à l’age de vingt ans, soit deux ans après son baptême.
À l’été 1677, le Père Bruyas qui demeurait dans ces villages fut si édifié, consolé et aidé de ces trois Indigènes qu’il écrivit une lettre de louanges pour eux. Il supplia le missionnaire du Sault d’envoyer de temps en temps des aides semblables parce que cela était digne pour lui et tels étaient les premiers chrétiens de la mission du Sault.
Si les nations européennes, avec leur commerce maudite de boissons, leur conduite licencieuse et le libre usage des armes à feu dans la guerre qui suivra, ne ruinaient pas les travaux des missionnaires nous aurions de belles églises dans ce pays. Cependant, grâce à Dieu nous avions parmi nous un grand nombre d’Indigènes qui conservaient depuis des années dans l’innocence et dans la ferveur. Tant de grandes et belles actions méritaient d’être louées de tout le monde, mais ceux qui les faisaient, et qui avaient autant d’humilité et de ferveur, savaient si bien cacher leurs mortifications aux missionnaires près, que personnes n’en avait connaissance. Cependant, comme la vertu se produit par elle-même, plusieurs s’en doutaient dans le village et Catherine fut de ce nombre. Elle avait l’esprit avide et pénétrant, si bien qu’elle se douta qu’il y avait quelque chose au-dessus cette piété extraordinaire au Sault qui se cachait dans la vie de ces fervents chrétiens et qui était la source ou le soutien de leur vertu. Enfin, elle avait atteint un si haut degré de vertu, qu’elle découvrit une partie et devina l’autre.
Quelque chose toute faite importante est arrivé à Catherine depuis peu que le Père Chauchetière ne pouvait que s’émerveiller assez pendant qu’elle se châtiait comme à l’habitude, avec une ardeur admirable, dans un endroit très obscure. Elle se trouva entourer d’une si grande lumière comme si cela été en plein midi. Bien que cela dura comme le temps d’une averse de coups de fouet, soit en parlant de son châtiment, parce qu’elle se châtia plusieurs fois. Comme si je pouvais juger de qu’elle m’avait dit, que cette lumière dura le temps de deux ou trois répétitions d’un bon Miséréré, c’est-à-dire le Psaume cinquante et un. Nous n’avions aucune raison de croire qu’il y s’agissait là d’une illusion dans tout cela, puisque Catherine est très humble et tout à fait étrangère à la tromperie.
Nous avons toutes les raisons de croire que c’était une grâce que Notre-Seigneur voulait accorder à sa fidèle servante qui était entièrement à lui. Elle l’avait servi avec une innocence et une ferveur qui était capable de ravir les anges. Pour la satisfaire, je fus obligé de lui donner une discipline et une petite ceinture de fer dont elle se servit depuis ce temps là pour mettre fin à sa soif extrême qu’elle avait de souffrances. Si je l’avais laissée à elle-même dans cette matière elle aurait surpassé tous les autres. Elle s’était châtiée impitoyablement, mais ses forces n’égalaient presque pas son courage. Il fut donc nécessaire de la modérer pour qu’elle ne s’épuise. Mais malgré toutes les précautions que je prenais, il lui arrivait de m’échapper parfois, comme cela était arrivé ce même hiver, à la fête de la Purification, soit le jeudi 2 février 1679. Pour imiter les saintes cérémonies de l’Église comme voulait la coutume de la procession de ce jour et pour donner à Notre-Dame une preuve de l’amour, elle fit le tour de son champ, d’une assez grande étendue, en récitant plusieurs fois son chapelet, enfoncée dans la neige jusqu’à la taille.
Avec son grand et glorieux titre de vierge, Catherine était plus bénie que les autres. Elle a atteint un rang plus élevé parmi les Indigènes et tous ceux qui ont embrassé la foi au nord de la France, parce qu’elle était la première du Nouveau-Monde à consacra sa virginité à Notre-Seigneur, par une particulière inspiration du Saint-Esprit. Catherine avait embrassé cette condition parfaite et sublime dans un pur choix et ardent désir de plaire à Dieu. Le Fils de Dieu a parlé de la vertu et du mérite le comparant à celui des anges dans le Ciel: « Car à la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le Ciel. » Matthieu 22:30.
Chapitre 13
Entre les Pères de l’Église se disputaient avec une sainte émulation pour savoir laquelle des vertus de Notre-Dame l’a rendue plus agréable aux yeux de Dieu et digne d’être sa Mère. Il y en a qui pensent avec raison que c’est sa virginité. Ils pensaient que le fait d’être la plus grande parmi toutes les pures créatures, par une vœu exprès a levé le divin étendard de la virginité dans le monde et Notre-Dame a dépassé toute la grâce, toute la perfection et toute la sainteté de tous les autres saints réunis. Je dis de même pour l’action si héroïque que cette jeune vierge a accomplie en suivant l’exemple de la Reine des vierges.
Catherine avait une diligence et un esprit de discernement qui lui permettaient de découvrir toutes les façons de témoigner de plus en plus son amour pour Jésus-Christ. Elle avait dévouée donc pour examiner toutes celles qui pouvait plaire au Seigneur et qui pouvaient immédiatement être mises en pratique. C’est pour cette raison qu’elle passa quelques jours à Montréal et qu’elle vit pour la première fois des Sœurs. Elle fut si charmée par leur modestie et leur dévotion. Elle s’était informée plus minutieusement sur la manière de vivre de ces saintes sœurs et sur les vertus qu’elles pratiquaient. Elle apprit alors qu’elles étaient des vierges chrétiennes qui s’étaient consacrées à Dieu par un vœu de chasteté perpétuelle.
Elle ne me donna pas de paix jusqu’à ce que je lui accorde la permission de faire le même sacrifice pour elle-même. Ceci fut sa plus grande gloire devant Dieu et considérant elle de ce seule aspect qu’elle avait le mérité de recevoir tant de grâces durant sa vie et de faire de si grands miracles après sa mort. Dieu l’a conservée plus de vingt ans dans une pureté angélique pour l’âme et pour le corps. Elle s’y prépara elle-même en renonçant au mariage, résolue à garder sa virginité, ce qui allait à l’encontre de la coutume des autres filles. Dieu l’a préparée en la plaçant généreusement au-dessus des persécutions qu’elle avait subies parce qu’elle n’avait pas voulu se marier. Presque aussitôt arrivée au Sault, Catherine s’est résolue de vivre une vie de virginité tenant la chose secrète jusqu’à que les persécutions recommencent et qu’elle se voit obligée de révéler sa décision.
Après, Catherine déclaré qu’elle aurait préféré accomplir son dessein sans attendre davantage, tant elle voulait le plus tôt possible d’appartenir seulement à Notre-Seigneur, et lui faire aussitôt que possible l’entier sacrifice de sa personne par une promesse irrévocable. Mais la chose était si étrange et paraissait incompatible avec la vie des Indigènes. Je crus bon de ne rien précipiter afin de lui donner le temps d’y penser pour considérer soigneusement une affaire de cette conséquence. J’ai bien l’éprouva et après quelques temps, j’ai remarqué le grand progrès qu’elle faisait pour chaque sorte de vertu et avec quelle profusion Dieu se communiquait à sa servante.
J’étais de nouveau convaincu que l’esprit de Dieu agissait dans cette excellente fille. Il me semblait que le dessein de Catherine ne pouvait venir d’aucune autre source que lui. Là-dessus, je lui accordai enfin la permission qu’elle désirait. Il serait difficile d’expliquer par des mots la joie qu’elle ressentit alors et la ferveur avec laquelle elle se prépara à cette si grande action. Quand ce jour si attendu arriva enfin, le plus heureux et le plus beau de tous les jours de sa vie, elle fit un autre effort pour offrir sa dévotion avec toute l’ardeur dont elle était capable.
Ce fut le jour de l’Annonciation, le samedi 25 mars 1679, sur les huit heures du matin, un moment après que Jésus-Christ se fut donné à elle dans la sainte communion, que Catherine Tekakwitha se donna complètement à lui. Elle renonça pour toujours au mariage, en faisant le vœu de virginité perpétuelle pour lui, en imitation des saintes Sœurs. Avec un cœur tout embrassé de son amour, elle l’a suppliée de vouloir bien être son unique époux et l’accepter pareillement pour son épouse. Elle pria Notre-Dame, pour qui avait une tendre dévotion, et se présenta à son divin Fils. Puis, voulant faire un double sacrifice dans une seule action, elle s’offrit toute entière à Marie et instantanément à être sa mère et de la prendre pour fille, et en même temps elle se consacrait à Jésus-Christ.
Après, elle passé quelques heures au pied de l’autel, où elle était toujours à genoux dans une sainte méditation et dans une union parfaite avec Dieu. C’est de cette manière que se passa cette grande action et le grand désir de Catherine fut comblé. J’ai alors pensé qu’une telle une résolution devait sûrement lui être inspirée par le Saint-Esprit. Je trouvais difficile de décrire la dévotion d’une âme comme celle de l’épouse de Notre-Seigneur, qui était déjà si pleine de pieuse onction et qui avait offert son sacrifice à Dieu. Et les anges la regardaient debout comme témoins et ils savaient et sûrement admiraient de cette chose difficile à faire qui démontrait l’éminence d’une âme et l’amour brûlant dans une femme. Ils furent accablés de joie en apercevant cette fille Indigène placée parmi eux par un vœu de chasteté. En vérité, après avoir fait ce sacrifice héroïque, elle ne semblait plus appartenir à la terre et menait une vie bien comme celle des anges. Sa conversation était du Ciel seul et son âme en goûtait la douceur pendant qu’elle mortifiait son corps par de nouvelles austérités jointes à son intense effort pour être constamment unie à Dieu.
Elle épuisa ses forces et tomba plus malade ce même été, et elle eut peine à échapper à la mort. Elle ressentit un grand mal d’estomac, accompagné de fréquents vomissements, avec une fièvre lente qui la mina peu à peu. Elle sombra dans un état de langueur dont elle ne put se relever. Avec toutes ses infirmités, il fallait un courage comme le sien pour se relever. Toute la ferveur de sa dévotion ne se relâcha jamais jusqu’à sa mort. Au contraire, son esprit semblait puiser en elle de nouvelles forces, aux dépens de son corps, et elle chercha de nouveaux moyens de se sanctifier, comme elle approchait la fin de ses jours.
Les justes sont admirables dans leurs voies, plus ils s’allaient rendent compte que leur fin est proche, plus ils avancent rapidement dans la perfection. Ce sont des saints avares qui ne sont jamais contents de ce qu’ils donnent à Dieu et ils veulent toujours lui en donner plus pour recevoir plus de lui, afin d’amasser de plus grands trésors pour leur éternité.
Cette chaste fille amassa un grand nombre de trésors pour son éternité pendant les deux ans et demi où elle demeura au Sault. Elle y a accompli des choses remarquables, comme nous l’avons remarqué ici, et plus encore par la constante pratique des vertus chrétiennes, qu’elle possédait dans un si éminent degré, de sorte qu’il serait difficile de juger laquelle a paru avec plus d’éclat. Plus elle approchait de la fin de ses jours, plus elle brillait dans toutes les vertus, parce qu’elle les pratiquait avec si une édification. Bien que j’ai donné déjà quelques beaux exemples de ses vertus, et avant de parler de sa mort, je voudrais discuter un peu plus concernant de ce qu’il y a de plus admirable chez les saints et du fait qu’il n’y a que la seule vertu qui mène à la véritable sainteté.
Chapitre 14
La charité est non seulement la reine de toutes les vertus, mais elle est encore la source de la sainteté. La charité est le chemin le plus court et le plus sûr pour arriver à la sainteté, d’être bientôt sainte et parfaite, selon Saint Paul, il n’y a qu’à aimer seulement Dieu de tout son cœur pour atteindre cette fin. Bien que nous puissions paraître saints et parfaits devant l’homme, sans cette vertu nous ne sommes rien devant Dieu. Avec cela à l’esprit, il n’est pas difficile de croire que Catherine soit devenue parfaite en si peu de temps, en considérant l’ardeur de son amour pour Dieu. Elle l’aimait si fort que sa seule joie était de penser à lui et de lui offrir toutes ses pensées, toutes ses paroles et toutes ses actions.
Elle aimait particulièrement être seule, mais elle s’est liée avec les deux femmes dont nous avons parlé précédemment, puisqu’elles la guidaient tout simplement vers Dieu. Car si on écoute avec bonheur une conversion qui porte sur quelque chose que l’on aime, Catherine a trouvé un extraordinaire contentement à entendre parler de Dieu. Le plaisir qu’elle en retirait était seulement suffisant pour commencer de pieux discours à sa présence et elle quittait aussitôt tout qu’elle faisait. Immédiatement, elle recueillait ses pensées et elle écoutait avec toute l’attention dont elle était capable sans jamais se fatiguer.
En 1680, la dernière année de sa vie, elle a été obligée de demeurer presque continuellement dans sa cabane, à cause de sa maladie. Le Père Chauchetière prenait soins d’elle. Il la voyait tous les jours pour converser avec elle de Dieu et pour lui expliquer nos mystères. Pour témoigner sa reconnaissance au Père, elle lui donna beaucoup de grâces après sa mort. Elle lui est même apparue plusieurs fois. Elle lui avait prophétisé des choses et l’avait amené dans la plus haute perfection avec tant de grâce.
Son amour de Dieu ne finissait pas à la simple affection, mais elle chercha toujours tous les moyens possibles pour donner à Dieu des preuves. Il suffisait qu’elle entende parler de quelque mortification des saints pour qu’elle les imite aussitôt, peu importe combien cela était dur à endurer pour la chaire. Elle se mortifiait par le feu ou en portant des ceintures de fer, ou encore d’autres moyens que nous évoquerons plus loin en parlant de ses austérités et de son amour pour la croix.
L’évidence la plus authentique de son amour ardent pour Dieu, pressé d’un fort désir de lui plaire, est qu’elle lui consacra sa virginité en renonçant au mariage pour n’avoir d’autre époux que lui. Cela était une chose inouïe pour son peuple et d’autant plus admirable chez Catherine que celles de son genre subsistaient grâce à ce que leur mari rapportait de la chasse. Aussi, elles désiraient tant se marier et elles se considéraient tellement heureuses possible lorsqu’elles avaient rencontré un bon chasseur.
Dieu, qui ne se laisse jamais surpasser en amour par ses créatures, se donna à Catherine avec tant de profusion qu’il fallait le voir pour le croire. On rapporte de plusieurs saints qu’ils avaient parfois le cœur si enflammé du divin amour. Les efforts faisaient pour cacher ce feu sacré qui les consumait à l’intérieur ne pouvaient empêcher que quelques étincelles jaillissent au dehors et tel était l’amour de Catherine.
Cette jeune fille Indigène était remplie de l’esprit de Dieu et goûtait la douceur de cette possession. Son extérieur tout entier témoignait de l’esprit de Dieu et ses yeux, ses gestes et ses paroles étaient remplis, en de tels moments, de l’amour divin. Si quelqu’un se trouvait avec elle, il ne lui fallait pas longtemps pour être touché de cet amour divin et pour être réchauffé de ce feu céleste. L’amour de Catherine pour son Dieu était la source de son grand amour pour l’Eucharistie et pour la croix. Ce sont deux moyens par lesquels le Sauveur du monde nous a témoigné le plus d’amour, et les hommes lui doivent cette réciproque, que Catherine lui donnait d’une façon merveilleuse.
Il aurait été difficile d’augmenter la foi, l’amour et la tendresse qu’elle ressentait pour le divin Eucharistie. Depuis qu’elle connaissait ce grand sacrement, elle y resta dévouée et en fit ses délices dans le divin Eucharistie jusqu’à sa mort. Nous avons vu son assiduité à faire son devoir envers Dieu, ses longues prières à la chapelle, sa ferveur dans ses communions et cette abondance de larmes qu’elle versait devant son amour, au pied de l’autel, et les journées entières qu’elle passait dans la chapelle, même pendant les froids plus excessifs de la Nouvelle-France.
Elle oubliait si souvent les besoins de son corps que tout son corps était transi de froid. Souvent, en voyant son corps entier gelé, j’étais inspirer de faire sortir de la chapelle pour qu’elle puisse avoir de la joie de la chaleur du feu avec nous. Mais le moment d’après, elle m’échappait et me disait avec un sourire qu’elle n’avait pas froid et elle retournait là où elle avait laissé son cœur. Le feu de son amour triomphé du froid mordant. Qu’est ce que les Français disaient de cela, parce qu’en passant devant nos chapelles cent fois par jour, sans même y entrer une seule fois pour saluer Notre-Seigneur sur son autel. Ils s’ennuyaient si fort à la chapelle, parce que la messe leur paraissait un peu longue lorsqu’ils étaient obligés de l’entendre.
Catherine avait un grand amour pour son bien-aimé Jésus dans l’Eucharistie et avait une dévotion pour Notre-Sauveur sur la croix. Ces deux mystères, l’Eucharistie et la Passion de Notre-Seigneur, avaient sans cesse occupé son esprit faisaient brûler dans son cœur les flammes les plus pures d’amour. Tous les jours, on la voyait passer des heures entières au pied de l’autel, quoique sans bouger et comme si elle était transportée au-delà d’elle-même. Alors, pour avoir toujours endurer cette pensé à son esprit, elle portait au cou un petit crucifix en cuivre que je lui avais donné et le baissait incessamment avec de sensations de gratitude. Elle baissait son crucifix tous les jours et toutes les nuits avec un grand sentiment de reconnaissance de son amour pour Jésus-Christ, avec une bonté si marquée pour notre rédemption, et une tendre compassion pour Jésus souffrant. Elle n’avait pas seulement la croix suspendue à son cou, mais elle portait la croix dans son corps après lui le divin Maître et ensemble avec tous les saints.
Il a guidé Catherine durant sa vie entière et lui inspira une sainte haine d’elle-même, si recommandée par Jésus-Christ et nécessaire au salut. Elle allait plus loin et voulait partager les souffrances de lui. Après avoir consacré son cœur à Notre-Seigneur dans le Saint-Sacrement, elle a sacrifié son corps à la croix et ne s’en sépara jamais.
Elle a traité son corps avec tant de rigoureuses punitions qu’elle avait l’habileté à inventer d’autres moyens pour affliger et crucifier sa chair au Sault. Elle le faisait par le travail, par les veilles, par les jeûnes, par le froid, par le feu, par des fers à marquer et par les ceintures armées de pointes qu’elle portait souvent toute la journée pendant la chaleur de l’été, le froid de l’hiver et avec la faim. Elle punissait son corps plusieurs fois la semaine avec des disciplines sanglantes de mille ou douze cent coups de fouet sur ses épaules. Il serait difficile autrement de trouver une telle innocence jointe à une si austère pénitence. Elle avait un grand désir de mortification.
Quand elle allait dans les bois l’hiver avec sa sœur et d’autres femmes, elle restait toujours derrière, ôtait ses mocassins et marchait pieds nus dans la neige et sur la glace. Cependant, elle se rechaussait avant qu’on puisse la voir, parce qu’elle était très humble et préférait qu’on ne la voit pas se mortifier.
Elle demanda un jour à Anastasie, son institutrice, quelle était la pénitence qu’elle considérait la plus rude pour offrir un plus agréable sacrifice et pour prouver l’amour à Notre-Seigneur. L’autre avait répondu: « Ma fille, je ne connais rien au monde de plus horrible que le feu. » Catherine répliqua: « Ni moi, non plus. » Catherine n’en dit pas davantage, mais le soir après que tout le monde fut couché, elle passa beaucoup de temps à se brûler les jambes avec un fer à marquer, de la même façon qu’on brûle les esclaves chez les Iroquois. De cette manière, elle s’était déclarée l’esclave de son Sauveur. Après elle se présenta à la porte de la chapelle dans les ténèbres de la nuit, endurant ses belles marques de la croix, pour offrir ses souffrances elle avait souffert pour son cher époux dans le Saint-Sacrement de l’autel.
Une autre fois, elle a convenu avec sa compagne, lorsqu’elles étaient seules, de se mettre chacune un charbon ardent entre les orteils, parce que cela devait être plus sensible à la douleur du feu. Après, Catherine avoua à sa compagne qu’elle l’avait déjà fait et qu’elle était demeurée longtemps avec le charbon de feu ardent entre ses orteils. Marie Thérèse était étonnée car elle ne croyait pas que Catherine ait pu faire ce qu’elle avait fait sans une sorte de miracle.
Enfin, par un dernier effort d’amour et de gratitude pour Jésus immolé sur nos autels et sur la croix et aussi poussée par un désir extrême de lui rendre le tout pour le tout, elle se prépara avec des nouvelles dévotions après la communion. Ces dévotions étaient une donation perpétuelle de son âme à Jésus dans l’Eucharistie et de son corps à Jésus crucifié. Elle le prit de nouveau pour son unique époux et se dévoua entièrement à lui comme son épouse. Elle choisit la grande fête de Notre-Dame, le lundi 25 mars 1680, pour faire son offrande au Fils de Dieu par les mains de sa divine Mère et pour la prendre encore une autre fois pour elle-même. Je peux dire que, depuis ces deux grands sacrifices de son âme et de son corps, son âme vécut seulement pour Jésus et son corps vécut seulement pour mourir avec lui sur la croix au milieu du chagrin et de la souffrance. Je dis mourir sur la croix puisqu’elle est morte en effet sur la croix ayant abrégé ses jours par une action digne d’une éternelle mémoire. Cette généreuse fille, environ deux ou trois mois avant sa mort, désira s’attacher de plus en plus à la croix de son Sauveur. Malgré ses infirmités continuelles, elle a voulu témoigner, par quelques actes héroïques, de la forte passion qu’elle avait de participer à ses souffrances. Comme si elle n’avait rien fait jusqu’alors, elle décida d’imiter Saint Benoît et le Bienheureux Aloysius Gonzaga, dont je lui avais parlé.
Elle alla amasser un gros faisceau de branches épineuses avec d’épines grosses et pointues très affilées qu’elle apporta avec elle et qu’elle cacha dans sa cabane. Quand tout le monde fut couché, elle les dispersa sur sa natte et se coucha dessus, n’ayant que sa couverture sur le corps. Elle eut la force de se rouler toute la nuit sur ces épines qui transperçaient profondément dans sa chair. Elle en fit autant les trois nuits suivantes avec des douleurs inimaginables, comme elle me l’avoua par la suite. Elle en sortit si défaite et si exténuée que son visage ressemblait à celui d’un mort. Comme nous ne connaissions pas la cause réelle de cela, nous avons attribué ce changement à ses infirmités habituelle qui paraissaient augmenter visiblement de jour en jour. Sa compagne soupçonna que quelque chose de secret se cachait là-dessous et Catherine lui confessa en ajoutant qu’elle pensait continuer jusqu’à la mort. Sa compagne a répondu: « Oui, mais sais-tu que c’est offenser Dieu que de faire ces sortes d’excès sans la permission de votre confesseur? » L’ombre du péché lui a fait découvrir cette rare action et sans cette seule appréhension, elle aurait caché ce secret toute sa vie.
Elle vint aussitôt me trouver et m’approcha avec ces paroles: « Ah, mon Père! J’ai péché. » Après, elle me raconta toute l’affaire et je l’admirai dans mon cœur, mais j’étais fâché et je l’ai blâmée pour son imprudence. Pour l’empêcher de recommencer, je lui ordonnai de jeter les épines au feu, ce qu’elle fit avec une grande soumission. Elle possédait cette vertu dans un éminent degré, toujours prête à faire et à ne pas faire, et contente des deux côtés, sans aucune attache à son propre sens. C’était une preuve infaillible que l’esprit de Dieu l’influençait. C’est avec raison que la crainte du péché qui lui a fait confesser Catherine une action qui était tellement à son mérite. En vérité, elle avait une extrême horreur pour le péché et l’ombre du péché, et elle avait par-dessus tout une délicatesse de conscience surprenante. Cela était particulièrement évident dans ses confessions qui étaient toujours accompagnées de sanglots et de larmes, et elle faisait avec une complète discussion de ses moindres fautes.
Elle se considérait comme la plus grande pécheresse du village et avait une si humble opinion d’elle-même. Elle ne pouvait pas endurer que quelqu’un dise la moindre parole de louage à son égard, elle s’enfuyait aussitôt ou, si elle ne pouvait pas se retirer, elle se dissimulait dans sa couverture pour cacher la rougeur qui couvrait son visage. Elle était même affligée lorsque je lui dis: « La grande gloire vous attend au Paradis! » Sa réponse immédiate fut qu’elle ne pouvant pas de quels moyens comprendre de quel droite ou titre une si une misérable créature, qu’elle croyait d’être, coupable de tant de péchées voulant se promet mériter la récompense réservée aux saints. Elle ne se considérait fortement pas digne, mais elle avait des hautes pensées pour tous les autres, elle les louait, elle approuvait leur mérite et elle excusait le reste avec beaucoup de charité. Les Indigènes sont fort disposer à parler mal des autres, mais nous avons remarqué chez Catherine que jamais il n’est sorti de sa bouche une parole contre qui que ce soit.
Catherine était naturellement douce, honnête, caressante et aussi un esprit plein de joie, bienfaisante et toujours prête à aider dans les autres. Sa patience nous a paru héroïque au milieu de ses souffrances continuelles. Elle a supporté ses souffrances avec constance et avec une égalité de tempérament qui nous charmait. Elle était toujours pleine de joie et heureuse, sans jamais laisser paraître aucune impatience ou la moindre marque de mécontentement et de tristesse, sauf lorsque sa sœur la pressa avec insistance pour qu’elle se marie.
Durant les deux derniers mois de sa vie, elle enduré des souffrances extraordinaires. Elle était obligée de se tenir toute la journée et toute la nuit dans la même posture, et quand elle voulait remuer qu’elle faisait avec des douleurs extrêmes. Elle n’a jamais, pendant tout ce temps, jeté un seul soupir pour se plaindre, même elle s’estimait heureuse lorsque ses douleurs devenaient plus pénibles. Elle disait vouloir vivre et mourir sur la croix afin d’unir ses souffrances à celles de son Sauveur.
Elle avait une haute idée de la foi et de toutes les choses qu’elle lui enseignait, un respect particulier pour ceux qui étaient appelés par Dieu pour faire connaître la foi partout dans le monde. Sa modestie était si charmante que son extérieure donnant respirait la vertu et la piété et elle inspirait les autres. Son courage était héroïque. Sa fidélité au service de Dieu était inviolable. Ses larmes aussi bien que son union avec Dieu étaient constantes. Sa dévotion était tendre et même aux larmes. Sa conversation avec Dieu était intime et constante. Ainsi, elle fut élevée en si peu de temps à une condition sublime de piété. Catherine avait une pureté évangélique. Elle était pleine d’ardeur et persévéra jusqu’à son dernier souffle. Elle possédait un remarquable don de prière, sans avoir aucun autre maître que le Saint-Esprit. En quelques mots, elle possédait toutes les vertus dans un éminent degré, comme on a pu le voir tout au cours de sa vie.
Il semble que la vertu qui lui était propre et qui a élevé le plus son mérite était la pureté. Dans sa définition plus large, ce mot signifie une exemption du péché. Dans son sens le plus courant, il désigne un éloignement du vice de l’impureté. En ce qui concerne la première signification, je ne crois pas qu’elle ait jamais offensé Dieu d’un péché mortel. Je dirais même qu’elle avait une vraie horreur du péché et qu’il la demeura dans une si grande vigilance à se préserver de lui. Je ne crois pas que pendant les deux ans et demi qu’elle a vécus au Sault, elle ait commis le délibérément le moindre grief, même le plus petit, car elle prenait un soin particulier pour éviter les moindres fautes.
C’est ce qu’on appelle une véritable sainte, possédant une charité parfaite. Pour la seconde pureté, je le dis et le dirai toujours, c’est un miracle de la grâce. Je ne peux pas comprendre comment Catherine a pu passer sa vie dans son pays et au Sault, vierge de corps et d’âme, sans jamais ressentir pendant tout ce temps la moindre chose contraire à cette vertu, ni dans son corps ni dans son âme. Cela, dis-je, paraît incroyable et est pourtant vrai, mais voulant me convaincre davantage d’une chose si merveilleuse, je la questionnai encore à ce sujet le soir avant sa mort, après lui avoir donné le saint viatique. Bien qu’elle eût de la difficulté à parler, elle fit un effort pour me répondre avec un ton de voix ferme: « Non! Non! » D’un geste qui témoignait de la peine qu’elle a ressentie en se faisant questionner encore à sa mort concernant le péché qu’elle avait eu si fort en horreur pendant sa vie. C’était cet amour qu’elle avait pour la pureté qui a fait naître dans son cœur une si tendre affection pour la Reine des vierges.
Dieu avait choisi celle-ci de sa race pour être la première vierge Iroquoise, il l’avait protégée de ses bénédictions dès le ventre de sa mère, et de cette source est venue sa tendre affection pour Notre-Dame, la Reine des vierges et la Mère de la pureté. Tout de suite après que Catherine ait fait sa connaissance, l’a aimée avec extase et elle en parlait avec enthousiasme. Elle avait appris par cœur les litanies composées en son honneur et elle les disait tous les soirs, en son particulier, après les prières communes de la cabane. Elle n’allait jamais sans son chapelet qu’elle récitait toujours en chemin. Elle soulignait les samedis et les autres jours dédiés à la Mère de la miséricorde par des mortifications ou supplémenter par d’autres actes de vertu extraordinaires. Catherine se préparait elle-même avec une ferveur croissante aux fêtes les plus solennelles. Ces grands jours étaient pour elle un temps de renaissance spirituelle, tant elle y prenait plaisir et y recevait tant beaucoup de grâces. Nous avons vu que lors de ces jours de fêtes, elle à toujours offert de quelque grands sacrifices à Notre-Seigneur, comme le vœu de virginité qu’elle fit en partie pour imiter la Sainte Vierge. Elle voulait ainsi lui donner une preuve éminente de son estime et de son amour.
Enfin, dès qu’elle prit au Sault la résolution de prendre Jésus-Christ pour son époux, elle prit Marie pour sa Mère. Elle se jeta dans ses bras et s’y s’abandonna entièrement à son conseil avec une confiance toute filiale et comme fille digne d’une telle Mère. Comme nous pouvons le croire, Catherine a obtenu de son Divin Fils un si merveilleux et rare don de pureté par un amour réciproque.
Catherine aurait bien voulu avec Saint Paul que tout le monde fasse comme elle. Les Français et les Indigènes ont remarqué chez cette jeune vierge sa manière d’agir, sa réputation et quelque chose d’indéfinissable. Elle était la plus fervente de tout le village et faisait des choses stupéfiantes. Elle a fait la merveille de nos forêts et à causer plusieurs voulaient apprendre de ses lèvres ce qui était plus agréable à Dieu pour le faire. Même si elle tentait de se cacher, elle ne pouvait refuser ses instructions aux autres.
La virginité, la chasteté et l’abstinence étaient les sujets des discours de Catherine. Elle les répandait partout comme un baume et leur en parlait pour qu’ils les embrassent ou qu’ils craignent le vice. Elle ne mentionnait jamais ces deux sujets sans donner d’abord quelques louanges de Notre-Dame. Dans ces temps-là, on peut juger que sa langue parlait du fond de son cœur, parce que c’était plein d’admiration, de vénération et de tendresse pour sa mère incomparable, qui était son refuge pour toute, et qu’elle tentait avec ardeur d’imiter.
Chapitre 15
Après avoir raconté au long la vie et les vertus de cette vierge Iroquoise, j’en viens maintenant à sa mort. Si Catherine Tekakwitha était morte où elle est née, je prendrais les paroles du Sage et je dirais d’elle ce qui a été dit de l’homme juste, c’est-à-dire qu’elle aurait été enlevée de ce monde par un acte de providence très particulier de Dieu à la fleur de son âge. Dans la peur qu’avec le temps cette âme innocente ne vint enfin à se contaminer de la corruption de son pays, Dieu se serait hâté, de la retirer de l’iniquité dont elle était entourée. Bien que Catherine ait fini glorieusement sa vie dans la mission, qui était alors très fervente, je préférerais prendre la seconde pensée du Sage et dire comme lui que Catherine a quitté la terre seulement parce qu’elle était prête pour le Ciel. Elle a atteint son but, assez heureuse pour avoir accompli en quatre ans seulement ce que les autres ont de la difficulté à accomplir après plusieurs années et après être parvenus à l’extrême vieillesse.
Catherine était petite et boiteuse parce qu’elle a subi une blessure à son pied à l’âge de dix-neuf ans. Elle était très infirme et presque toujours malade et, un an environ avant sa mort, elle fut atteinte d’une grande maladie qui lui laissa une fièvre lente et un grand mal d’estomac. Ceci fut accompagné de fréquents vomissements causés sans doute par son travail continuel, par ses vielles, ses jeûnes et des autres austérités excessives et surtout par sa faible vue. Catherine a continué ces austérités sans cesse jusqu’à sa mort et comme preuve finale, je me rappelle le douloureux natte d’épines sur lequel cette généreuse fille acheva de ruiner le peu de santé qui lui restait. La fièvre l’a empirait que l’obligea enfin à rester sur sa natte et nous l’enleva au bout de deux mois. Ainsi, ses derniers jours furent des véritables jours de grâce et de sainteté pour Catherine puisqu’elle les passa dans l’exercice de toutes ces excellentes vertus qu’elle avait si bien pratiquées pendant sa vie et qui ne parurent jamais avec plus d’éclat qu’au moment de sa mort. Nous avons vu sa foi, son espérance, sa charité, son humilité, sa gentillesse, sa patience, sa résignation et un contentement surprenante au milieu de ses souffrances.
Le Père Chauchetière, qui était en charge des malades, la visitait tous les jours dans sa cabane pendant sa dernière maladie, et il ne pouvait que l’admirer. Il la trouvait toujours avec un visage souriant, qui témoignait de la tranquillité de son âme et du plaisir qu’elle trouvait dans ses douleurs. Il ne faut pas s’en étonner, cette sainte fille qui souffert sur la croix avec son Sauveur et son époux, était contente de mourir sur la croix comme lui.
Pendant que tous les hommes étaient à la chasse et les femmes qui restaient au village étaient occupées du matin jusqu’à la nuit dans les bois ou dans les champs. Ils laissaient donc leurs malades seuls tout le jour avec un plat de sagamité et un peu d’eau à leur côté. C’est dans cette condition d’abandon que Catherine passa tout le temps de sa dernière maladie, mais ce qui était communément pour les autres malades un sujet de peine et de mécontentement était pour elle l’occasion de nouveaux mérites et même d’une nouvelle consolation. Elle savait mettre tout à profit et depuis longtemps elle était accoutumée à converser avec Dieu. Ainsi, elle employa cette solitude pour s’attacher davantage à lui et pour être plus enflammée de son amour.
Au plus profond de son âme elle était liée avec délice à son Dieu avec une abondance de joie et une satisfaction spirituelle d’autant plus pures, parce qu’elle était détachée des affaires de ce monde. Ainsi, pour amener ces choses à la source de son délice et à son centre d’affection qui était le Saint Eucharistie, elle allait à la chapelle tous les jours, tant qu’elle put se remuer, pour l’adorer et passer des heures entières en sa dans douce compagnie qui avait pour elle tant de charme et ce, malgré sa grande faiblesse. Quand elle était dans l’incapacité de le faire, elle faisait ses Stations de la Croix de la Passion du Christ en esprit en s’unissant au sacrifice perpétuel de nos autels avec un sacrifice continuel de tout son être à Notre-Seigneur.
Il serait trop long d’expliquer l’étendue de sa patience, de son obédience, de sa simplicité, de sa fidélité, de son union avec Dieu et de la grandeur de sa dévotion à la Sainte Vierge et son ange gardien. Elle a excellé si grande dans toutes les vertus et nous a donné de si rares d’exemples de ces vertus, si bien que chacun d’entre elles semblait être sa vertu particulière. C’est arrivé que une si sainte vie a été couronnée par une mort exceptionnelle. Ceci est répété de Catherine, dans une telle peu de temps, elle ait accompli pour une longtemps. Catherine finissait sa vie dans la fleur de sa jeunesse alors qu’elle n’avait que vingt-quatre ans. Elle était déjà mure pour le Ciel, après avoir accompli quatre ans après son baptême ce que les autres ont de la difficulté à réaliser pendant une très longue vie.
Alors que ses derniers moments approchaient, sa force allai toujours en diminuant jusqu’au début de la semaine sainte, qui était le dimanche des Rameaux. Dieu voulut alors la retirer du monde pour aller, comme nous avons toute raison de le croire, célébrer les fêtes suivantes avec les anges.
Le mardi matin, voyant qu’elle approchait de la mort, nous lui avons donné à elle le saint viatique, c’est-à-dire la dernière communion. Tous les Indigènes qui étaient au village et qui avaient accompagné le Saint-Sacrement à la cabane de Catherine furent charmés par une piété si édifiante. Elle reçut le sacrement avec un amour et une dévotion angélique, comme une véritable épouse de Notre-Seigneur.
Les nouveaux convertis qui se trouvaient dans sa cabane ne pouvaient retenir leurs larmes, parce qu’ils étaient témoignes d’une grande vertu. Je voulais lui donner l’extrême-onction, un rite consacré aux malades quand ils sont sur le point de mourir, mais elle me dit que ce n’était pas encore une pressante nécessité, alors de ce qu’elle dit, j’ai pensé le différer au mercredi matin. Le divin Sauveur ne fut pas aussitôt avec elle, qu’elle renouvela toutes les offrandes qu’elle avait faites à Dieu en lui communiquant des sentiments profonds de reconnaissance pour les grandes grâces qu’elle en avait reçues, surtout à la mission du Sault. Catherine passa le reste du jour et la nuit suivante à converser fréquemment avec Notre-Seigneur, Notre-Dame et son crucifix. Elle répéta ces actes qu’elle était si accoutumée de faire pendant qu’elle était en santé.
Le mercredi matin, elle reçut l’extrême-onction avec la même dévotion que pour le saint viatique, le jour précédent. Sur les trois heures de l’après-midi, que la cloche fut sonnée pour rassembler les Indigènes. Ils désiraient passionnément être témoins de la mort de cette grande servante de Dieu. Après trois heures de l’après-midi, Catherine entra dans une agonie qui fut la plus douce du monde.
Une courte demi-heure après son agonie, elle prononça les saints noms: « Iesos! Wari! » Ensuite, un petit spasme arriva du côté de sa bouche. Elle avait complètement perdu la vigueur de parler, mais son ouïe était encore fort bonne et fut consciente jusqu’à son dernier soupir. Il était évident qu’elle essayait de faire avec son cœur au moins les actes que je lui ai suggérés pendant ses derniers moments. Elle mourut paisiblement, comme si elle était entrée dans un doux sommeil. Cette sainte âme avait quitté son corps vierge pour aller avec son bien-aimé époux. Ainsi, Catherine Tekakwitha mourut dans la vingt-quatrième année de son existence, le mercredi de la semaine sainte sur les trois heures de l’après-midi. Elle est partie célébrer les triomphes de la croix avec lui dans Ciel, lui qu’elle a tant aimé et à qui elle a offert son cœur, son affection et son corps chaste et vierge durant cette vie de mortifications. Ensuite, son visage changea tout d’un coup; le visage apparut si souriant et si pieux que tous étaient extrêmement étonnés. Tous étaient en admiration de son visage si bien qu’ils ne se fatiguaient pas de la regarder.
La journée de la mort Catherine se déroula avec une dévotion extraordinaire. Immédiatement, elle laissa le village entier avec une fragrance de sa vertu et une estime pour la sainteté, surtout lorsque je fis son éloge quelques heures après, lors des prières du soir, et que je fis connaître aux Indigènes le trésor qu’ils avaient possédé et qu’ils venaient de perdre sans l’avoir connu.
Le Père Chauchetière et moi avions remarqués les deux amours de Catherine qui étaient Notre-Seigneur, caché dans l’Eucharistie, et Notre-Seigneur Jésus cloué sur la croix. Par une providence particulière de Dieu, elle a donné son âme précieuse à son époux céleste le mercredi de la semaine sainte, soit un peu avant les jours avant la célébration de l’Institution du pain de la vie et de la mort du Sauveur.
Son corps virginal fut enterré le jour suivant sur les trois heures d’après-midi. Elle fut enterrée au milieu des larmes de tous, qui ne pleuraient pas de tristesse mais dans la joie publique que sa sainte vie inspirait à tout le village. Leur espérance était d’avoir une puissante protectrice au Ciel. On a fait ses funérailles avec de grands sentiments de vénération, d’estime, de joie et de piété. Et leur joie était d’autant plus grande qu’ils avaient maintenant une influente avocate auprès de Dieu dont ils vénéraient toujours les restes précieux.
Elle est devenue le support, le rempart et l’esprit qui guide la mission. Tels furent les sentiments prononces par le Père Frémin quand il appris de la mort de Catherine, à son retour de France où il était allé cette année pour les affaires concernant le Sault. Catherine Tekakwitha est morte comme elle avait vécu, c’est-à-dire comme une sainte. Il allait de soit qu’une si sainte vie devait être suivie d’une plus sainte morte, parce qu’elle fut remplie du Saint-Esprit.
Chapitre 16
Le décès de Catherine Tekakwitha a été accompagné de quelques circonstances que je croie sont semblables à celles des saintes, parce que certaines de ces circonstances nous ont permis de juger que la vie de Catherine était agréable à Dieu.
Nous prenons, comme première circonstance, le jour même de son trépas. Il semblait comme de la si prendre à Dieu ce jour-là pour la récompenser pour sa dévotion, parce qu’elle l’avait aimé et honoré le plus. Elle mourut le mercredi de la semaine sainte, la vielle des deux jours consacrés aux deux grands mystères de l’Eucharistie et de la croix, qui avaient fait toute sa joie et sont délices. Je me souviens que deux mois avant sa mort, au tout début de sa dernière maladie, le Père Chauchetière a une affirmation que Dieu la retirerait de ce monde le mercredi saint pour qu’elle puisse aller célébrer au Ciel ces deux grandes fêtes qui avaient fait sa principale dévotion sur la terre.
La seconde circonstance est encore admirable que la première. C’est ici une louable coutume de faire veiller la nuit les malades qui sont en danger de mort tout à tour par deux personnes de la Sainte Famille. C’était demandé qui pourrait le faire pour Catherine.
Dans la nuit de mardi, qui fut la dernière de sa vie, je nommai deux des membres les plus ferventes, Marie d’Onondaga et Marguerite Gagouithon. La dernière était la plus jeune des deux et aussi la plus jeune de toute la Sainte Famille, car elle n’avait pas plus de vingt-deux ans. Marguerite vint me trouver après les prières du soir pour me demander la permission d’aller dans les bois et de faire quelques pénitences afin d’obtenir une bonne mort pour celle qu’elle veillait, car elle aimait Catherine qui l’aimait réciproquement. Catherine a vu d’une vision intérieure ce que Marguerite avait fait dans les ténèbres de la solitude des bois. Marguerite s’était associée à Catherine depuis peu. Cette charité était surprenante pour une fille Indigène, qui passa un quart d’heure à exécuter des pénitences jusqu’à qu’elle saignera et ce, pour de la part de Catherine. Il est encore plus étonnant qu’à l’instant même Catherine en ait eu connaissance, alors qu’elle était mourante sur sa natte n’ayant auprès d’elle que Marie cette nuit-là, elle se tourna de son côté et demanda à Marie d’aller chercher Marguerite et de la faire venir immédiatement.
Marie obéit et alla trouver Marguerite sur le chemin des bois en route vers sa propre cabane pour y serrer ses moyens de mortification. Elle dit à Marguerite: « Catherine te demande, enfin je viens te chercher. » Alors, toutes les deux sont entrées dans la cabane de Catherine. Catherine demanda à la jeune Marguerite, qui fait preuve de tellement de charité pour elle, de s’approcher. Catherine chuchoté à l’oreille de Marguerite, parce qu’elle lui voulait parler à Marguerite et d’avoir l’autre se reposer. En vérité, Marie s’était déjà endormie. Catherine a alors pris le bras de Marguerite et lui chuchota: « Approchez ici, ma sœur, que vous dise un petit mot. » Catherine pouvait à peine parler. Alors Catherine, tenant en serrer le bras de Marguerite, lui dit: « Courage, ma chère sœur, continuez avec la même ferveur avec laquelle vous avez si bien commencé. » Marguerite, qui n’avait pas moins d’humilité que de ferveur, lui répliqua qu’elle ne la connaissait pas bien et qu’elle, Marguerite, était une misérable pécheresse.
Catherine tenant en serrer encore son bras lui répondit: « Ma sœur, je sais ce que je dis, je connais aussi le lieu d’où tu viens et je t’assure que ce que tu as fait est bien et agréable à Notre-Seigneur. Ayez un bon courage, persévérez constamment et priez pour moi à ma mort, pour alors je puisse bientôt quitter le purgatoire. Je vous aiderai quand je serai au Paradis, soyez en sûre. » Ainsi, Catherine l’encouragea et l’exhorta à persévérer dans le service de Dieu, en lui assurant qu’elle était très agréable à Notre-Seigneur, et lui promettant de prier pour cela au Ciel. Cette femme vint me dire le lendemain, avec une nouvelle vénération et un nouveau courage, qu’elle allait suivre l’exemple de Catherine comme elle le fait encore présentement à la mission. Quand Marie d’Onondaga a entendu plus tard les paroles prononcées par Catherine, elle fut si consolée et encouragée à vivre toujours dans la même ferveur.
La troisième circonstance venait du fait qu’elle connaissait le jour et l’heure même de sa mort, ce qui pouvait seulement venir du Ciel. Après, je donnai donc à Catherine le saint viatique le mardi matin, j’ai voulu en hâte lui donner l’extrême-onction, mais elle a dit alors que rien ne pressait, que le temps n’était pas encore venu. À la suite de ces paroles, nous avions différé de lui donner le sacrement le mercredi matin. Nous avions toute la raison de croire qu’elle allait mourir l’avant-midi même, mais elle savait que ce n’était pas le cas.
Sa bien-aimée compagne et quelques autres femmes de la Sainte Famille, qui formaient depuis environ un an une petite bande de dévotion avec Catherine et qu’on appelle encore les Sœurs de Catherine désiraient fortement être présentes à sa mort. Elles étaient obligées d’aller chercher du bois pour les fêtes suivantes, et elles ne savaient pas si elles devaient y aller ou rester avec Catherine. Elles pensaient que la bonne solution était de s’adresser à Catherine. Je parlai donc à Catherine de leur part et elle avait assez d’influence au Ciel pour faire différer sa mort pour elles. Catherine dit: « Laissez-les aller dans les bois, elles vont me voir mourir quand elles reviendront. » Sur ces mots qu’elles y allèrent et Catherine ne manqua pas à sa parole, et jusqu’à trois heures dans l’après-midi elle demeura dans le même état.
Après leur arrivée, elle attendit que tous fussent entrés dans la cabane, alors j’ai vu cette merveille de mes propres yeux. Quand la dernière personne fut entrée, elle tomba dans une agonie alors que tous étaient autour d’elle, à genoux. Comme ils avaient désiré, ils eurent la consolation d’être témoins de sa mort comme elle le leur avait promis.
On raconte d’elle que, quelque temps avant sa dernière maladie, elle creusait avec d’autres femmes une fosse au cimetière pour y enterrer l’un de ses petits-neveux qui fut décédé. La conversation a tourné sur le sujet de ce terrain d’enterrement où chacun avait sa place. On demanda en riant à Catherine où était la sienne. En montrant avec son doigt un certain endroit, elle dit: « C’est là! » Après sa mort, le Père Chauchetière fit tout ce qu’il put pour me persuader de la mettre dans la chapelle, mais pour éviter une chose si peu habituel, je fis creuser la fosse dans le cimetière, dans le lieu même qu’elle avait désigné. Je n’ai appris sa prédiction que deux ans après son enterrement.
La quatrième circonstance est une merveille dont j’ai été aussi témoin avec le Père Chauchetière et les Indigènes. À cause de la petite vérole, son visage a été ruiné dès l’âge de quatre ans; ses infirmités et ses mortifications ont contribué le ruiner encore plus. Le visage de Catherine était si marqué par les cicatrices avant sa mort qu’elle a pris une complexion basanée. Soudainement son visage changea environ un quart d’heure après sa mort et devint dans un moment si beau, souriant et blanc. Son visage assumait une apparence de couleur vermeille qu’elle n’avait jamais eue et ses traits n’étaient plus les mêmes. J’ai remarqué son visage transfiguré aussitôt car j’étais en prière auprès d’elle et je criai, parce que je fus tellement saisi d’étonnement.
Je fis chercher le Père Chauchetière qui travaillait à la chapelle pour le jeudi saint. Il y accourut avec tous les Indigènes en entendant cette merveille que l’on pouvait contempler jusqu'à sa sépulture. La beauté de son visage inspirait l’amour de la vertu et laissa tous leurs cœurs pénétrés par le désir de voir une sainte. Les Indigènes qui étaient présente ne pouvaient pas retenir l’expression de leur étonnement. Je vais admettre ouvertement la première pensée qui me vint alors: Catherine pouvait bien être entrée à ce moment au Ciel. Après cela, renvoyer dans son corps chaste un petit rayon de la gloire dont elle venait de prendre possession.
Deux colons Français de La-Prairie-de-la-Madeleine vinrent le jeudi matin au Sault pour assister au service. Ils passèrent par la cabane de Catherine et, la voyant sur sa natte avec un si beau et si rayonnant visage, l’un des deux dit à l’autre: « Il y a une jeune femme qui dort paisiblement. » Ainsi, un moment après avoir appris qu’il s’agissait de Catherine, ils retournèrent à sa cabane et immédiatement se mirent à genoux à ses pieds pour se recommander à ses prières et pour satisfaire leur dévotion. Ils voulurent donner un témoignage public de la vénération qu’ils avaient pour la défunte. Immédiatement ils furent construire un cercueil pour y ensevelir une si précieuse relique, parce qu’ils avaient honorée comme une sainte.
La dernière circonstance de sa mort est l’effet remarquable qu’elle a eu sur la mission. Ainsi, il y avait une piété et une ferveur au Sault que nous ne pouvons nier après ce que nous venons de raconter. Catherine a acquis de l’effet remarquable de la mission par les beaux exemples de vertu qu’elle avait devant les yeux. Mais si la mission fut pour elle au commencement d’une grande aide pour sa sanctification, en approchant de la mort elle servit réciproquement à sanctifier la mission.
Nous n’avons pas tardé à voir cet effet le jour suivant, le vendredi saint. Ce jour-là leurs cœurs furent si touchés à la vue de la croix, que Catherine a tant aimée et baissée, quand je l’ai dévoilée à tous, après le sermon sur la Passion de Notre-Seigneur. Je crois que jamais que c’était vu une si piteux et touchant spectacle de dévotion. Car soudainement, tous ont éclaté en même temps avec si forts cris et sanglots, et il fut nécessaire de les laisser pleurer pour un assez longtemps. Après, j’ai voulu entonner la Vexilla Régis, mais je n’ai pu seulement prononcer que les deux premiers mots, parce que tout d’un coup les cris et les sanglots ont recommencé encore plus fort qu’avant, partout dans la chapelle. Je fus obligé de m’abstenir une deuxième fois, vu la violence de leur chagrin. Le fruit de tout cela fut qu’ils parlaient de rien d’autre que d’être convertis et de se donner entièrement à Dieu.
Le jour même et le jour d’après, et pour huit jours de suite, tant de si pénitences excessives ont été exécutées au Sault qu’il sera difficile de faire plus, même pour les plus austères pénitents dans le monde. La dévotion y devint générale et tous les Indigènes ne parlaient que de pénitence et d’abnégation, renonçant à tout pour donner tout à Dieu, comme l’a fait Catherine. En vérité, on venait de tous les côtés pour m’informer de ces belles et saintes résolutions et pour me dire en plus qu’ils réussissaient dans ces résolutions.
La nuit du vendredi saint, une femme passa la nuit entière à se rouler sur les épines, comme l’avait fait la défunte. Une autre le fit quelque temps après, quatre à cinq nuits de suite. Les personnes mariées se séparèrent comme pour vivre dans l’abstinence et des veuves renoncèrent à un second mariage. Les plus jeunes femmes promirent d’y renoncer si leur mari mourai avant elles. Telle ardente était le zèle pour les pénitences faites à leur corps dans la mission. Je me risque même à dire véritablement que les plus rigides monastères n’en sont jamais venus à telles terrifiant mortifications, que ces nouveaux convertis s’imposaient volontairement. Ils ont pris ces saintes résolutions à temps et ils les ont tenues.
Les hommes et les femmes se sont couverts de coups de fouet comme faisait Catherine. Ils ont jeûné rigoureusement, passant des journées entières sans manger. Bien que les Indigènes mangeaient pendant la moitié de l’année, cela n’était pas suffisant pour tenir un homme en vie. Ce sont là les grands fruits qui ont été produits à la mission du Sault par la vie et par la mort de Catherine. La mémoire de cette généreuse vierge est soigneusement préservée ici par le soin des missionnaires qui rappellent souvent ses vertus aux Indigènes.
Les femmes mélangeaient de la cendre dans leur portion de sagamité, elles plaçaient des charbons rougeoyants entre leurs orteils et elles allaient jambes nues pour faire des longues processions dans la neige. Elles ont aussi coupé leurs cheveux pour se défigurer, parce qu’elles ne voulaient pas être demandées en mariage. On voyait des filles Indigènes qui se jetaient sous les glaces en plein hiver. Ces austérités étaient presque continuelles, malgré le mal que cela causait à leurs corps, parce qu’elles disaient qu’il était leur grand ennemi. La majorité de ces austérités fut pratiquée dans les bois. Cependant, le Saint-Esprit bientôt intervenait dans cette matière pour les éclairer et régler leur conduite, sans pour diminuer leur ferveur.
Chapitre 17
Après avoir parlé jusqu’ici de la vie et de la mort de Catherine, nous allons maintenant considérer quelques-unes de ses apparitions, et les faveurs extraordinaires que plusieurs personnes ont obtenues du Ciel et obtiennent tous les jours en Nouvelle-France. Je dois admettre, en ce qui concerne ces apparitions, que j’ai eu de la difficulté à me décider à en parler, parce qu’il y a trop de personnes dans le monde qui ne croient à rien, surtout à ce sujet. Ils n’entendent pas aussitôt parler d’apparitions, qu’ils protestent contre et prétendent que ces révélations ne sont que beaucoup d’illusions, parce qu’ils y avaient dans le passer quelques-unes de n’avoir existées que dans l’imagination et non dans la réalité. Ces personnes ont préféré croire que la main de Dieu a été raccourcie, concernant les apparitions de cette pauvre fille Indigène, mais il est le donateur de toutes les grâces et les donne à qu’il veut.
Les apparitions dont je parle ici sont si claires en détail et d’une telle importance, que je ne vois pas pourquoi on puisse raisonnablement douterait. Les incrédules demeureront toujours incrédules. Dieu sera glorifié dans sa servante et les personnes vertueuses trouveront dans ces merveilles de nouveaux motifs pour l’aimer et le bénir, voyant comment il a récompensé les services que lui ont rendu même les pauvres Indigènes.
Le sixième jour après sa mort de Catherine, c’est-à-dire le lundi de Pâques, alors que le Père Chauchetière était en prières sur les quatre heures du matin, Catherine lui est apparue. Elle était entourée avec gloire dans un port de majesté et son visage éclatant était élevé vers le Ciel comme en extase. Il avait vu Catherine comme le lever du soleil et il avait entendu ces paroles: « Adhunc veni in dies. » C’est-à-dire: « Même maintenant je viens tous les jours. » Cette merveilleuse apparition était accompagnée de trois circonstances qui la rendaient encore plus admirable.
En premier lieu, l’apparition dura deux heures entières. Le Père a donc pu la contempler à loisir comme un portrait avec et le fit avec si de joie et si de plaisir difficiles à exprimer. Catherine a voulu, par cette apparition, lui offrir sa reconnaissance de la faveur pour les grands services qu’elle en avait reçus de lui pendant sa vie. Alors, cette même apparition fut accompagnée de plusieurs prophéties et par autant de symboles, qui se voyaient des deux côtés de Catherine dans son extase. Certaines de ces prophéties ont déjà été réalisées alors que d’autres sont à venir.
Dans l’apparition, il voyait à la droite de Catherine une église renversée sur son côté et pendant à sa gauche, un Indigène attaché à un poteau et brûlé vif. Ces événements arrivèrent au mois d’août 1683 et en 1690. Le Père voulut garder cette apparition comme une secrète. En vérité, il ne l’avait pas dévoilée jusqu’à plus tard quand les événements en symboles qu’il avait vus se soient avérés et que Catherine ait commencé à être fameuse pour ses miracles.
À minuit, soit dans la nuit de jeudi le dix-neuf jusqu’au vendredi 20 août 1683, il y eut un orage épouvantable avec tant des éclairs et de la foudre, et la terre s’était mise à trembler. Une pareille tempête, et cela ne fut sans doute jamais dit, aurait été causée seulement par le malin esprit. Il vint prendre la chapelle du Sault de soixante pieds de long et la brisa en morceaux. Il a pris la chapelle avec tant de violence à un angle que la chapelle fut tournée sur l’angle opposé. Tous les articles du meuble sacré ont été entièrement préservés, à l’exception de cinq croix qui furent cassées, ce qui peut signifier la foi des cinq nations. La statue de la Sainte Vierge, à une élévation de onze pieds, a simplement été renversée.
Dans la chapelle, il y avait trois Pères Jésuites. Les Pères Jean Morain et Nicolas Potier se trouvaient au-dessus dans la chapelle et furent soulevés en l’air avec les morceaux. Le Père Chauchetière, qui s’était rendu dans le dessous de la chapelle pour sonner la cloche afin d’alerter le village de l’orage, sentit la corde arracher de ses mains et il fut soulevé comme les autres. Il a été sauvé et porté loin de l’endroit où il était agenouillé. Les deux cloches tombèrent à ses pieds et un grand trou se fut creusé par les solives qui se sont cassées dans leur chute. Il s’est retrouvé dans une place en lieu sûr, sans peur et sans blessures, à prier et à baisser les reliques de Catherine qu’il avait attachées autour de son cou. Le Père Potier sauta en l’air avec les chevrons qui formaient une sorte de cage autour de lui et s’échappa avec une légère blessure au visage. Le Père Morain était tombé et se disloqua l’épaule, mais il a vite récupéré. Les trois Pères se retrouvèrent par terre, sous les débris, d’où l’on eut bien de la peine à les retirer.
Les Pères pensaient voir leur corps sévèrement blessé, par un effet si violent, mais ils avaient simplement quelques légères blessures. Ils attribuèrent cela aux prières dites à Catherine. Quand tous les trois se rencontrèrent, l’un d’eux dit: « Quant à moi, j’ai dit la messe de la Sainte Trinité en l’honneur de Catherine ce matin. » L’autre dit: « Je me suis rendu à son tombeau ce matin en me recommandant à elle d’une manière très particulière. » Et le Père Chauchetière dit: « Depuis plus d’un an, j’ai eu une pensée insistant qu’il devait arriver un accident à la mission, et pendant tout ce temps et aujourd’hui encore, j’ai prié Catherine à son tombeau pour nous en délivrer. Et à part de ça, que je n’ai cessé d’importuner le supérieur de la mission pour faire transporter les ossements de Catherine dans notre chapelle. »
Le Père Chauchetière n’a pu retenir ses larmes en voyant les Indigènes tellement affligés par la perte de leur chapelle. Ils disaient que Dieu les avait chassés de la chapelle parce qu’ils ne méritaient pas d’y entrer. Ils étaient inconsolables de voir les Pères blessés et malade et ils disaient que ces Pères avaient soufferts pour eux parce qu’ils ne voulaient pas les écouter et vivre comme des bons chrétiens. Le Père Chauchetière était très habile et il a saisi l’opportunité de les encourager à amender leur vie avec conviction.
Ils ont immédiatement procédés à rebâtir la chapelle et Dieu voulut qu’il y ait alors dans le village un architecte qui avait bâti cinq autres chapelles très bien construites. L’ancien et le plus fervent des chefs du Sault, le Grand Agnier, avait fini sa cabane d’écorce quinze jours avant. Il laissa sa cabane, parce qu’il l’avait offerte pour remplacer la chapelle jusqu’à ce qu’une autre soit bâtie. Cette offre du Grand Agnier a été acceptée et il se considérait lui-même comme le plus heureux de son village, parce qu’il avait la béatitude de donner un logement à Jésus-Christ. Notre-Seigneur avait honoré cette chapelle avec plusieurs merveilles qui avaient eu lieu là où beaucoup de gens disaient des neuvaines à Catherine Tekakwitha, parce qu’ils étaient vus d’aller à la chapelle par dévotion. Ils exécutèrent cette même dévotion à cet endroit-là, malgré les sévérités de l’hiver, les pluies du printemps et la chaleur de l’été. C’était encore plus dure à endurer pour ceux qui allaient souvent visiter le Saint-Sacrement.
L’Indigène qui l’a vu brûler sur un poteau, et qui a été vu dans l’apparition, arriva en 1690 à Onondaga. Il s’agissait d’Étienne Teganannokoa, un Huron de la mission de Sault-Saint-François-Xavier, qui mourut d’une mort glorieuse. Quand au milieu des flammes il ne cessa pas d’encourager sa femme à invoquer avec lui le saint nom de Jésus. Il était près de sa mort et il a ranimé toute sa force, et en imitation de son Maître, et il pria le Seigneur avec une haute voix pour convertir ceux qui l’avaient traité avec une telle inhumanité.
À Onondaga, dans les deux années qui ont suivi, deux femmes de la Mission de Saint-François-Xavier, qui venaient d’Onondaga, Frances Gonannhatenha et Marguerite Garangouas, ont été-elles aussi capturées et brûlées pour la haine de la foi et de la mission.
Les Français qui étaient esclaves chez les Iroquois s’échappaient continuellement. Ils ont été témoins de ces événements et ils ne pouvaient pas raconter ces choses sans pleurer et tirer des larmes des yeux ce ceux qui les écoutaient. On ne peut pas douter du fait que Catherine l’avait prophétisée longtemps auparavant et qu’elle avait obtenu de ces Indigènes le courage invincible, dont ils ont fait preuve pendant leur torture. Nous regarderons ceci à la fin du livre de l’effet merveilleux de l’influence qu’elle avait au Ciel.
L’année suivante, le lundi premier septembre 1681 et le mardi 21 avril 1682, le Père Chauchetière eut des apparitions de Catherine sur ces deux jours. Le Père fut laissé en contemplation pour cinq heures entières après l’apparition du lundi premier septembre 1681. Alors, le Père fut laissé encore pour six heures entières en contemplation après l’apparition de mardi 21 avril 1682. Les deux apparitions de Catherine s’étaient dans la même circonstance, c’est-à-dire que le Père était couché sur le dos en regardant en haut. Cependant, les deux apparitions furent différentes de la première apparition de lundi 22 avril 1680, parce qu’il l’avait vue comme un soleil à midi au milieu du ciel.
Dans la première des deux dernières apparitions, Catherine Tekakwitha est apparue au Père pendant qu’elle resplendissait avec une brillante dans toute sa personne. Le Père alors ressenti une inspiration en lui de montrer son image peinte aux gens.
Lors de la deuxième des deux dernières apparitions ou la dernière apparition qu’il avait eue de Catherine, le Père avait vu Catherine Tekakwitha si brillante et entourée de lumière, que cette fois ses yeux pouvaient à peine l’endurer et c’est alors qu’il entendit ces paroles: « Inspice et fac secundum exemplar. » C’est-à-dire: « Tu veilleras à ce que le travail soit conforme au modèle » Exodus 25:40. Dieu lui a fait savoir qu’il voulait que des portraits de Catherine soient peints. Maintenant qu’il était demander de peindre un portrait d’elle, comme il l’avait vue. Il a fait la peinture du mieux qu’il pouvait. Après, d’autres peintures ont été réalisées par le Père Chauchetière et fut mal fait sur le papier, mais les gens les valorisaient beaucoup. Si bien qu’ils sont à peine assez pour fournir leurs demandes. Les gens étaient très reconnaissants d’avoir pu obtenir ces peintures et les conservaient soigneusement dans leur cabane. Pour un longtemps, le Père s’est abstenu de peindre des portraits de Catherine, mais qui ayant été peint plus tard, ont contribué à une grande façon d’avoir fait connaître Catherine, puisque ayant été mis sur la tête des malades, elles ont porté des guérisons merveilleuses.
Deux jours après la première apparition, soit le mercredi 24 avril 1680, Catherine est apparue à la bonne Anastasie de cette manière. Elle disait: « Un soir après les prières publiques et quand tout le monde fut couché, j’ai prié seule un peu de temps et après je suis allée aussi me coucher. J’étais à peine tombée endormie quand je fus réveillée par une voix qui m’appelait et qui disait: ‘Ma mère, levez-vous et regardez!’ J’ai alors reconnu la voix de Catherine. Immédiatement, je me suis assise et me suis tournée vers l’endroit d’où elle m’appelait. Je l’ai vue debout à mon côté. Elle avait la moitié du corps cachée jusqu’à la ceinture. La partie du haut était éclatante comme le soleil et j’ai vu seulement son visage qui c’était d’une beauté extraordinaire. Elle dit: ‘Ma mère, regardez bien la croix que je porte! Regardez, regardez comme c’est beau la croix! Ah, comme j’ai aimé la croix sur la terre! Ah, comme j’aime la croix encore au Paradis! Je veux tellement que tous ceux de notre cabane aiment et comptent sur la croix comme je l’ai fait!’ Voilà ce qu’elle m’a dit. À cet instant, elle disparut et me laissa si remplie de joie. La croix qu’elle portait dans sa main était si belle et plus brillante que tout le reste, que je n’ai jamais rien vu d’aussi ravissant et d’aussi charmant. » Son esprit fut si rempli de cette apparition qu’après plusieurs années sa mémoire de ceci était fraîche comme au premier jour.
Par cette visite affectueuse que Catherine semblait vouloir démontrer à Anastasie la gratitude pour tous les soins qu’elles lui a prodigués, parce qu’elle la voyait comme sa mère. Catherine voulu, par l’apparition de la belle croix et par ses paroles, la disposer à endurer généreusement la croix, parce que Dieu préparait pour elle la mort de trois de ses enfants dans la guerre et l’aîné était l’une des chefs du village. Elle a su endurer ces grandes souffrances avec une fidélité héroïque et elle a été fortifiée grandement par l’apparition de sa chère fille.
La grande affection que Catherine avait pour la croix et la manière avec laquelle elle est apparue à sa mère Anastasie donnent la pensée de la peindre la croix à la main. C’était la posture qui était la plus appropriée pour elle. La croix fut la source de tout son bonheur pendant sa vie.
À ce temps-là, Marie Thérèse a rapporté une autre apparition. Elle disait: « Un matin, avant le point du jour, quelqu’un est venu frapper à l’extérieure de ma cabane, près de la place où j’étais allongée. Cette personne disait: ‘Êtes-vous endormie?’ J’ai répondu, Non! Cette voix disait: ‘Adieu! Je viens pour dire adieu. Je m’en vais au Ciel.’ J’ai reconnu la voix de Catherine et je suis tout de suite sortie dehors pour la voir, mais elle n’était pas là. J’ai entendu la voix de Catherine loin en avant disant: ‘Adieu!’ Mais je n’ai rien vu. Catherine disait: ‘Allez dire au Père que je m’en vais au Ciel.’ »
Un autre jour, Marie Thérèse eut une autre apparition. Elle dit: « J’étais fâchée contre ma sœur et la nuit suivante, alors que j’étais dans ma cabane, quelque-un est venu et s’est assis sur la natte auprès de moi. J’ai vu cette personne couverte dans une couverture comme Catherine l’avait fait durant sa vie et je lui entendis dire: ‘Vous ne vous souvenez pas des bonnes résolutions que vous avez prises?’ » La personne la réprimanda pour ce qu’elle avait fait, en lui donnant quelques conseils pour sa conduite, et lui dit beaucoup d’autres choses. Après, quelqu’un qui dormait à côté d’elle s’est réveillé et Catherine cessa de parler et partit. Marie Thérèse l’entendit marcher en sortant, comme si elle était encore vivante. Immédiatement, Marie Thérèse s’est repentie de son erreur.
Chapitre 18
Dieu a parlé même plus clairement de la sainteté et du mérite de Catherine qui est son épouse par des preuves authentiques. Ces preuves sont des grâces énormes qui ont été accordées en grand nombre et qu’il continue d’accorder à toute sorte de personnes par son intercession. Il est maintenant temps de parler de ces grâces qui forment l’un des plus beaux récits de sa vie entière et qui va ajouter un nouveau lustre à tout le reste.
J’ai déjà fait remarquer au commencement que nous avions découvert en Catherine un si riche trésor au Sault, mais nous tenions cette vérité cachée du monde extérieur, jugeant qu’il était prudent de ne rien précipiter dans cette matière. Il valait attendre que le Ciel nous donner un signe pour la faire connaître. Ce signe survenu par un mouvement qui pouvait venir seulement de Dieu.
Après sa mort, le tombeau de Catherine fut fréquenté par les Indigènes qui allaient prier. Ils ont commencé à la visiter le jour même où elle fut enterrée. Les Indigènes et les Français étaient semblables dans leur zèle pour l’honorer et se recommander à ses prières. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ont reçu des grâces intérieures pour le bien de leur âme. La connaissance de Catherine commença à se répandre de la guérison des âmes, qui était plus importante que celle du corps. Ces guérisons d’âmes ont commencé tout de suite après sa mort. Neuf mois après son enterrement, les guérisons corporelles ont commencé.
Pendant ce temps, le Père Chauchetière se sentait fort inspiré de publier les vertus de Catherine pour la faire connaître au monde. Cependant, il allait loin pour se désapprouver les honneurs qu’on rendait à Catherine à son tombeau et d’autres fois il était tellement tourmenté par ses vertus qu’il allait à son tombeau pour l’honorer-elle plus que tous.
En janvier 1681, un an après sa mort, quelqu’un vint le chercher au Sault. Je voudrais le décrire ici en longueur pour la gloire de Catherine afin de démontrer de quelle façon Dieu commença à faire connaître le mérite et l’influence de sa servante. Mise à part la mission du Sault, le Père a aussi servi les besoins spirituels des Français à La-Prairie-de-la-Madeleine et fut demandé pour assister Claude Caron qui se mourrait. Il sentait heureux, croyant qu’il avait enfin trouvé le moyen qu’il cherchait depuis longtemps pour s’éclaircir qui concerna cette vierge Iroquoise et voir effectivement si elle était si influente dans le Ciel comme le voulaient les rumeurs.
Il alla donc voir le malade seulement après être allé au tombeau de Catherine, où il s’est agenouillé pour prier Notre-Seigneur. Il l’a supplié de l’éclairer pour apaiser ses doutes, c’est alors qu’il sentit augmenter sa joie et ensemble avec une confiance assurèrent que Catherine était capable de guérir cet homme malade. Le Père trouva l’homme mourant, assailli par une violente douleur à la poitrine, après une troisième rechute, et entendit sa dernière confession, mais cet homme avait du mal à parler. Le Père lui donna la sainte communion et l’exhorta de prendre courage et confiance en Dieu afin qu’il puisse récupérer. Le Père lui dit alors de la pensée de le mettre sous la protection de Catherine.
Le malade volontairement consenti et il promit immédiatement que s’il guérissait qu’il irait au Sault pour la remercier à son tombeau. Le Père lui remis le crucifix que Catherine portait entre ses mains quand elle fut ensevelie et il se retira avec la promesse de venir le voir le lendemain matin. Bien qu’avant de le quitter, le Père lui a fait réciter le Notre Père et le Je vous salue Marie, une fois, et Le Gloire au Père, trois fois, et lui promit de dire trois messes en remerciant Dieu pour les grâces conférées à Catherine.
Un moment après, on voulut tirer le malade du lit pour le replacer, mais il tomba par terre de tout son long comme un homme prêt à expirer. Tout ce que l’on put faire fut de le mettre vite sur le lit afin qu’il puisse au moins mourir plus doucement, mais le contraire arriva. Il ne fut pas aussitôt remis sur son lit qu’il fut saisi d’un doux sommeil pendant lequel il sentit comme une grosse pierre lui tomber de la poitrine. Quand il se réveilla, il était guéri et entièrement hors de danger. Il mangea même avec appétit et dormit paisiblement pendant la nuit.
Avant que le Père n’arrive, un chirurgien de Montréal était venu voir l’homme et après il s’en alla pour obtenir un remède, plutôt pour contenter le malade car qu’il n’avait pas l’espoir de le guérir. Quand il retourna voir l’homme le matin suivant avec son remède, fut bien étonné de voir le malade parfaitement guéri et assis à côté du feu, mangeant et buvant. Sa grande faiblesse était le seul signe qui resta de sa maladie, mais il récupéra ensuite par la nourriture et le repos. Le chirurgien déclara qu’il n’avait jamais vu d’homme malade guérir de cette maladie.
Le Père Chauchetière ne put venir le voir que trois ou quatre jours après et alors qu’il eut le plaisir de trouver l’homme en parfaite santé, lequel raconta au Père ce qui s’était passé et vint quelque temps après s’acquitter de sa promesse en visitant le tombeau de Catherine pour remercier sa bienfaitrice. Ce fut la première guérison corporelle que fit Catherine.
Je vais maintenant raconter une deuxième guérison qui est arrivée dans le village même de La Prairie. Elle était d’autant plus remarquable, parce que qu’elle était accompagnée de beaucoup de grâces et dont ont pu témoigner tous les habitants du village. C’est dans le même mois de janvier 1681, quelque temps après la précédente guérison, que la femme de François Rouanais tomba sérieusement malade et fut bientôt sur le point de mourir.
Elle reçut les derniers sacrements par le même Père qui lui donna le crucifix qui avait servi à la première guérison et l’exhorta de se recommander à Catherine en ayant confiance en son pouvoir. Elle se fit mettre le crucifix de Catherine autour de son cou, ce qu’elle n’eut pas aussitôt fait qu’elle guérit subitement en la présence de ses enfants. Elle croyait avoir été guérie par le crucifix, elle avait donc une grande difficulté à se persuader de laisser le crucifix et ne pouvait pas se décider à le faire jusqu’à ce que le Père lui donne un peu de la terre du tombeau de Catherine. Elle mit la terre dans un sachet de tissu et l’attacha autour de son cou, à la place du crucifix. Quelque temps après, alors qu’elle se sentait complètement guérie, elle retira le sachet de terre de son cou et à ce même moment elle retomba malade. Elle serait morte, si quelqu’un ne s’était pas hâté de remettre le sachet autour de son cou. Cette terre l’a guérie immédiatement. Cette terre miraculeuse a fait tant de merveilles. C’était celle-là même qui lui avait obtenu la précédente guérison dans la première occasion, mais le miracle ne finissait pas là. Cette vertueuse et sage femme a toujours porté cette relique sur elle pour la gratitude à Catherine qui l’avait guérie deux fois et elle craignait d’être malade une troisième fois si elle l’enlevait.
Un an après, elle est de nouveau tombée malade et son mari a été assailli d’une violente douleur au dos et de rhumatisme. Quand sa femme en le voyant dans cette condition, elle ôta sa relique de son du cou et l’attacha autour du cou de son mari. Il fut instantanément guéri, mais la douleur passa à sa femme qui commença à pousser de hauts cris et à dire que son mari la tuait. Il fallut donc encore ôter au mari cette terre qui l’avait guéri en un instant pour la mettre de nouveau autour du cou de sa femme. Dès qu’elle l’attacha à son cou, elle fut guérie pour la troisième fois et tous les deux se sont encore bien portés longtemps après. Tout ceci est merveilleux devant les yeux de tous les habitants de La-Prairie-de-la-Madeleine.
En mars 1682, le pouvoir de Catherine commença à se ressentir au Sault, où cent vingt à cent cinquante familles habitaient dans soixante cabanes. Un Iroquois chrétien reçut les derniers sacrements attendant sa mort. Ce même Père décida, sans rien dire un mot à personne, décida de lui donner un peu de terre du tombeau de Catherine. Une personne avait encore échappé à la mort et se retrouva la santé. Cet homme avait dépensé cinq années à combattre un vice, dont il promit à Catherine de se défaire s’il guérissait et après sa guérison il a réalisé sa promesse. Quand le Père vit l’homme hors de danger, il nous avoua ce qu’il avait fait.
Nous n’étions pas contents de cette action parce que nous aurions voulu que la guérison soit apportée à une autre personne. Nous pensions qu’il valait mieux que Dieu enlève cet homme en particulier pendant qu’il était prêt pour mourir alors qu’il était si bien préparé. Alors, j’ai nommé une jeune femme percluse de tous ses membres depuis l’âge de huit ou neuf ans. Elle ne pouvait pas remuer ses mains ni ses pieds. Elle était affligée de poliomyélites tous les printemps sans que l’on puisse trouver un remède efficace. Elle se nommait aussi Catherine et c’est avec dévouement qu’elle s’était attachée à Catherine Tekakwitha quand elle était vivante.
Le Père s’est rendu à la cabane de cette femme pour voir la condition dans laquelle elle se trouvait et il compatit pour ses souffrances. Il la pressa d’avoir recours à Catherine et lui fit à commencer une neuvaine en son honneur. Durant la neuvaine, elle devait dire à chaque jour le Notre Père, le Je vous salue Marie et Le Gloire au Père, trois fois. En même temps, il lui remit le crucifix de Catherine pour qu’elle le porte autour de son cou. Ceci était la première neuvaine à Catherine.
Le neuvième jour de la neuvaine, la femme fut guérie et maintenant elle fut quatorze ans sans ressentir ce mal. Le Père lui rappela de ne pas oublier la promesse faite à Catherine de ne pas jouer et elle n’a plus jamais joué depuis ce jour. À peine cette femme fut-elle guérie que son mari, fils aîné de la bonne Anastasie, fut victime du même mal que sa femme.
Catherine le guérit au mois d’avril, après qu’il ait invoqué son aide. Elle le préserva de la mort qui aurait pu l’amener au Ciel, mais elle le délivra plus tard d’un désespoir qui l’avait presque envoyé en enfer. Quelques jours après sa guérison, ayant eu une discussion avec sa mère, il sortit brusquement de la cabane. Étant d’un naturel fort bouillant, il prit la route en courant le long du chemin de la Grande Rivière comme pour s’y jeter. Il a eu la fortune de passer près du tombeau de Catherine et lorsqu’il fut vis-à-vis, ses pieds s’arrêtèrent net et il perdait l’aptitude de bouger ses jambes. Il demeura là avec seulement la sensation de ses jambes, jusqu’à ce qu’il réalise son péché. Il supplia alors Dieu de lui pardonner et déclara ce qui si était passé à la gloire de Catherine. Il était connu qu’elle guérissait d’ordinaire les âmes des personnes dont elle avait guéri le corps, alors qu’ils en avaient besoin, sans même qu’ils l’aient priée.
L’été suivant, en 1682, Marie Garhi était enceinte et avait commencé à accoucher pendant qu’elle se trouva dans les champs. C’était la femme de Cendre Chaude, le principal chef au Sault. Elle fut portée à sa cabane dans une condition mourante. Les femmes avaient fait toutes ce qu’elles pouvaient pour la soulager et même une sage-femme française n’a rien pu faire pour soulager ses souffrances. Notre-Seigneur voulait qu’elle soit sous l’obligation de Catherine. En vérité, la femme était pressée de se confier à Catherine.
Elles lui apporta la couverture de Catherine que gardait sa compagne. La cloche fut sonnée pour la messe parce que c’était le matin et tous allèrent prier pour Marie Garhi et elle resta seule. Elle prit donc cette couverture et, avec plein de confiance, elle la jeta sur son corps avec une prière pour Catherine d’avoir pitié d’elle. En disant cela, elle mit la main sur son abdomen et au même instant elle fut guérie. Quand les femmes revinrent à la cabane après la messe, elles la trouvèrent, avec étonnement, guérie de son mal. Elles avaient perçu un nouveau sens dans le pouvoir et le mérite de Catherine.
Toutes ces guérisons miraculeuses avaient rendu le nom de Catherine célèbre. Les gens commençaient à faire dire des messes et à faire des neuvaines en son honneur. On voit maintenant beaucoup de personnes aller prier à son tombeau. Les guérisons sont venues en grand nombre, si bien qu’on cessa de les remarquer. En vérité, à chaque mois et à chaque semaine de cette année-là de grands miracles avaient eu lieu à la mission et dans les habitations françaises. Cependant, c’était connu que pendant plusieurs années Catherine s’est limitée à la campagne et aux pauvres. Elle voulait en premier lieu satisfaire le Sault, où son corps était enterré, puis La Prairie et la mission de Lachine qui sont les deux habitations françaises plus près de la source, à l’entrée de la rivière. Le pouvoir de guérison émanant de son tombeau a heureusement commencé et se répandit bientôt au-delà du village, dans les établissements environnants.
Quand René Cuellèrier habitait près de la mission de Lachine, il entendit parler de Catherine et des miracles qu’elle apportait alors qu’il se trouvait à La Prairie pour son travail. Il fut le premier à introduire sa dévotion en Lachine. Un peu plus tard, sa femme, Marie qui souffrait énormément pendant son accouchement, recommanda à Catherine, qu’elle promit d’aller remercier à son tombeau si elle lui permettait d’accoucher sans risque. Cette femme sombra dans un doux sommeil pendant lequel elle accoucha sans peine et elle se réveilla aux cris de l’enfant qu’elle venait de mettre au monde. Alors, elle dit à son mari: « J’ai promis de faire un pèlerinage à son tombeau. » Les deux sont découvert qu ‘ils avaient fait la même promesse, sans même s’en parler. Quelque temps plus tard, ils sont venus remercier Catherine parce qu’elle avait entendu leurs prières. Cet événement fait connaître Catherine à la mission de Lachine, parce qu’elle avait touché plusieurs personnes par des guérisons si étonnantes qu’elle commençait à être connue sous le nom de la « Bonne Catherine », comme les bonnes gens l’appelaient toujours.
Deux ans plus tard, un de ses enfants fut guéri par l’invocation de cette fille vertueuse. Sa femme avait amené l’enfant à la chapelle de Saint-François-Xavier, au Sault, où reposent les ossements de Catherine Tekakwitha, et avait placé l’enfant sur son tombeau. Une messe fut dite là et, ainsi qu’une neuvaine, afin d’obtenir de Dieu la guérison de son garçon par les mérites de sa servante. Ainsi, tout de suite après que la neuvaine fut terminée, l’enfant commença à se sentir mieux et depuis ce temps-là qu’il est en parfaite santé.
En 1680, le Père Pierre Rémy était le pasteur de la mission de Lachine et jugea sévèrement pour plusieurs années cette nouvelle chose, qui lui paraissait si soupçonneux pour une pauvre fille Indigène. Cependant, il était affligé d’une surdité dans son oreille droite, qui l’empêchait absolument d’entendre les confessions sur ce côté.
Jeanne Merein, qui habitait dans sa paroisse, vint lui demander de dire une messe en remerciement pour une guérison qu’elle avait reçue par l’intercession de Catherine Tekakwitha. Pendant qu’il se préparait à dire cette messe, une pensée soudaine lui vint d’invoquer cette bonne jeune fille pour guérir sa surdité. Après la sainte communion de cette messe, il sentit une amélioration, et quand la messe fut terminée, sa surdité cessa. À partir de ce jour-là, il eut parfaitement une confiance complète en cette sainte jeune femme.
Il a accompli son vœu les jours suivants en offrant trois messes. Après cela, il devint le premier à la proclamer sainte partout. Nous avions plaisir à l’entendre dire la messe deux fois à la mission, d’abord pour remercier Dieu de la grâce donnée à Catherine et aussi pour les nombreuses années de ces grâces rendues à ses paroissiens. Ses miracles étaient si grands qu’il nous disait que les gens malades dans sa paroisse y avaient peu, parce que la terre du tombeau de Catherine était un remède rapide et assuré contre toutes sortes de maladies.
Il a permis à ses paroissiens deux ans de suite, en 1694 et en 1695, de venir ici et de faire chanter une grande messe avec le meilleur pain et plusieurs saintes communions en l’honneur de leur bienfaitrice. En 1696, le mardi de la semaine sainte, soit le 17 avril et le jour de l’anniversaire du décès de Catherine, il y est venu lui-même avec ses paroissiens pour les mêmes dévotions. Il a reçu d’autres grâces de Dieu par l’intercession de Catherine Tekakwitha, qui avaient un rapport avec ses besoins spirituels et temporels.
Le Commandant du fort de Lachine, François Guantier de Rané, et sa femme avaient fait un pèlerinage et avaient présenté leur don du pain consacré pour remercier Catherine de l’avoir guéri quelque temps auparavant d’un vomissement continuel. Il fut guéri après que le Père ait dit une neuvaine à la mission à Catherine et trois messes furent dites pour ses intentions. Pendant ce temps, le Père lui fait prendre de l’eau qui était dans un sachet de tissu qui contenait les cendres des vêtements de Catherine. Ils sont venus cette journée là pour accomplir leur promesse avec le pasteur Rémy et les autres. Ceci fut autant pour la gloire de Catherine venant d’une personne de ce mérite et d’une vertu reconnue dans la Nouvelle-France.
En octobre 1683, j’ai découvert dans l’histoire des miracles que Catherine avait apportés pendant mon absence du Sault que le Père Jean Morain a été guéri de la paralysie pendant une neuvaine qu’il fit à Catherine.
Un de nos Pères est revenu complètement paralysé de la province de Guyane et il se recommanda à elle. Si Dieu acceptait de le guérir par l’intercession de Catherine, il promettait de retourner aux îles. Il fut guéri et retourna aux îles où il travailla avec un grand zèle pour le salut des âmes. C’est de là qu’il a écrit de ce miracle en nous suppliant de la remercier au Sault pour lui.
En janvier 1684, un enfant de trois ans fut délivré d’une écaille qui l’étranglait, sitôt que sa mère l’eut voué à Catherine.
Une autre enfant, qui était très maladie, fut complètement guérie après que sa mère lui ait mis sur la tête une petite peinture de Catherine qu’elle avait réussi à obtenir. Alors, la fille se mit à courir le long, sur le chemin à côté, de la rivière et ils la perdirent de vue pour quelque temps.
Une troisième femme avait parlé en dérision de ceux qui lui conseillaient de se consacrer à Catherine pour son enfant malade. Elle tournait en ridicule tout ce que l’on disait en l’honneur de Catherine. Elle fut punie immédiatement parce que la maladie de son enfant empirait. Quand elle a réalisé sa faute, elle a invoqué Catherine et l’enfant s’est remis.
J’ai exclu ici un grand nombre de guérisons semblables à Montréal, à Pointe-aux-Trembles, à Boucherville, à Saint Lambert, à La-Prairie-de-la-Madeleine et en d’autres lieux que pour raconter seulement les plus importantes guérisons qui sont survenus plus récentes.
Chapitre 19
En cette année 1684, plusieurs Indigènes avaient un grand besoin d’offrir leur dévotion à la défunte Catherine Tekakwitha. Ils croyaient que c’était en hommage mérité à sa vertu qu’elle fut enlevée du cimetière où un petit monument avait été placé pour elle une année précédente, c’est-à-dire en 1683. Toutes les opinions partageaient les mêmes sentiments, qu’ils l’ont portée dans la nouvelle chapelle du Sault qu’ils venaient juste de la bâtir. Ce transfère fut accompli pendant la nuit en présence des plus dévotes personnes et du Père Chauchetière qui était alors le supérieur de la mission.
Son tombeau était entouré de quelques enfants qui sont morts entre son enterrement et janvier 1681. C’était avant qu’on commence à voir si Catherine était influente au Ciel pour intercéder pour les guérisons corporelles.
Au début de l’année 1689, le village fut transféré par le gouverneur à Montreal jusqu’au début de 1690. Les Indigènes du Sault ont demeuré parmi les Français de Montréal. La mission retourna au Sault, mais quelques lieues plus hautes, où les missionnaires ont fondé Kahnawakon. En 1695, les missionnaires ont de nouveau transféré la mission. Alors, ils fondèrent Kanatawenke, où nous sommes présentement. Les reliques de Catherine ont suivi tous leurs déplacements.
En 1691, nous avons reçu un mot provenant de Québec qui disait que le Père Jacques Frémin est mort le vendredi 20 juillet d’une grande maladie. On ne sait pas s’il avait eu recours à l’intercession de Catherine.
À l’hiver 1693, le Père Bruyas, qui était encore en charge de la mission, fut soudainement saisi d’une paralysie au bras droit et ne pouvait plus le bouger. Immédiatement, il fut porté à Montréal pour être guéri de son trouble. Avant de partir, il a demandé à toutes celles qui étaient membres de la petite société des Sœurs de Catherine si elles pouvaient commencer une neuvaine à Catherine. Elles se font encore appeler la Bande de Catherine à la mission. La neuvaine débuta le jeudi matin. Bien qu’il était à Montréal, il ne put se résoudre à accepter les remèdes parce qu’il avait une grande confiance en Catherine et en son pouvoir de guérison. Il avait continué à le dire jusqu’au jeudi suivant, et bien que c’était le huitième jour de la neuvaine, il n’y eut aucun changement dans la condition de son bras. En vérité, Catherine était préoccupée par la santé du Père Chauchetière qui était en fait en charge de sa propre chère mission à Kahnawakon, mais elle n’a pas échoué à guérir le Père Bruyas. Le vendredi, la dernière journée de la neuvaine, le Père se leva à quatre heures du matin et trouva son bras guéri. Il était capable de dire la messe, ce qu’il n’avait pu faire depuis huit jours, et il offrit des remerciements à Notre-Seigneur et à Catherine.
Une jeune femme d’Onondaga, qui habitait au village de Kahnawakon, était partie pour la chasse avec son mari durant l’hiver 1684. C’était la sœur de Marguerite Gagouithon. Elle était enceinte quand elle a quitté le village et elle a atteint la fin de son terme au début du printemps. Les femmes ne semblent pas avoir contracté la malédiction d’Ève, tant elles avaient de la facilité à accoucher. Elles le faisaient dans les champs, dans les bois ou pendant un voyage. Après avoir donné naissance, elles retournaient travailler dans les bois ou continuaient le ménage de la cabane comme à l’habitude. Cependant, ce ne fut pas le cas de cette femme en particulier.
Son accouchement dura trois jours et trois nuits, au milieu de douleurs épouvantables, sans pouvoir enfanter. Elle sombra presque dans le désespoir. À la toute fin, elle a pensé à Catherine et aussitôt, au milieu de ses peines, elle prononça avec dévouement ce peu de paroles, dont je vous laisse juger si elles proviennent du fond de son cœur: « Catherine, ayez piété de moi! Obtenez l’accouchement pour moi le plus tôt possible et si c’est une fille, je promets qu’elle portera votre nom. » À ce moment-là, elle entra dans un sommeil paisible et l’accouchement fut bien plus que paisible. Bien que toujours endormie, elle s’éveilla au cri de son enfant. C’était une fille qu’elle apporta au village et me demanda de lui donner le nom de Catherine, après m’avoir raconté toute l’histoire entière.
Chapitre 20
Nous voilà rendu à l’année 1695. Ce fut une belle année pour Catherine, au cours de laquelle Dieu a voulu la faire triompher dans la Nouvelle-France, par tous les miracles extraordinaires qu’elle a opérés sur les personnes les plus illustres.
En février 1695 su l’île de Montreal, Notre-Seigneur a voulu qu’un grand miracle apparaisse pour faire briller partout dans la Nouvelle-France. Il s’agissait de la guérison de la femme d’Alphonse de Tonti, le frère de Henri de Tonti et officier du Commandant Antoine Laumet, sieur de Cadillac. Ils la croyaient mourante, alors elle reçut les derniers sacrements, et ils lui ont dit les Recommandations de l’âme. Le Père Chauchetière a été envoyé pour entendre sa confession et lui a fait prendre ensuite un peu de la terre du tombeau de Catherine. Elle fut guérie soudainement en présence du Père François Dollier de Casson qui était le supérieur des messieurs du Séminaire de Saint Sulpice et aussi le Grand Vicaire de l’évêque de Saint-Vallier. Le Père Chauchetière a dit que cette guérison apporta le consentement universel de tout le monde afin de pouvoir honorer une Indigène comme une sainte. Après ceci, beaucoup d’autres sont venus voir presque tous les jours le Père Chauchetière pour la terre du tombeau de Catherine.
Il y avait déjà plus de deux ans que l’Intendant Jean Bochart de Champigny était incommodé par un gros rhume et s’aggrava au point qu’il en perdit presque la voix. Sa femme nous a écrit une lettre, que nous avons eu l’honneur de recevoir à la mission, dans laquelle elle nous demandait de dire une neuvaine à Catherine. Nous étions trop préoccupés par cette santé, avec toute la Nouvelle-France, que nous avons fait notre mieux. La neuvaine a été dite par les Sœurs de Catherine qu’on avait la fortune d’être toutes présentes au village, et pendant la neuvaine il fut guéri de son rhume à Québec. Je ne doute pas que Catherine ait voulu, en cette occasion, récompenser les grandes obligations de toutes nos missions, en particulier celle de la Mission de Saint-François-Xavier, à lui et sa femme pour les faveurs accordées et qu’ils nous accordent encore.
Tout le monde en Nouvelle-France connaissait la dévotion et le zèle qu’ils ont de Catherine Tekakwitha. L’intendant et sa femme ont distribué des portraits d’elle en Nouvelle-France et qu’elle a envoyé quelques copies en France pour les personnes importantes de la première cour du monde. C’est ainsi que Dieu s’est servi de la piété de cette illustre personne pour faire connaître une pauvre Indigène. Dieu a béni cette action, puisque nous avons reçu de Paris que Catherine avait guéri une personne mourante cette année, c’est tout ce que nous en avons su.
En juin 1695, la guérison de l’Intendant donna l’occasion à celle du Père Joseph de la Colombière, Chanoine de la Cathédrale de Québec, assez connu pour sa vertu. On lui a conseillé de faire un vœu si Dieu contenta de mettre fin à sa fièvre lente, qu’il avait depuis cinq mois, et à sa dysenterie qu’aucun médicaments n’arriva à guérir. Son vœu fut d’aller à la mission de Saint-François-Xavier pour prier au tombeau de Catherine Tekakwitha. Sa fièvre cessa le jour où qu’il a fait le vœu et la dysenterie diminua considérablement. Il est parti quelques jours plus tard pour remplir sa promesse. Avant même d’avoir parcouru le tiers du chemin, il fut entièrement rétabli, et nous avons eu la joie de l’avoir quelques jours à la mission, où il vint remercier sa bienfaitrice. Il y est encore venu au mois de septembre 1696 et nous laissa une grande aumône pour les pauvres de la mission et il nous a écrit une attestation de Montreal, le vendredi 14 septembre 1696, de sa guérison qui est digne de sa piété.
Peu de temps après qu’il soit venu ici son premier pèlerinage, Catherine Foucault est venue de Québec, non pour nous remercier, mais pour nous demander une faveur. Elle avait des maux de tête terribles et pour demander d’être guérie par Catherine, dont elle porte le nom. Elle vint faire dire une messe à la mission et y communia. Cela fait, elle resta longtemps après en prière au milieu de l’église, où se trouvait le tombeau de Catherine. Bien que pendant sa prière, elle sentit qu’on lui arrachait quelque chose de la tête qui la fit bien souffrir à ce moment, mais qui la guérit de son mal entièrement.
M. Granville avait passé l’été à Montreal derrière le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis de Buade Frontenac. Le gouverneur lui parla bien de Catherine et qu’il eut la pensé rapporter un peu de la terre de son tombeau à son retour à Québec. Quand il retourna à Québec à l’automne, une de ses filles, encore très jeune, était pour mourante. Sa femme, en le voyant, ne put se retenir de lui dire: « Mon mari! Mon mari! Tu arrives au bon moment pour voir ta fille mourir. » Il disait: « Non! Non! J’apporte sa guérison avec moi. » Il lui parla alors de la terre qu’il avait amenée avec lui. Il trempa le petit sachet de tissu qui contenait la terre dans de l’eau et en fit boire à la petite malade. Alors, tous les deux s’agenouillèrent et recommandèrent leur fille à Catherine. Elle fut guéri immédiatement, son père commença à crier: « Miracle! Miracle! » Il partit ensuite proclamer ce miracle partout dans la ville de Québec.
Une pauvre fille orpheline de la campagne était secouée d’un furieux hoquet sans y trouver de remède. Elle a été envoyée aux Pères Dollier de Casson et de Belmont pour qu’ils lui donnent un peu de terre du tombeau de Catherine, qu’elle a prise avec de l’eau, et qui fut guérie. Le Père Dollier de Casson l’envoya, le lendemain communier à notre église en action de grâces de sa guérison.
Trois enfants ont été guéris de la fièvre après avoir bu un peu d’eau d’une tasse de Catherine. Beaucoup autres miracles semblables ont été faits dans l’île de Montréal, dont j’exclus ici pour ne pas fatiguer le lecteur en répétant les mêmes choses. Je ne puis cependant m’empêcher de mentionner la guérison du père d’un des enfants, M. Boisseau, dont je viens de parler, parce qu’elle est extraordinaire.
C’est bien connu que le cancer est une maladie qui s’attaque à toutes les partis de la chair et qui conduit à la mort du patient après qu’il ait enduré un long et cruel martyre. Il ne pensait pas que c’était au-delà du pouvoir de guérison de Catherine. Il commença donc une neuvaine sans obtenir de résultat. Il en fit une seconde et, sans perdre espoir, une troisième. Pendant la troisième neuvaine, son cancer commença à disparaître et il a si bien guéri qu’il ne lui en restait qu’une cicatrice.
Toutes ces guérisons étaient physiques, mais Catherine en a aussi accomplies pour les âmes, qui sont d’une importance infiniment plus grande. Je connais plus de trente personnes que Catherine a aidées à se remettre dans le bon chemin. Parmi celles-ci, elle en a délivrées plusieurs de la tentation furieuse de la chair et leur a obtenu le don de chasteté. De cette même matière, Catherine a obtenu des grâces particulières aux autres. Deux jeunes femmes d’environs quinze ans, et pieusement élevées, commencèrent à discuter de ce qu’elles pourraient faire pour imiter Catherine et qui serait agréable à Dieu. Elles pensaient que rien ne serait plus agréable que de choisir Jésus comme époux et Marie comme mère, en faisant le vœu de chasteté comme l’a fait Catherine. Elles se sont mises d’accord pour faire l’éloge de leur plan à Dieu et à Catherine en prière. Cependant, une difficulté et même insurmontable obstacle se sont présentés, puisque leurs parents ne voulaient pas donner leur consentement. Après avoir réitéré leur amour de Dieu et nouveau désire pour préserver leur virginité, elles commencèrent à implorer Catherine avec plus de conviction en disant que si elles ne pouvaient pas rester vierges par son intercession, qu’elles recevaient la grâce de mourir vierges. Catherine a entendu leurs prières et, comme nous pouvons pieusement le croire et au-delà toutes expectations, peu de temps après les deux filles mourront. Je peux dire en quelques mots qu’il est vrai que le pouvoir de Catherine Tekakwitha s’étend même jusqu’à l’âme.
J’ai parlé pour quelque temps de beaucoup grâces que Catherine Tekakwitha a accordées partout en Nouvelle-France, mais je ne dois pas oublier celles qu’elle nous a faites et qu’elle continue de faire pour nous dans cette mission. Une grâce qui passe pour la plus grande de ses merveilles est la conservation de la mission que nous pouvons attribuer seulement à ses prières et à ses précieux ossements que nous possédons.
Nous avons vu quinze cent Iroquois brûler la côte de Lachine et passer le long de nos terres et assez proche de nos champs pour les détruire s’ils voulaient, mais pas un seul épi de blé d’inde fut perdu. Pendant huit années que la guerre a fait rage, ils auraient pu venir et détruire la mission en Kahnawakon et aussi après celle de Kantawenke, au printemps pendant la saison d’ensemencement ou à l’été durant la récolte. Tous les ans qu’ils disaient que les derniers jours de la mission étaient arrivés, mais la mission subsiste encore. Et depuis trois années que je suis ici, nous n’avons eu de tué qu’une pauvre vieille parmi tant de semences et de récoltes.
Au petit printemps de l’année 1695, un de nos renégats vint des Agniers pour chercher sa mère et sa sœur à Kahnawakon en disant que les Iroquois avaient planifié notre destruction pour l’été suivant que nous allions tous ici périr. Cette été-là, les guerriers quittèrent le village pour conduire un convoi au fort Catarakoui et il ne resta que les vieux hommes avec les femmes.
Alors, toute la durée de l’été nous avons transporté notre village en charriant, portant et transférant de Kahnawakon à Kanatawenke. Nous n’avons vu aucun Iroquois, bien qu’ils aient su ce qui se passait.
Plus loin, ils ont fait pleuvoir une grêle de coups sur cinq ou six canots qui approchaient et dans lesquels se trouvaient plus de trente femmes. Parmi elles, il y avait les femmes les plus considérables de la mission et les Sœurs de Catherine. Dans cette attaque féroce, une des plus veilles et des plus braves femmes commença à réciter la litanie de Notre-Dame. Après, ils sont partis sans qu’aucune balle ne transperce leurs canots. Plusieurs Iroquois se sont jetés à l’eau pour se saisir de leurs canots sans succès et ces femmes ont pu débarquer à côté de la rivière du Portage, où était le village du Sault et le tombeau de Catherine. Ce miracle ne pouvait être expliqué que par le fait qu’il se déroula près du tombeau de Catherine. Celle-ci aveuglait les ennemies et aussi inspira une confiance et une présence d’esprit à ces femmes pour qu’elles se retirent de leurs mains.
Catherine inspira le courage à un autre groupe de femmes qui ont rencontré d’autres Iroquois qui venaient du territoire Agnier. En voyant ce second groupe de femmes, ils ont découvert qu’elles étaient parentes avec eux et ils voulurent les emmener avec eux. Ce n’était pas à croire pour les Agniers à prévaloir sur elles. Les femmes protestèrent toutes qu’elles aimaient mieux mourir que de renoncer à leur foi et qu’ils pouvaient les tuer comme leurs esclaves. Ils étaient si étonnes qu’ils prirent le parti de ne pas se venger sur les femmes, mais de les ramener eux-mêmes au village et de faire une espèce de trêve avec elles et les autres du village.
Quand les villages d’Onondaga et d’Oneida ont été brûlés, plus que jamais ils pu venir se venger sur nous pendant les récoltes, mais nous avons pu faire les moissons en toute sécurité. Tous les guerriers du village étaient partis au territoire des Agniers et des Anglais. Les femmes travaillaient dans les champs du matin jusqu’au soir avec leurs enfants, à une demi-lieue du village. Quelques-unes couchaient même dans les champs comme en pleine paix sans qu’un de nos ennemies n’apparaisse. Nous avons vu cela comme une autre merveille de notre ange gardien, de notre puissante protectrice et patronnesse, la brave Catherine Tekakwitha. Elle a pendant longtemps préservé sa chère mission. Nous espérons qu’elle préservera et augmentera de plus en plus notre présente mission à Kanatawenke, malgré l’opposition de nos ennemies visibles ou invisibles.
Le Ciel accorde beaucoup de grandes faveurs à ceux et celles qui demandent son intercession. Les ecclésiastiques et laïques venaient à la mission en pèlerinages pour remercier Dieu pour les faveurs qu’ils ont reçues par son intercession. Les dons étaient ensuite envoyés à l’église où son corps reposait, comme une marque de leur gratitude à leur bienfaitrice en remerciement à Dieu. Les paroisses entières venaient à l’église en procession solennelle le jour de l’anniversaire de la mort de Catherine Tekakwitha pour offrir des remerciements pour les divers effets de sa protection. Tous les Français dans les colonies et les Indigènes avaient une vénération particulière pour Catherine. Ils en parlaient partout avec louage, et ils invoquaient son nom. Les Indigènes la voyaient comme une puissante patronnesse que Dieu leur a donnée au Ciel pour préserver leur pays contre leurs ennemies.
En mars 1696, le Père Rémy nous a écrit trois lettres d’attestation légale pour les nombreuses guérisons miraculeuse faites par l’intercession de Catherine Tekakwitha à sa Mission des Saints-Anges, à Lachine. Il fut témoin oculaire de toutes les guérisons qui se sont faites avec la terre ou les cendres de ses vêtements qu’il faisait prendre à tous ses malades. Il leur faisant dire neuf prières de Je vous salue Marie pour chaque journée de la neuvaine et les consacrait à Dieu à la sainte messe durant les mêmes neuf jours, par les mains et intercession de Catherine Tekakwitha.
En mars de la même année, Joseph Daniel Greysolon du Luth, qui est le Capitaine du Corps marine et Commandant du fort Catarakoui, fut guéri de la goutte sur le neuvième jour de la neuvaine qu’il disait à Catherine. Il a donné une attestation de sa guérison le mercredi 15 août 1696. Après, il est venu cet été-là à la mission pour acquitter la promesse qu’il avait faite à Catherine de visiter son tombeau, si Dieu lui donna la santé par son intercession.
La femme de Jean Bochart de Champigny avait à peine passé une année sans venir exprès à la mission à Kanatawenke pour y honorer Catherine et avait prié dans notre église au pied de ses reliques.
Les Français venaient de tous les côtés de la colonie à cette place pour remercier Catherine pour les faveurs reçus et pour vénérer ses reliques que sont gardées dans notre église.
Le vendredi 21 septembre 1696, le jour la fête de Saint Matthieu, plus de vingt personnes distinguées venues exprès de Montréal pour satisfaire leur dévotion à notre église de Kanatawenke, pour demander des faveurs ou pour rendre grâce pour celles qu’ils avaient déjà obtenues. Un plus grand nombre de personnes sont venues sur les glaces pendant l’hiver.
Les portraits même de Catherine, la simple invocation de son nom, seulement une promesse d’un pèlerinage à ses reliques, l’eau bue dans sa tasse, ses vêtements ou des cendres de ses vêtements, le simple fait de toucher n’importe lequel des objets qu’elle avait touchée étaient autant de moyens efficaces pour guérir les personnes souffrantes de n’importe quelle maladie. En outre, des lettres de la France ont révélé qu’elle a aidé beaucoup de personnes qui l’ont sollicitée.
Le Père Louis Geoffroy a d’ailleurs attesté plusieurs miracles très considérables de Catherine en sa paroisse de La Prairie.
En quelques mots, partout où nous allons, les missionnaires de Kantawenke, ils ne parlaient que de Catherine Tekakwitha, des miracles qu’elle a opères, des pèlerinages qu’ils vont faire à son tombeau, des messes et des neuvaines qui ont été dites en son honneur. Dieu n’a pas différé à honorer la mémoire de cette fille vertueuse par un nombre infini de guérisons miraculeuse que sont arrivés après sa mort et qui se poursuivre encore tous les jours par son intercession. Ils y toujours des demandes pressant à vouloir connaître sa vie. Ce qui m’a enfin obligé à faire ce dernier effort pour satisfaire le public là-dessus. Ceci, je pouvais le faire à la gloire de Dieu et de cette première vierge Iroquoise. Enfin, je vais m’abstenir d’en écrire davantage.
Si j’écris le grand nombre de miracles faits et que continue encore d’accomplir Catherine Tekakwitha de tous les côtés, qui est morte en odeur de sainteté, je devrai écrire sans fin et beaucoup volumes seront nécessaires pour répertorier. Je vais dire cela, bien que parmi les miracles rapportés à être rendus par Catherine Tekakwitha que je considère le plus grand demeure Catherine Tekakwitha elle-même, la véritable travailleuse de la merveille du Nouveau-Monde.

Tombeau de Catherine Tekakwitha dans la mission de
Saint-François-Xavier, Kahnawake