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Pierre Cholenec, S.J.
La vie de Catherine Tekakwitha,
première vierge Iroquoise
Chapitre 1
Catherine Tekakwitha, est le nom de la jeune fille sanctifiée dont je vais écrire la vie et qui est si célèbre aujourd’hui en Nouvelle-France à cause des merveilles extraordinaires que Dieu a opérées et continue d’opérer partout par son intercession. Elle naquit en 1656, parmi les Iroquois, à Gandaouague qui est un établissement du bas Iroquois. Sa mère, d’origine algonquine, a été baptisée et élevée parmi les Français à Trois-Rivières. C’est là qu’elle fut prise par les Iroquois qui nous faisaient alors la guerre avec les Français, et qui l’amenèrent comme esclave dans leur pays. Elle vécut parmi eux et tout de suite se mariera à l’un des chefs du village dont elle eut deux enfants, un garçon et une fille qui se nomme Tekakwitha.
On rapporte de cette femme vertueuse qu’elle conserva sa foi et la crainte de Dieu qu’elle pria jusqu’au dernier soupir, mais elle n’avait ni le temps ni la consolation d’inspirer ses sentiments méritoires à ses deux enfants. Quoiqu’elle ait eu la joie de les mettre au monde, elle eut le regret de mourir sans avoir pu les faire baptiser qui était son unique désir. La petite vérole sévit chez les Iroquois et plusieurs d’entre eux en sont morts. Elle fut elle-même touché par ce malheur commun, abandonnant ses deux enfants encore très jeunes et incapables de prendre soins d’eux-mêmes.
Elle pria le Créateur, de bien vouloir être aussi leur Père et de les prendre sous sa protection divine. Dieu avait entendu une si juste prière dans la personne de Tekakwitha. Son frère fut enlevé par la même maladie peu de temps après sa mère. Tekakwitha en fut aussi menacée, mais Notre-Seigneur, qui l’avait choisie pour être un jour son épouse, la délivra de ce danger pour faire éclater en elle les merveilles de sa grâce. Elle resta très faible pour le restant de sa vie; ses yeux étaient affectés et ne pouvaient supporter la lumière du grand jour. Elle fut obligée toute sa vie de cacher son visage dans une couverture, lorsqu’elle sortait de sa maison longue, comme on l’a dépeinte sur ses images, contrairement aux autres filles Indigènes qui portaient leur couverture sur les épaules. Nous ne connaissons pas le destin de son père, nous savons seulement que Tekakwitha devint orpheline à l’âge de quatre ans et qu’elle a ensuite vécu avec son oncle, un des anciens les plus considérés du village. Ses tantes prirent d’autant plus soin d’elle, qu’elles espéraient en tirer des avantages avec le temps et n’eurent pas de peine à réussir dans sa bonne éducation.
La petite avait de fort bonnes dispositions. Elle était d’une grande douceur et vieillissait visiblement en sagesse. Toutes ses inclinations la portaient à la vertu. Dieu, qui la voulait pour lui, lui inspira le bonheur de l’amour du travail et de la solitude. On peut dire ces deux inclinations sont les sources de la vie si innocente qu’elle a menée dans le pays des Iroquois.
Quand elle fut un peu plus vieille, elle travaillait toujours dans sa maison longue. Elle effectuait tous les services qu’elle était capable de faire pour ses tantes. Elle sortait en public seulement pour des raisons d’affaire. Elle était toujours occupée dans sa maison longue où elle passait quelque de son temps à faire des petits articles, car elle possédait une habileté extraordinaire. Elle moulait le blé d’inde, allait chercher de l’eau et portait du bois; c’était là le travail ordinaire de son genre parmi les Iroquois. Elle évitait l’oisiveté qui est fréquente chez les filles et la source des vices infinis. Elle évitait de rendre visite aux autres filles, comme le voulait la coutume des jeunes filles Iroquoises. Ce qui est plus admirable encore, c’est qu’elle a en une horreur naturelle tout ce qui est contraire à la pureté. Cette horreur a fait fuir toutes sortes de compagnies ou d’assemblées et lui évita de s’habiller comme les autres filles Indigènes à cause de sa vue.
Elle se laissait conduire en cela même par ses tantes, seulement pour leur obéir et pour leur plaire, mais elle reconnu par la suite dans cet acquiescement un des plus grands péchés de sa vie; elle s’en fit un motif de honte et se repentit par des larmes. C’est cette même horreur de l’impureté et son amour qu’elle sentait dedans pour la chasteté, sans en connaître encore le mérite, qui la poussèrent à refuser le mariage. Cette jeune Iroquoise avait des inclinations très fortes opposées au dessein de ses tantes. Quand ses tantes voulurent l’obliger à prendre parti, elle s’excusa en soutenant son très jeune âge et le peu d’envie de se marier. Ses tantes semblaient approuver ses raisons, mais plus tard elles se sont encore résolues de la marier au moment où elle s’y attendait le moins, sans qu’elle puisse choisir l’homme avec qui elle devrait s’unir. En conséquence, elles avaient arrêté leur choix sur un jeune homme dont l’alliance semblait désirable. Elles lui ont donc fait une proposition, ainsi qu’aux membres de sa famille. L’affaire fut réglée de chaque côté et en soirée le jeune homme entra dans la maison longue qui lui était destiné et s’assis auprès d’elle. Tekakwitha sembla déconcertée en voyant le jeune homme assis à côté d’elle. Alors, elle se leva brusquement et quitta la maison longue sans se retourner jusqu’à ce que le jeune homme soit parti.
Cette fermeté avait fait outrage à ses parents et elle devait compenser chèrement pour ça, parce que ses tantes avaient vu en elle une obstination insupportable et inconcevable parmi les Iroquois. Depuis ce temps là elle souffrait dans sa maison longue où elle n’était plus considérée comme une enfant, mais comme une esclave maltraitée qu’ils avaient rejetée et traitée avec sévérité à chaque occasion. Malgré cela, elle se comporta avec si patience et douceur devant le rejet et les mauvais traitements, parce qu’elle avait un si grand respect pour ses tantes dans toutes les autres matières; si bien qu’elle regagna bientôt leur affection. Elles ne parlèrent plus de son mariage et la laissèrent vivre en paix, à sa manière, sans l’importuner.
Tekakwitha avait toujours résisté avec la grande détermination et la grâce particulière de Notre-Seigneur qui veillait sans doute à la pureté de sa future épouse. Dieu fit tourner cette petite persécution au bien de sa fidèle servante pour la préparer à recevoir le saint baptême. C’était la plus grande des grâces et la seule chose qui lui manquait pour faire d’elle une sainte fille, et lui donner la perfection finale pour les nombreuses bonnes qualités naturelles qui brillent en elle.
Chapitre 2
En 1674, le Père Jacques de Lamberville est venu dans le village de Gandaouage et a pris en charge la chapelle de Saint Pierre. Tekakwitha n’avait pas entendu ses instructions et elle sentait un grand désir de devenir chrétienne, mais parce qu’elle a retenue la peur de son oncle qui c’est uni dans l’opposition à l’égard des chrétiens ou en raison de sa modestie, qui la rendait trop timide, elle n’osait pas dévoiler ses sentiments au Père. Dieu lui offrit alors le moyen d’assouvir son désir lorsqu’elle s’y attendait le moins.
Le Père fut conduit par Dieu au village de notre jeune Iroquoise et il a e reçu des ordres de ses supérieurs de rester là.
C’était l’automne 1675 et presque toutes les femmes travaillaient à la moisson du blé d’inde. Tekakwitha s’est blessé au pied et devait rester dans le village. Ses tantes lui confièrent le soin de la maison longue et toutes les affaires domestiques pendant qu’elles étaient dans les champs, de sorte qu’elle passait ses journées toute seule. C’est donc en ce temps-là que le Père choisit de visiter les maisons longues pour instruire à son loisir ceux qui y demeuraient. Un jour, alors qu’il effectuait ses visites comme l’habitude les après-midi et ayant passé déjà la maison longue de Tekakwitha parce qu’il croyait n’y trouver personne, il se sentit inspiré d’y retourner et d’y entrer.
Le Père était si édifié par sa modestie et sa timidité, mais il l’était plus encore quand il a appris quelle vie vertueuse elle a menée. Il lui parla du christianisme. Elle était ravie parce qu’elle réalisait enfin son désir d’embrasser la foi chrétienne. Après qu’elle fut remise de sa blessure, elle s’était rendue à la chapelle avec assiduité.
Quand il la trouvait si fidèle qu’il s’informa de sa conduite dans sa maison longue, et tous ne dirent d’elle que du bien. En vérité, il vu qu’elle n’avait aucun des vices des filles de son âge et ceci l’encourageaient à lui enseigner régulièrement. Il remarquait clairement que l’Esprit-Saint l’éclairait son âme pour voir et pour toucher son cœur à embrasser la vérité de notre religion. Après sa première conversation avec Tekakwitha, il a vu que sa croyance en Dieu avait une grande importance pour elle. Pour cette raison, il a décidé de lui accorder la grâce qu’elle désirait si ardemment, soit le baptême.
Le Père a donc passé l’hiver à lui enseigner les prières et à la préparer pour recevoir ce sacrement qu’est le baptême. Le Père de Lamberville devinait les grands profits que le baptême d’une fille de ce caractère apporterait à cette nouvelle église. Il a voulu donc voulu lui accorder solennellement la fête de la Résurrection, soit le dimanche 5 avril 1676, qui était le plus splendide jour de l’année. En ce grand jour, il la baptisa en présence de tous les chrétiens du village qu’il avait tous fait rassembler pour rendre la cérémonie plus impressionnante. Tekakwitha s’est agenouillée, entourée par les catéchistes et les nouveaux convertis. Elle écoutait le Père qui l’instruisait de l’importance de cette occasion. Après les interrogations habituelles et les prières, il la baptisa.
Il la baptisa avec le nom de Catherine. Bien que ce nom ait déjà été consacré à la pureté de nombreuses vierges saintes, elle lui conférait gloire encore plus grande. Tous ont été témoins de la modestie et de la dévotion dont elle fit preuve pendant la cérémonie et ont manifestés leur grande joie à l’égard de ce baptême. Ils s’estimaient heureux d’avoir parmi ce petit nombre une personne si parfaite et tellement admirée dans le village. Ils espéraient non seulement son attachement pour la religion qu’elle venait d’embrasser, mais qu’elle en attirerait beaucoup d’autres à suivre son exemple. Ils n’ont pas mis longtemps pour remarquer qu’ils étaient justifiés dans l’opinion favorable tous avaient formé dans cette matière. Catherine n’a pas seulement justifié leur espoir mais elle l’a dépassé par la ferveur dont elle a fait preuve après son baptême. On avait raison de croire que l’Esprit-Saint a rempli de sa grâce une âme qui était disposée à recevoir par une vie innocence et que peut-être dit c’était angélique.
Toutes ces belles dispositions de vertus se sont révélées sous peu lorsqu’elle fut obligée d’apparaître en public et d’assister aux exercices communs de piété avec les nouveaux convertis et qu’avant elle avait confie dans sa maison longue. Son caractère propre était parfait depuis le début, si bien qu’elle surpassa bientôt toutes les autres et en moins de quelques mois elle devint pour ses compagnes un modèle d’humilité, de dévotion, de douceur, de charité et de toutes les autres vertus chrétiennes. Si une l’avait respecté dans son commencement que cette même personne bientôt ne sera senti l’admiration d’une vertu tellement jeune et déjà solide. Ainsi que quelques mois se sont passés très paisiblement.
Dès le commencement, même ses parents ne semblaient pas désapprouver la nouvelle vie qu’elle a menait. L’Esprit-Saint nous a fait savoir par la bouche de la Sagesse que lorsqu’un âme fidèle s’unit à Dieu, cette âme devra se préparée à la tentation; et cela a été prouvé dans le cas de Catherine. Son extraordinaire vertu l’a amenée à être persécutée par ceux-là mêmes qui l’ont admirée. Ils ont vu dans sa vie si pure un reproche tacite à leur manière de vivre. Ils ont donc voulu nuire à sa réputation et ont tenté par plusieurs tromperies de souiller sa pureté.
La confiance que Catherine avait en Dieu, la méfiance qu’elle avait d’elle-même, sa fidélité dans la prière et la considération pour les sentiments que la fait crainte aussi l’ombre du péché et lui ont donné une victoire parfaite sur les ennemies de son innocence. L’exactitude avec laquelle elle respectait les journées de fêtes à la chapelle fut la cause d’une autre tempête déclenchée par ses parents. Le Rosaire était récité par deux chœurs dans un exercice lors des jours saints et Catherine n’avait jamais négligé cet exercice. Les hymnes et les cantiques sacrés sont appris immédiatement et son chantés par les Indigènes, parmi lesquels les femmes se surpassent. Cette sorte de psalmodie réveille l’attention des nouveaux convertis et anime leur dévotion. Ils chantent très bien et très dévotement. Ils ont une oreille fine, une bonne voix et un goût rare pour la musique. On peut les entendre hurlant dans les bois quand ils chantaient à leur manière.
Sa famille n’a pas accepté se soit abstenue, en ces jours particuliers, d’aller travailler avec les autres dans les champs. Après un moment, ils sont venus avec des mots déplaisants jeter sur elle le rapproche selon lequel le christianisme l’aurait efféminée et habituée à une vie indolente. Ils ne lui donnaient plus rien à manger et l’obligèrent, par la famine, de les suivre et de les aider dans leurs travaux. Catherine a supporté leurs reproches et leur mépris avec fidélité. Elle a préféré, à cette époque, se priver de nourriture pour ne pas violer la loi qui exige d’observer les fêtes et les pratiques habituelles de piété. Cette fermeté, que rien ne pouvait ébranler, troublait ses parents de plus en plus.
Quand elle se rendait à la chapelle, ils la faisaient suivre par des ivrognes, ou des gens qui semblaient l’être, et qui lui lançaient des pierres. C’était même étendu aux enfants qui la pointaient du doigt à elle et cria en railleur à l’appelaient la « Chrétienne. » Pour éviter leurs insultes, elle était obligée de prendre les chemins les plus détournés.
Un jour qu’elle était retournée à sa maison longue, un jeune homme entra brusquement avec des yeux en furie et une hache à la main qu’il souleva pour la frapper, sans aucun autre but que de l’effrayer. Quelle que fut l’intention de cet Indigène, Catherine s’était contentée avec modestie de baisser la tête sans laisser paraître la moindre émotion. Il ne s’attendait pas à cette intrépidité, si bien qu’il a immédiatement quitté la maison longue, comme s’il était terrifié par quelque pouvoir invisible. Ce sont de telles épreuves de patience et de piété que Catherine a dû traverser au cours de l’été et de l’automne qui ont suivi son baptême.
L’hiver lui amena un peu plus de tranquillité. Bien qu’elle n’ait pas été libérée de subir quelques rencontres avec l’une des ses tantes. Sa tante avait un esprit trompeur et menaçant. Elle ne pouvait pas supporter la vie ordinaire de sa nièce et elle condamnait constamment ses actions avec les paroles les plus indifférentes. C’était une coutume parmi les Indigènes que les oncles donnent le nom de fille à leurs nièces et qu’en retour elles donnent à leurs oncles le nom de père. Cependant, c’était arrivé une ou deux fois que Catherine appelle le mari de sa tante par son nom propre, mais aucune mauvaise intention. Cet esprit malfaisant n’avait eu besoin de rien de plus pour causer une atroce calomnie. Cette femme prétendait que cette manière de s’exprimer était la preuve d’une intimité.
Elle est donc allée trouver le missionnaire. Elle accusait Catherine et pour placer une fin dans son penser des sentiments de l’estime qu’il avait toujours pour Catherine. Le Père de Lamberville comprit l’esprit malfaisant de cette femme et prit connaissance de ce qui a donné lieu à cette suspicion. Il lui a fait un sévère reproche et l’envoya complètement déconcertée. Quand il a, plus tard, mentionné cela à Catherine, elle répondit avec une largeur d’esprit et une confiance montraient l’absence de tout mensonge. Catherine déclara sur la bonté de Notre-Seigneur ne jamais avoir taché sa pureté et n’avoir jamais craint de recevoir des reproches à ce sujet le jour du jugement. À cette occasion, elle déclara que peut-être on n’aurait pas pu le savoir si elle n’avait pas été mise à l’épreuve.
Chapitre 3
Après son baptême, Catherine est restée un an et demi dans son pays. Le Père de Lamberville l’admira beaucoup parce qu’elle montrait toujours de l’ardeur et tous les jours elle faisait de nouveaux progrès en vertu. Pour cette raison, il voulait transplanter cette fleur dans une meilleure terre où elle pourrait prendre racine sûrement et être hors de danger de corruption.
Il y avait déjà quelques années que la mission de Saint-François-Xavier-du-Sault existait chez les Français à La-Prairie-de-la-Madeleine, en face de l’île de Montréal. Et il n’y avait qu’un an avant qu’elle arrivait que ce lieu avait été transporté au pied du Sault-Saint-Louis, d’où elle tirait son nom. La paix que nous avions alors avec les Iroquois en attira plusieurs en ce lieu. En raison du repos et de la douceur qu’ils y trouvaient, ils se firent bientôt baptiser à l’exemple de quelques familles huronnes qui s’y étaient déjà établies. Ces fervents chrétiens menaient une vie si édifiante que même les Français en témoignèrent. Cette mission était une vive image de l’église primitive.
Les Iroquois venaient à la mission et quand ils retraient qu’ils racontaient à tout le monde avec éloges les merveilles témoignées au Sault, de sorte qu’on ne parlait pas d’autres choses chez les Iroquois. Ils sont venus en grand nombre ici pour prendre part au bonheur des leurs compatriotes, particulièrement des Agniers.
Le jour que Catherine fut baptisée, le Grand Agnier était retourné à la mission avec trente Iroquois dont il a fait gains à Jésus-Christ. Elle voulait volontairement le suivre, mais elle était dépendante, comme je le disais plus tôt, de son oncle qui voyait seulement avec tristesse son village se depeupler. Il se déclara l’ennemi de tous ceux qui pensaient aller vivre parmi les Français. C’est à ce moment là que le Père de Lamberville pensa que Dieu voulait voir Catherine.
Il parlait de ça parfois avec elle, surtout quand elle venait le voir pour lui mentionner le mécontentement des autres dans la maison longue. Pour la consoler, il lui parla de la paix dans laquelle vivaient les chrétiens au Sault-Saint-François-Xavier. Une paix qui, si elle y vivait, lui apporterait plus de douceur en un jour que de joie en un an là où elle demeurait. Ainsi, Dieu allait bientôt lui montrer la voie.
Catherine avait une sœur d’adoption, son aînée, qui a habité avec son mari à cette mission pendant quelques années. Elle avait envie de partager son bonheur avec Catherine. Elle a donc envoyé son mari, avec Ogeratarihen et un Indigène de la mission de Lorette, chercher Catherine. Ses tantes parurent disposées à la laisser partir, mais tout était à craindre du côté de son oncle qui était très influent et fortement opposé à ces migrations qui dépeuplaient leur pays pour peupler le nôtre. Cependant, le Ciel interféra pour Catherine.
C’est avec difficultés qu’ils arrivèrent au village où Catherine demeurait. Son beau-frère lui déclara son dessein, que c’était le désir de sa sœur qu’elle vienne vivre avec eux à la mission du Sault. Il a fait cet éloge en peu de mots.
Ogeratarihen entra dans la cabane du Père et immédiatement une multitude de personnes sont venus saluer ce visiteur, comme le voulait la coutume du pays, et parmi eux se trouvait Catherine. Cet homme, voyant qu’ils s’étaient tous rassemblés autour de lui, commença à parler du christianisme et du bonheur de ceux qui sont venus vivre au Sault-Saint-François-Xavier. Catherine était touchée par les paroles du prédicateur, comme si Dieu les lui avait adressées. Elle a cherché le Père de Lamberville pour lui dire qu’elle était déterminée à faire ce qu’il lui avait si souvent conseillé. Elle le supplia avec conviction de prendre les mesures appropriées pour retenir ses parents qui l’empêcheraient de quitter.
Il l’a placée au soin de Ogeratarihen qui a fortement appuyé Catherine dans sa résolution. Son oncle était alors en négociation avec les Anglais à Fort Orange. Ils profitèrent donc d’une si favorable circonstance pour commencer leur voyage. Catherine arriva à l’automne 1677. Avec un trésor de mérites pour elle, de splendides exemples pour nous, à la gloire de Dieu et au grand profit de la mission, elle est présentement une puissante protectrice contre tous les ennemis visibles et invisibles.
Chapitre 4
Dieu qui, de toute éternité, avait choisi Catherine Tekakwitha pour faire éclater en elle les merveilles de sa grâce, ne permit pas qu’elle demeura plus longtemps dans un pays qui ne méritait pas de la posséder. Il nous l’envoya au Sault pour fortifier cette mission dans ses commencements et pour l’éclairer d’avantage par les exemples d’une vie angélique. Le Père Frémin, un des grands missionnaires de la Nouvelle-France, avait alors le soin de la mission. Le Père Chauchetière et moi y étions avec lui.
Catherine me fut envoyée par le Père Jacques de Lamberville et la lettre qu’elle m’apporta de sa part contenait ce passage: « Catherine Tekakwitha va demeurer au Sault. Prendriez-vous en charge, je vous prie, sa direction? Vous connaîtrez bientôt le trésor que nous vous donnons. Gardez-le donc bien! Quand entre vos mains elle va profiter à la gloire de Dieu et au salut d’une âme qui lui est assurément bien chère. » Sur cette recommandation, le Père Frémin voulut que je prisse sur moi sa conduite puisque d’ailleurs j’étais déjà chargé d’enseigner aux Indigènes le baptême, les sacrements de pénitence et de sainte communion.
Une fois arrivée au Sault, Catherine s’installa dans la cabane de la famille de son beau-frère qui l’avait amenée dans le pays. La maîtresse de la cabane était à une ancienne chrétienne nommée Anastasie Tegonhatsihongo, qui fut l’une des premières Iroquoises à se faire baptiser par nos Pères. Elle était alors un des piliers de la mission et une des plus ferventes de « La confraternité de la Sainte Famille. » Le village entier la connaissait comme la meilleure pour instruire et sa seule occupation était de préparer les personnes de son genre pour le baptême. Celle-ci avait connu Catherine lorsqu’elle était petite, ainsi que sa défunte mère, dans leur pays. Elle l’a beaucoup aidée au Sault pour avancer dans la vertu. Elle lui a toujours tenu lieu de mère et elle a été aussi sa principale institutrice. C’est sous ces deux noms que nous parlerons souvent d’elle par la suite.
Si on a lu attentivement tout ce qui a été dit, il est aisé de conclure que Catherine a vécu parmi les Iroquois comme dans un pays qui n’était pas le sien, bien qu’elle y soit née. Au contraire, la terre du Sault semblait être son pays natal et si Dieu devait une fille si vertueuse à cette mission, l’on peut dire aussi qu’il devait à Catherine une mission si sainte, où depuis quelques années les Iroquois se retiraient pour y professer la religion chrétienne et où ils vivaient avec toute la piété d’une église naissante. En vérité, la mission était alors très fervente et ils parlaient seulement de Dieu. On ne pensait qu’à le servir, on ne se bornait pas à la simple observation des commandements de Dieu, on mettait en pratique les conseils Évangéliques et chacun vivait une vie de sainteté. Les plus jeunes comme les plus âgés essayaient d’égaler ou de surpasser l’autre. Presque toutes les cabanes étaient des écoles de vertus et de sainteté.
Les prières sont dites dans la langue huronne parce que les Iroquois de la mission trouve cela plus facile de les réciter dans la langue huronne que dans leur propre langue.
Tant de belles choses frappèrent d’abord les yeux de Catherine quand elle vit avec plaisir ces nouveaux convertis, ses parents et les autres qui venaient des Iroquois. Elle remarqua un changement dans leurs mœurs et elle admira leur vie chrétienne, si opposée à celle qu’ils menaient il n’y avait pas si longtemps dans leur pays. Elle comparait ce qu’ils étaient ici avec ce qu’ils avaient été là-bas, et faisant alors une sérieuse réflexion sur leur bonheur que la laisser dans une joie que ne fut pas croyable, après être sortie de son exile et fut heureusement transplantée ici, où elle a trouvé enfin ce qu’elle cherchait depuis si longtemps, sans même savoir ce que c’était. Elle nous en parlait avec extase. Comme elle avait le cœur grand et noble, l’esprit fort vif et que son caractère était tel que nous avons pu découvrir qu’elle avait un désir insatiable d’apprendre et une ardeur aussi grande à mettre en pratique ce qu’elle avait appris, son âme si bien disposée a pris feu. Elle mit aussitôt à l’œuvre et commença à mettre en pratique ce que faisaient les aux autres. Elle le fit si bien et avec des progrès si notables qu’en moins de quelques semaines elle s’est distinguée entre toutes les filles et les femmes de la mission. Elle s’attira bientôt l’estime et l’admiration de tout le monde et voilà comme Catherine Tekakwitha a conservé son innocence pendante plus de vingt ans parmi les méchants et les pécheurs et elle devint ici en peu de temps une sainte parmi les justes et les fidèles.
Elle était la plus fervente de tout le village. Bien qu’elle soit infirme et souvent malade, elle a fait des choses étonnantes dans ces matières. C’est une chose surprenante de voir seulement combien cette jeune fille était avancée dans la piété après environ deux ans et demi qu’elle a passées au Sault. Mais il est plus étonnant encore de savoir qu’elle possédait une telle vertu dès le début. En vérité, elle n’a pas été novice dans l’exercice de la vertu, elle y a été savante dès le commencement et elle n’a eu d’autre maître que l’Esprit-Saint, tant elle courut à grands pas à la perfection.
Chapitre 5
Catherine ne se contenta pas d’une vie ordinaire. Elle était poussée par un désir insatiable et une extrême ferveur à faire le bien, elle embrassa d’abord le plus parfait. Elle prit pour principale règle de conduite celle de chercher en toutes choses ce qui serait le plus agréable à Dieu. Bien que ne retenir rien de lui et une règle pour donner tout ce qui dépendait d’elle sans aucun respect pour les créatures et sans aucun retour sur elle-même, une règle de conduite si sainte eut pour fondement la haute idée qu’elle s’était formée de ressembler à Dieu.
Elle avait une extrême reconnaissance qu’elle conserva toute sa vie pour la grande grâce que Dieu lui avait conférée en la choisissant entre tant d’autres qu’il avait laissés dans les ténèbres pour lui faire voir à elle la lumière de l’évangile et le vrai sens de la mission du Sault. Elle avait inspiré de si beaux principes et des motifs si puissants et si efficaces par sa conduite. La première chose que fit cette vertueuse fille Indigène fut de s’attacher au lieu saint et de faire de la chapelle sa demeure la plus chère et le plus ordinaire refuge, sûre d’y trouver toujours celui à qui elle avait déjà consacré son cœur et toutes ses affections.
Catherine, afin de pouvoir s’entretenir avec lui loin du bruit et des distractions, s’y rendait tous les matins pendant l’hiver et l’été. Elle y était tôt le matin, à quatre heures, et aussi avant que la cloche sonne, tous les jours. Alors, elle se trouvait en prière à la porte de la chapelle, même l’hiver dans les temps les plus rudes.
Elle était dans la chapelle et restait plusieurs heures en prières continuelles. Durant l’été, elle entendait la première messe à cinq heures le matin, c’est-à-dire à l’aube, ceux qui devaient aller très vit au travail durant l’été. La deuxième messe était à cinq heures et demie le matin, la levée du soleil, pour les Indigènes. Durant l’hiver, la messe était célébrée à dix heures le matin. Elle était toujours comme soulevée hors d’elle quand elle priait et conversait avec Notre-Seigneur. Elle y revenait souvent dans le jour, interrompant son travail pour contenter sa dévotion. Enfin, elle y revenait le soir après le travail et elle n’en sortait que bien tard dans la nuit. Ainsi, elle y était la première à entrer dans la chapelle le matin et la dernière à en sortir toutes les nuits.
Cette ferveur dont elle faisait preuve à la chapelle éclatait bien mieux encore dans ses prières. Elle apprit avec une diligence merveilleuse les prières qui se disent en commun. Elle priait très peu avec les lièvres, mais elle priait beaucoup avec les yeux et le cœur, si bien qu’elle avait toujours les yeux toujours baignés de larmes, et son cœur poussant incessamment d’ardents soupirs.
Elle paraissait immobile et toute refermée en elle-même. Quand les autres dormaient, elle continuait ses prières pendant la nuit. Et de nouveau elle recommençait avant la levée du jour, après un très court sommeil. Elle désirait si vivement s’unir à Dieu dans ses prières, qu’elle y parvint sans aucun autre maître que le Saint-Esprit. Elle a reçu un sublime don de prière et avec l’ensemble d’un tant de douceurs parce qu’elle passait souvent plusieurs heures de suite en communication intime avec son Dieu. C’est à cette source qu’elle a acquis les grandes vertus dont nous parlerons à la fin.
Sa dévotion était d’autant plus admirable qu’il ne s’agissait pas d’une de ces dévotions oisives dans lesquelles il n’y a d’ordinaire que de l’amour-propre. Catherine n’était pas ces dévotes obstinées qui vont à la chapelle alors qu’elles devraient être au foyer. En s’attachant à Dieu, elle s’attachait aussi au travail, comme à un moyen de demeurer unie avec lui. Elle conservait toute la journée les bonnes inspirations qu’elle concevait le matin au pied de l’autel. C’est pour cette raison qu’elle se lia fortement avec la bonne Anastasie. Elle se fit une règle d’éviter toute autre compagnie et de n’aller qu’avec elle dans les bois ou dans les champs. Elles y allaient donc toutes les deux ensemble car elles n’avaient qu’un seul et même but, celui de chercher Dieu. Elles lui offraient leur travail et tenaient de pieuses discussions pendant leurs travaux.
Anastasie entretenait Catherine sur les moyens de plaire à Dieu et d’avancer à son service, sur la vie et les mœurs des bons chrétiens, sur la ferveur des saints et la haine qu’ils avaient pour le péché et sur les rudes pénitences qu’ils faisaient pour l’expier ceux qu’ils avaient commis. C’est ainsi que Catherine sanctifiait son travail par des conférences spirituelles. Sa sainte conversation, jointe à cette avidité pour les choses de Dieu, faisait qu’elle avait toujours de nouveaux désirs de se donner à lui et de mettre en pratique tout ce qu’elle venait d’entendre.
Ainsi, qu’elle fut à la chapelle, au bois ou dans les champs, elle trouvait Dieu partout. De crainte de perdre un moment qui ne fut à lui, on la voyait aller et venir toujours avec le chapelet à la main pendant qu’elle récitait plusieurs fois par jour. Ce qui fit dire à son institutrice que Catherine ne perdait jamais Dieu de vue et qu’elle marchait continuellement en sa présence.
Si la pluie ou le trop grand froid l’empêchait d’aller au travail, elle passait presque tout son temps devant le Saint-Sacrement. Ses semaines et ses journées étaient si bien des semaines et des journées saintes, si je puis dire, dans le sens des saintes écritures. Alors, les semaines étaient remplies de vertus et de mérites.
Chapitre 6
C’est de cette manière que vécut Catherine depuis l’automne lorsqu’elle arriva au Sault jusqu’à la fête de Noël. Par cette vie si fervente et si exemplaire, elle mérita de recevoir alors une grâce qu’on n’accordait pas à leurs qui viennent des Iroquois. C’est-à-dire qu’ils la recevaient seulement après plusieurs années et bien des épreuves. Cela leur donnait une plus haute idée de cette grâce et les obligeait à s’en rendre dignes par une vie irréprochable. Cette règle ne s’appliquait pas à Catherine. Elle était trop bien disposée pour recevoir Notre-Seigneur et aussi, elle voulait avec ardeur pour le recevoir. J’avais promis à elle la permission qu’elle avec une telle ardeur desirait pour cette grande grâce et en approcha la fête de Noël, soit le samedi 25 décembre 1677, qu’elle recevra sa première sainte communion après être enseigner dans ce mystère.
Elle reçut une bonne nouvelle avec toute la joie imaginable. Elle se prépara pour ce grand événement avec un redoublement de dévotion digne de la haute idée qu’elle en avait. Il faut avouer que c’est lors de cette première communion qu’elle renouvela toute sa ferveur. Le terrain était si bien préparer que seulement l’approche de ce feu divin était nécessaire pour en recevoir toute sa chaleur. Elle s’en approcha donc et entra dans cette fournaise de l’amour sacré qui brûle sur nos autels. Pour la première fois de sa vie, elle recevait le Saint Eucharistie, avec un degré de ferveur proportionnel à la révérence et à la sincérité qu’elle avait pour cette grâce. Elle en sortit si fortement embrasée de ce feu divin qu’il n’y a que Notre-Seigneur qui sache ce qui se passa entre lui et sa chère épouse dans cette première communion. Tout ce que nous en pouvons dire c’est que depuis ce jour-là elle nous parut différente tant elle resta si pleine de Dieu et de son amour.
Nous n’avions pas besoin d’être longtemps en sa compagnie pour se sentir entourer de l’abondance de Dieu et son amour. Toute sa joie était d’avoir la pensée de Notre-Seigneur et de converser intimement avec lui. Tout cela paraîtra bien surprenant pour une jeune Indigène, mais il le sera encore davantage quand j’ajouterai qu’ayant eu le bonheur de communier fréquemment, elle l’a toujours fait avec les mêmes dispositions et avec la même ferveur que la première fois. Elle a reçu le même amour avec diverses grâces de Notre-Seigneur. Il cherche seulement à nous visiter dans ce sacrement d’amour. Il ne met aucune borne à ses grâces quand il rencontre des cœurs disposés à les recevoir et il tirera profit de ces cœurs, comme ce fut surtout le cas avec Catherine.
Elle avait passé presque tous les dimanches et toutes les journées saintes, dès la messe de dix heures jusqu’à tard le soir, dans la chapelle. Si elle devait quitter un moment pour les repas, elle retournait immédiatement après au pied de l’autel, toujours à genoux. Elle avait possédée par une odeur de la présence divine lorsqu’elle s’entretenait avec Jésus-Christ. Durant les journées de travail, elle se rendait souvent à la chapelle au cours de la journée et faisait offrande de son travail. Et dans la soirée, elle retournait encore à la chapelle et partait seulement quand la nuit était très avancée. En vérité, on ne peut pas dire précisément combien de fois elle visita le Saint-Sacrement, combien de longues prières elle avait versées devant l’autel, ni avec quelle abondance de larmes elle avait approché la sainte table, et à son tour avec quel assouvissement l’Époux des vierges a inondé son âme virginale.
Quand elle priait, elle semblait complètement inconsciente de ce qui se passait à l’extérieur. Cette vérité était tellement connue dans le village que, dans les communions générales, les femmes les plus dévotes s’empressaient de se placer auprès d’elle dans la chapelle lorsqu’elle priait. Elles étaient inspirées que son exemple les inspirait, parce qu’elle paraissait si dévote et si ardente en ce temps-là. Sa présence a servi d’excellence préparation pour approcher bien de la sainte table à une propre manière.
Catherine terminait toujours chaque semaine avec une investigation précise des défauts et des imperfections qu’elle pouvait avoir. Ensuite elle se débarrassait de ses péchés dans le sacrement de pénitence parce qu’elle allait à la communion tous les samedis soirs ou plus souvent. Elle préparait ses confessions d’une telle façon extraordinaire que ça devait être inspiré du Saint-Esprit. Il a été le premier a lui donner un amour de souffrance et, comme on verra plus tard, de la haine pour son corps. Elle se préparait pour les confessions et commençait avec la dernière partie, je dis celle de la pénitence. Cette généreuse fille allait dans les bois et déchirait ses épaules avec des jeunes branches de saule. Après cela, elle allait à la chapelle où elle passait une heure entière à pleurer et à soupirer pendant qu’elle se préparait pour sa confession. Quand elle commença, et pendant ses confessions, ses paroles étaient interrompues par de forts sanglots. Elle aurait donné à son confesseur beaucoup de difficulté à la comprendre, s’il n’avait pas connu son innocence angélique.
Elle pensait être la plus grande pécheresse au monde. C’est avec un grand sentiment d’humilité qu’elle s’était confessée. La même ferveur était surtout évidente chaque fois qu’elle recevait la sainte communion. On lui demandait parfois: « Catherine, est-ce que tu aimes Notre-Seigneur? » C’était assez pour la voir immédiatement succomber. Elle disait et ne pouvait rien dire autre: « Ah, mon Père! Ah, mon Père! » Son désir était d’être toujours unie avec Dieu et de ne pas se laisser distraire par personne. Cela lui avait fait aimer la solitude encore plus et d’éviter les autres, mais son désir était aussi de préserver son innocence de l’horreur du péché et la crainte de déplaire Dieu.
Chapitre 7
Après les fêtes de Noël, c’était le temps d’aller à la chasse. Catherine y allait donc avec sa sœur et son beau-frère. Ce n’était ni pour se divertir ni pour festoyer que Catherine se rendait à la chasse, comme la plupart des autres femmes, mais seulement pour contenter sa bonne sœur et son mari.
Dieu voulait qu’elle se sanctifie dans les bois comme elle l’avait fait au village. Cela devait montrer aux Indigènes, par le bel exemple qu’elle a donné, qu’on pouvait pratiquer la vertu également dans ces deux lieux. Elle poursuivait ses exercices de piété qu’elle pratiquait au village. Elle compensait ceux qu’elle n’e pouvait pas faire par d’autres que lui suggérait sa dévotion. Son temps était réglé comme celui d’une Sœur.
Elle priait avant la levée du jour, pendant que les autres dormaient. Et de nouveau à l’aube avec les prières communes, selon la louable coutume des Indigènes de prier ensemble le soir et le matin. Elle prolongeait ses prières du soir tard dans le soir, lorsque tout le monde était couché. Après les prières du matin, qui sont dites en commun, Catherine se retirait seule pour prier encore pendant que les hommes mangeaient et se préparaient pour aller chasser. Elle unirait dans l’esprit les gens du village, pendant que les Indigènes entendaient la messe à la mission, qui était dite à sept heures moins le quart le matin, durant l’hiver, c’est-à-dire à la levée du soleil.
Elle joignait son âme à celle du Père et elle priait son ange gardien d’y assister pour elle et de lui rapporter le fruit du saint sacrifice. C’est pour cette raison qu’elle a fait un petit oratoire sur le bord d’un ruisseau. L’oratoire consistait en une croix qu’elle a taillée dans l’écorce d’un arbre.
Quand elle pensait que les hommes étaient à la chasse, elle revenait dans la cabane et s’occupait toute la journée, à la manière des autres femmes, à aller chercher la viande des bêtes qu’on avait tuées, ou à faire des colliers de porcelaine dans la cabane. Pendant cette dernière occupation, elle invitait toujours les autres à chanter quelques cantiques de dévotion ou à raconter des événements de la vie des saints et des narrations elle avait entendues à la chapelle dans les sermons du dimanche ou les jours de fête. Pour les encourager, elle était souvent la première à commencer les discours. Elle le faisait pour deux raisons, d’abord pour détourner les mauvais discours et les entretiens frivoles qui ne servent qu’à distraire l’esprit. Et aussi pour préserver toujours sa ferveur et son union avec Dieu, comme elle le faisait assez fort dans les bois de même qu’au pied de l’autel, au village. C’est pour cela encore que sa principale occupation et celle à laquelle elle se plaisait davantage était de cueillir du bois pour la cabane, parce qu’en étant seule elle contentait sa dévotion, s’entretenant familièrement avec son divin époux. Son humilité était de travailler pour les autres en faisant comme la servante de la cabane. Son désir était de souffrir en fatiguant son corps par un travail continuel et fort pénible.
Elle trouva un autre moyen de pénitence par un exercice plus spirituel et secret. Elle jeûnait alors qu’elle se trouvait entourée de bonne viande. Elle sortait adroitement de la cabane pour aller bûcher avant que la sagamité fut prête et elle ne revenait que le soir. Et encore, elle mangeait alors fort peu et passait ensuite une partie de la nuit à prière, malgré son extrême fatigue et sa fragilité naturelle. Si parfois le matin on l’obligeait à manger avant le travail, elle mêlait secrètement de la cendre avec la sagamité pour ôter tout plaisir qu’elle aurait pu y trouver et ne lui laisser qu’un goût de l’amertume. Elle pratiquait ces mortifications dans le village, quand elle était capable de le faire sans être aperçue que personne ne la voit.
Elle n’était pas si attachée au travail dans les bois ou à la cabane au point d’en oublier son oratoire. Elle avait soin au contraire d’y retourner de temps en temps pour satisfaire la faim de son âme pendant qu’elle faisait jeûner son corps. Et durant la chasse de l’hiver, elle y allait tous les matins, tous les soirs et plusieurs autres fois pendant la semaine. Elle finissait ses dévotions par une rude discipline qu’elle s’infligeait avec des jeunes branches de saule. Elle avait entrepris ces sortes de pénitences en cachette et sous la direction seule du Saint-Esprit.
La vie de Catherine dans les bois était des plus louables et même fort méritoire pour elle. Cependant, elle ne s’y plaisait pas et l’on voyait à son air qu’elle n’était pas dans son élément naturel. La chapelle, le Très-Saint-Sacrement, les messes, les bénédictions, les sermons et autres dévotions, où elle avait pris tant de plaisir dans le peu de temps qu’elle a passé au Sault, tout cela était pour elle un puissant charme qui l’attirait incessamment vers le village. Elle y attachait son cœur et toute son affection, de sorte que son corps était dans les bois et son âme était toute entière au Sault. Le séjour dans les bois, qui est généralement si agréable à celles de son genre, parce qu’elles ne pensent qu’à s’y divertir et à passer un bon moment, éloignées qu’elles sont de tous les embarras du ménage, devenait pour elle un fardeau et bientôt elle ressentit du dégoût pour ce séjour.
L’incident qui survint alors qu’elle était encore là, acheva de la dégoûter. Cet incident, joint aux autres motifs dont nous venons de parler, lui permis de prendre enfin la résolution de ne plus y retourner une fois rentrée à la mission. Un homme du groupe, après avoir couru toute la journée après un orignal, revint à la cabane fort tard et fort fatigué, si bien qu’en y entrant-il se jeta à la première place qu’il trouva et il s’y endormit sans boire ni manger. Sa femme s’est réveillée le lendemain matin et le trouva couché proche de la natte de Catherine. Comme les Indigènes sont fort soupçonneux, elle s’imagina que son mari avait péché avec cette jeune fille. Cette femme a confirmé son jugement par le souvenir de des allées et venues de Catherine lorsque, comme nous avons dit, elle se rendait à son oratoire pour y prier et pour y faire ses pénitences ordinaires.
Sans y penser, c’était arrivé qu’il augmente le soupçon de sa femme car le même jour il a parlé d’un canot pour le voyage de retour qui approchait. Il a dit que quelques femmes du groupe l’allaient l’aider à le tirer hors du bois. Il a dit tout simplement que Catherine viendra car il la savait assez charitable pour accomplir cet acte. Ainsi, après avoir considéré les apparences, cette femme alla même jusqu’à croire qu’une relation de longue date unissait ces deux personnes. Cependant, comme elle était vertueuse et sage, elle eut la discrétion de rien révéler avant d’en avoir parlé au Père qui était en charge de la mission, à qui elle raconta tout à son retour de la chasse.
Par de semblables évènements, Dieu mettait à l’épreuve la vertu de ses élus pour la purger de ses moindres taches dans le feu des tourments, en permettant qu’elle soit noircie par les médisances et même par les calomnies hideuses. Ainsi, il permit même que le missionnaire ne soit pas d’abord tout à fait du côté de Catherine. D’un côté, l’horreur de cette fille chaste pour l’impureté et l’innocence de sa vie qu’il n’ignorait pas lui fit juger qu’elle n’était peut-être pas si coupable. Mais de l’autre côté le rapport de la femme le persuadait que celle dont elle parlait n’était pas tout à fait innocente. Le Père, pour éclaircir de ce point qui était si délicat, prit le parti de faire venir Catherine car il en avait une si bonne opinion et il était tellement persuadé de sa sincérité qu’il résolut, pour ne pas ébruiter la chose, de s’en tenir à ce qu’elle dirait et de la croire sur son propre témoignage. Après, il lui parla de ce qu’il avait découvert et de ce qu’on disait d’elle et lui demanda ce qu’il en était. Catherine se contenta simplement de nier le fait sans laisser paraître la moindre émotion, parce qu’elle ne se sentait aucunement coupable. Cette grande tranquillité d’âme, face à une question qui devait être naturellement si délicate pour elle, la justifia parfaitement dans l’esprit du missionnaire, déjà tout porté à opinier en sa faveur. Il n’en fut pas de même de l’accuser et de quelques autres qui en eurent connaissance.
Dieu a permis une telle chose, c’est-à-dire augmenter la couronne et le mérite de sa fidèle servante, parce qu’elle a quitté ses parents, son pays et tous les avantages qu’elle pouvait trouver dans un bon mariage. Après avoir sacrifié tout cela à Notre-Seigneur, elle ne lui restait plus qu’à lui sacrifier son honneur et sa réputation qu’elle lui abandonna généreusement, ravie d’être méprisée et de passer pour une grande pécheresse. Par ce motif même, loin de s’empresser de révéler qui lui avait fait du tort, elle la laissa mourir entièrement la question, comme si cela concernai quelqu’un d’autre. Et toute la vengeance qu’elle tira fut de prier pour eux. Cependant, Dieu de son côté récompensa suffisamment Catherine après sa mort, pour un si héroïque abandon et une telle résignation, à l’endroit même où elle a souffert. Les merveilles qu’elle commencait à operer après sa mort leur firent réaliser le jugement si injuste qu’ils avaient eu à son égard. Comme les deux disciples qui allaient à Emmaüs en compagnie de Notre-Seigneur et qui ne le reconnurent pas. Mais quand le pain fut rompu que leurs yeux ouvrirent au miracle de la Résurrection, alors ils se condamnaient leur incrédulité. De la même façon que ceux à qui Catherine avait caché sa vertu dans les bois et dans le village l’ont ensuite trop facilement calomniée. Quand ils furent frappés par toutes les merveilles dont ils entendirent parler partout après sa mort, ils furent les premiers à proclamer ses vertus, en se rappelant alors sa modestie, sa douceur, sa charité, sa patience, sa dévotion et le bel exemple qu’elle leur avait donné. Et depuis ce temps, ils lui sont restés fort dévoués. La femme qui était à l’origine de toute l’histoire a pleuré sa faute trois ans entiers, ne pouvant s’en consoler parce qu’elle s’imaginant que Notre-Seigneur ne lui pardonnerait jamais d’avoir fait du tort à une si sainte fille. Il fallut que le missionnaire utilise toute l’autorité dont il disposait pour la lui faire accepter son erreur, vu la peine et le chagrin qu’elle en avait ressenti.
Chapitre 8
Catherine, de retour au village, ne pensait qu’à seulement pour réparer les grâces qu’elle avait perdues dans les bois. Elle se remit à fréquenter la chapelle avec sa ferveur et son avidité habituelles. Elle se rejoignit à son institutrice pour profiter de ses pieux sermons pendant leur travail.
Nous approchions de la fête de Pâques et ceux s’étaient éloignés du village pour la chasse revinrent, selon leur bonne coutume, pour célébrer ce grand jour. C’est la première fois que Catherine célébrait Pâques avec nous, au grand bien de son âme. Elle assista à tout le service de la semaine sainte. Elle admira toutes les saintes cérémonies et elle en conçut une nouvelle estime pour la religion.
Elle y ressentit tant de douceur et de consolations célestes qu’elle versa bien des larmes, particulièrement le jour du vendredi saint lorsqu’elle entendit prêcher la Passion de Notre-Seigneur. Son cœur fut fondit à la pensé des souffrances de Notre-Sauveur. Elle l’en remercia mille fois. Elle adora et baisa sa croix avec la plus tendre reconnaissance et l’amour le plus ardent. Elle s’attacha ce jour-là sur la croix avec lui, prenant la résolution de faire subir son corps virginal la mortification de Jésus-Christ pour le reste de ses jours, comme si elle n’avait rien fait jusqu’alors.
Le jour de Pâques, soit le dimanche 10 avril 1678, elle communia pour la deuxième fois et elle le fit avec les mêmes dispositions, la même ferveur et les mêmes fruits que le jour de Noël. Alors, pour avoir complété ces bénéfices et grâces spirituelles, elle reçut ce jour-là une deuxième grâce du Père, bien qu’il en accorde fort rarement, ce qui prouvait l’estime qu’il avait pour sa vertu.
Monseigneur François Montmorency de Laval, premier Évêque de Québec, prélat plein d’ardeur, avait déjà établi la dévotion de la Sainte Famille dans sa ville épiscopale, dans le but de la sanctifier. La Sainte Famille produirait en effet du grand bien dans les familles et favoriserait constamment l’édification de tout le pays. Et à Québec, cette dévotion s’étendit aux autres paroisses avec les mêmes résultats. En 1671, le Père Frémin, qui était en charge de la mission, jugea à propos d’y établir la dévotion de la Sainte Famille afin d’entretenir et d’augmenter la ferveur de cette église naissante.
Il était décidé d’admettre seulement un peu les plus ferventes personnes des deux genres, pour donner une haute idée de la Sainte Famille et pour obliger ceux que l’on honorait par une si grande grâce d’y répondre par la sainteté de leur vie. En quoi l’on ne manqua pas de réussir car Indigènes, une fois qu’ils se sont donnés à Dieu, sont capables de la plus grande et de la plus sincère dévotion. Les quelques âmes choisies assumèrent leur nouveau rôle avec une piété si exemplaire. Certains étaient même si austère que tout le reste du village les regardait avec une espèce de vénération. Appeler quelqu’un un saint ou une personne de la Sainte Famille, revenait à dire une seule et même chose. De sorte que ce nom leur est resté depuis, comme une marque distincte dans la mission.
Catherine était encore très jeune et elle était au Sault depuis seulement sept ou huit mois lorsque j’ai fait le Père Frémin l’admettre dans le petit groupe, dans lequel d’autres n’étaient reçus qu’à seulement un âge avancé et après plusieurs années d’épreuves. Nous avons remarqué déjà que sa vertu la plaçait au-dessus des règles des gens ordinaire du village. Aussi, loin de faire des envieux, ce choix fut généralement approuvé. Les membres de la Sainte Famille surtout démontrèrent leur joie et voyait Catherine comme une personne capable de soutenir cette sainte communauté par ses bons exemples. Elle était la seule qui s’en considérait indigne, tant elle avait de bas sentiments d’elle-même. Mais plus elle se jugeait indigne, plus elle se croyait obligée de travailler à sa perfection, pour ne pas diminuer la ferveur envers la Sainte Famille à qui elle donna une nouvelle réputation glorifiée. Ce qu’il y a de certain, c’est que son seul souvenir était suffisant pour inspirer, longtemps encore, la ferveur aux autres.
Elle évoluait à vue d’œil, mettant à profit tous les motifs et les moyens qu’elle avait acquis pour croître en grâce et en sainteté et s’attacher d’avantage à Notre-Seigneur. Elle était déjà, selon le Père Chauchetière, unit avec Dieu. En vérité, elle a goûté à toutes les douceurs de cette condition bénie avant même d’avoir passé par les deux voies préparatoires que sont le Purgatif et l’Illuminatif, avec une conduite particulière du Saint-Esprit. Elle entra, de façon inhabituelle, dans les voies préparatoires par la troisième étape qui est celle de l’union avec Dieu parce qu’elle se conduisait avec plus de mérite et d’une manière plus excellente que quiconque. Dans ses intimes communications avec Dieu, elle était remplie de nouvelles inspirations d’ardeur et de zèle. Cela a éclairé sa compréhension tout de suite pour lui faire voir la beauté des vertus chrétiennes, en ce qui concerne Jésus-Christ, bien qu’elle l’ait toujours eut devant les yeux. Ces vertus touchaient sa volonté pour les mettre en pratique et pour se conformer, autant qu’elle le pouvait, pour être plus parfait encore et en même temps de devenir un modèle si aimable. Elle alla même jusqu’à chercher dans sa vie passée de nouveaux motifs de l’aimer et se haïr elle-même.
Elle voyait ses plus légères fautes, commises parmi les Iroquois, comme autant de crimes et d’attentats contre la divine Majesté. Pour cette raison, elle châtiait son corps qui était pourtant innocente, mais qu’elle croyait coupable. C’est là une des principales rasons de cette vie austère qu’elle a menée au Sault et de cette grande soif de pénitence et de souffrance. Son institutrice y contribua de son côté en lui parlant souvent des peines de l’enfer, des horribles pénitences que les saints avaient faites pour les éviter, et ce que les Iroquois chrétiens faisaient parce qu’ils avaient souvent offensé Notre-Seigneur avant d’être chrétiens.
Elle fut plus inspirée encore à la suite d’un accident qui arriva en ce temps là et qui faillit presque nous l’enlever, alors que nous commencions à peine à la connaître. Un jour qu’elle coupait un arbre dans les bois, cet arbre tomba plus tôt qu’elle ne s’y attendait. Il est vrai que par sa diligence elle évita le tronc de l’arbre, mais une des branches lui tomba sur la tête d’une telle force qu’elle tomba par terre et s’évanouit. On la tint d’abord pour morte, mais elle revint à elle quelque temps après et elle prononça doucement ces paroles: « Ah, Jésus! Je vous remercie de m’avoir secouru du danger. » La seule conclusion qu’elle en tira, c’est que Dieu l’avait sauvée pour faire pénitence de ses péchés. C’est ce qu’elle déclara à sa chère compagne qui a fait partie de sa vie et dont il faut que nous parlions maintenant, puisqu’elle fait partie de l’histoire que nous écrivons de Catherine Tekakwitha.
Chapitre 9
C’est au printemps 1678 que Dieu donna à Catherine une compagne qui l’aida beaucoup pour à progresser et qui nous appris plusieurs choses la concernant. Cette compagne fut la seule à obtenir la confiance de Catherine, celle à qui elle confiait ses plus intimes pensées et actions depuis le premier jour où elles se sont rencontrées. Il est vrai que Catherine n’avait voulu se lier jusque là qu’à la bonne Anastasie, qui a pris la place de sa mère et qui lui faisait de fréquents sermons comme institutrice, qui l’ont beaucoup aidée à suivre le bon chemin. La bonne Anastasie étant avancée en âge, elle ne pouvait pas augmenter la ferveur de son élève qui l’avait déjà surpassée en accomplissant des actions dont elle n’était pas capable.
La première compagne de Catherine était Jeanne Gouastraha qui venait d’Oneida et qui était la plus fidèle imitatrice de Catherine. Jeanne Gouastraha s’était établie récemment au Sault avec son mari, qui, un Agnier, et ses deux enfants, un garçon et une fille. Après le décès de son mari, elle renonça au mariage et prit le parti d’aller passer le reste de ses jours auprès du tombeau de Catherine Tekakwitha.
Catherine avait besoin d’une compagne plus de son âge, qui poursuivait le même but de se donner tout à Dieu, et en état de supporter le genre de vie austère qu’elle avait embrassée elle-même. Dieu lui envoya donc cette jeune femme de la nation d’Oneida, baptisée autrefois dans son pays par le Père Bruyas. Cette femme, nommée Marie Thérèse Tegaiaguenta, était tombée dans ivresse après son baptême. Bien qu’elle n’avait plus rien de chrétien que le nom. Même après s’être installée à La Prairie avec sa famille, elle n’y fut guère mieux. Elle alla à la chasse avec son mari qui n’était pas chrétien. Elle y trouva heureusement la cause de sa conversion dans un évènement qui lui est arrivé pendant la chasse. Je vais vous expliquer ici en quelques mots le moyen Dieu fait pour convertir cette Indigène qui devait contribuer si fort à la sainteté de Catherine.
Elle était partie au commencement de l’automne avec son mari et un jeune enfant, soit le fils de sa sœur, pour aller à la chasse le long de la rivière Outaouacs. Sur la route, ils rencontrèrent quelques Iroquois aux quels ils se joignirent. Cela faisaient en toutes onze personnes, soit quatre hommes, quatre femmes et trois enfants. Malheureusement, la neige tomba très tard cette année-là, ce qui les empêcha de chasser. Après avoir mangé toutes leurs provisions avec la viande d’un orignal que son mari avait tué, ils furent bientôt réduits à manger des herbes pour éviter la famine.
Son mari tomba malade et deux hommes du groupe, un Agnier et un Seneca, allèrent à la chasse pour en revenir dix jours plus tard. L’Agnier revint en effet le jour fixé et seul, leur expliquant que son compagnon était mort de famine. On le soupçonna de l’avoir tué et de s’être nourri de sa chair pendant ce temps-là. Ils le soupçonnèrent davantage parce qu’il se portait bien et qu’il avouait n’avoir tué aucune bête. On ne pouvait plus espérer obtenir quoi que ce soit de ces chasseurs. On voulut alors persuader cette femme chrétienne de laisser son mari mourir et de se sauver elle-même, son neveu et tous les autres. Elle n’y consentit jamais et s’y opposa généreusement et avec fermeté. Alors, on l’abandonna avec son mari et son neveu, et le malade mourut deux jours plus tard. Elle regretta qu’il ne soit pas baptisé. Après qu’elle l’eut enterré, elle se remit en chemin, portant son neveu sur ses épaules. Après quelques jours, elle rejoignit le groupe qui cherchait le chemin vers la Grande Rivière pour aller à La Prairie.
Ils étaient faibles et exténués, qu’après vingt jours errance qu’ils prirent la résolution de tuer quelqu’un du groupe pour faire vivre les autres. On jeta les yeux sur la veuve du Seneca et ses deux enfants et l’on demanda à la femme chrétienne s’il était permis de les tuer et on lui demanda ce que disait la loi chrétienne à ce sujet, parce qu’elle était la seule baptisée du groupe. Elle n’osa répondre à cette question parce qu’elle n’était pas assez éclairée à décider pour répondre à cette question et elle avait peur de contribuer à tuer quelqu’un. Elle appréhendait qu’à la suite de sa réponse, on ne vienne la tuer. Plus tard, certains d’entre eux ont tué la femme et ses deux enfants. Ses yeux s’ouvrirent au danger qui guettait son corps et réalisa l’état déplorable état de son âme, qui était infiniment plus affligeant que celui de son corps.
Elle éprouva une grande horreur face à sa vie passée et à la grande faute qu’elle avait commise en allant à la chasse sans se confesser. Elle promit à Dieu, s’il la délivrait de ce danger et la ramenait au village en toute sécurité, qu’elle allait se confesser aussitôt, changer sa vie et faire pénitence.
Dieu a voulu faire connaître Catherine à cette femme. Il a entendu sa prière et après une telle épreuve et de souffrance, ils arrivèrent à La Prairie vers le milieu de l’hiver. Ils n’étaient plus que six à leur retour de les onze qui fut partis à la chasse et parmi eux il y avait cette femme et son petit-neveu. Elle acquitta une partie de sa promesse en se confessant dès son retour, mais elle attendit quelque temps avant de changer de vie et de faire pénitence. Tout cela se passa durant l’hiver 1675 – 1676. À l’automne 1676, la mission fut transférée de La Prairie-de-la-Madeleine à Sault-Saint-Louis.
Chapitre 10
À l’automne 1677, Catherine s’y installa et au printemps 1678, elle fit connaissance avec cette compagne de la manière que je vais dire. On bâtissait alors la première chapelle du Sault. Un jour, Catherine se promenait autour du bâtiment simplement pour voir le progrès des travaux, tout comme la chrétienne dont nous parlons, qui s’y trouvait elle aussi pour voir cet ouvrage. Dieu avait planifié cette rencontre inopinée pour sa gloire et pour le bien de ces deux âmes.
Elles se saluèrent et se parlèrent pour la première fois. Catherine lui demanda où les femmes s’assoiraient dans la chapelle. A la suite de cette question, sa compagne répondit et lui montra l’endroit où elle jugeait qu’elles devraient s’installer. Avec un soupir, Catherine répondit: « Comme c’est vrai que ce n’est pas dans ce temple matériel que Dieu demande le plus de nous. C’est en nous qu’il veut y demeurer. Nos âmes sont les temples les plus agréables à Dieu. Mais quelle misérable personne pour avoir tant de fois forcé Dieu à abandonner mon âme alors que Dieu devait y régner seul! Je mérite d’être punie pour mon ingratitude et toujours exclue de ce temple pour soulever sa gloire. » Ces sentiments, d’une profonde humilité, étaient accompagnés de larmes et dits avec des paroles de grâce. Ces mots touchèrent Marie Thérèse parce qu’elle ne s’y attendait pas et parce qu’ils étaient pour elle des paroles de vie, de grâce et de salut. Assaillie par les remords, Marie Thérèse bientôt décida de remplir la principale partie de sa promesse faite pendant la chasse.
Marie Thérèse Tegaiaguenta était de nature bouillante et l’extrême, tant dans le bien que dans le mal. Elle possédait une grande vigueur et une constitution robuste et elle était dans la force de l’âge, c’est-à-dire environ vingt-huit ou trente ans. Elle se laissait graduellement éclairer durant le discours de Catherine, croyant que les mots venaient de Dieu. Il lui a envoyé cette sainte fille, dont on disait tant de bien, pour l’aider à changer sa vie comme elle l’avait promis. Ainsi, elle fit part à Catherine de ses pensées selon lesquelles leurs cœurs et leurs desseins étaient parfaitement semblables. Elles sont donc devenues amies pendant cette première discussion et un mot en entraînant un autre, elles allèrent jusqu’à se confier leurs pensés les plus secrètes. Pour parler plus facilement, elles allèrent s’asseoir au pied d’une croix située sur le bord de la Grande Rivière. Là, elles se racontèrent mutuellement leur vie passée et décidèrent de se lier ensemble pour faire pénitence.
Comme j’étais leur confesseur spirituel, elles me parlèrent de cette union et me demandèrent mon approbation, que je leur accordai avec contentement, voyant que c’était bien pour chacune d’elles. Depuis ce temps, elles formaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme. Elles furent inséparables jusqu’à la mort de Catherine qui demeura malgré cela toujours présente dans la pensée de sa compagne. Bien que Catherine ne négligeait pas Anastasie et la visitait encore de temps en temps, cependant elle s’attacha entièrement et toujours à cette seconde compagne qui avait plus d’ardeur et qui secondait davantage dans ses dévotions.
On les voyait aller ensemble au bois, aux champs et partout ailleurs. Aussi, elles évitaient la compagnie des autres filles et femmes, tant pour échapper aux sujets sans importance du village que pour ne pas être détournées de leurs dévotions. Elles parlaient seulement de Dieu et des choses qui se rapportaient à Dieu. Leurs conversations étaient comme autant de conférences spirituelles. Elles se dévoilaient leur vie, leurs désirs et leurs moindres épreuves pour s’encourager entre elles à demeurer fermes dans toutes les conditions et parce qu’elles voulaient offrir un acte de souffrance à Notre-Seigneur. Aussi, elles se rendaient volontairement plusieurs fois au fond des bois pendant la semaine où elles se déchiraient les épaules avec des jeunes branches de saule, ce que Catherine faisait déjà à sa manière particulière.
Elles se sont consacrées entièrement à Notre-Seigneur avec tout le courage qu’elles pouvaient donner dans ce monde. Elles étaient plus admirables et estimables que les autres parce qu’elles vivaient dans l’innocence et ce qu’elles faisaient pour se repentir de leurs péchés, elles le faisaient par amour pour Dieu.
Chapitre 11
C’est ainsi que Dieu fortifiait Catherine Tekakwitha de jour en jour et qu’il prépara son âme à subir une grande épreuve cet été là. Cette épreuve touchait quelque chose de très sensible en elle, mais elle en sortit victorieuse avec la grâce de Notre-Seigneur. Comme il s’agit d’un des plus beaux passages de sa vie, je crois qu’il serait agréable de le raconter ici et d’interrompre cette histoire.
Sa sœur d’adoption agissait comme la maîtresse de la cabane et prétendait, puisqu’elle était son aînée, avoir autorité sur elle. Elle considérait que sa sœur plus jeune était une personne comme les autres. Elle a essayé de la persuader de se marier, pour ce que ça lui apporterait à elle, et non pour le bien de Catherine. Catherine était tenue en si grande estime dans tout le village pour sa sagesse et pour sa piété qu’il n’y avait pas de jeune homme qui n’était pas heureux de consentir à un tel mariage, se considérant chanceux lui-même heureux d’avoir trouvé une femme si bonne. Sa sœur souhaitait voir son plan se concrétiser, pour le grand bénéfice de toute la famille, parce que c’était la coutume parmi les Indigènes que les maris donnent tout ce qu’ils ont rapporté de la chasse aux femmes de la cabane.
Elle avait prévu qu’il serait très difficile de convaincre Catherine, car elle connaissait son aversion pour le mariage. Elle ignorait toutefois les persécutions que cette fille généreuse avait subies dans son propre pays à ce même sujet et la fidélité avec laquelle elle les avait surmontées. Cependant, elle espérait la convaincre par la force des raisons et qu’elle se préparait et résolue de ne pas se décourager, mais d’obtenir son consentement ou elle ferait pression sur elle.
Un jour, elle prit sa sœur à part avec ce qu’il paraît une affection et douceur. Le lecteur n’aura pas de peine à y croire, car il sait que les Indigènes sont intelligents, qu’ils ont du bon sens, et qu’ils sont naturellement éloquents, surtout quand il s’agit de leurs intérêts. Elle disait: « Il faut avouer, ma chère sœur, que vous avez une grande obligation envers Notre-Seigneur pour nous avoir tirés de notre misérable pays pour vous amener ici où vous pouvez chercher votre salut dans la paix intérieure sans que rien ne trouble vos dévotions. Si vous êtes heureuse d’être ici, je ne suis pas moins contente de vous a voir auprès de moi. Augmentez ce bonheur par votre sage conduite, et vous attirerez à vous l’estime et l’approbation de tout le village. Il ne vous reste plus qu’une chose à faire qui me rendrait complètement satisfaite de vous et vous-même parfaitement heureuse, et c’est de songer d’établir sérieusement dans un bon mariage. C’est la direction que prennent toutes les filles. Vous êtes en âge de le faire et vous en avez besoin comme toutes les autres pour vous enlever les occasions de pécher et pour subvenir à vous besoins. Ce fut un plaisir pour votre beau-frère et moi de vous fournir comme nous l’avons fait jusqu’ici, mais vous savez qu’il se fait vieux et que nous sommes chargés d’une grande famille. Si par malheur il nous arrivait quelque chose, où trouveriez-vous de l’aide? Croyez-moi, ma sœur, mettez-vous à l’abri des malheurs et de la pauvreté, pour le bien de votre âme et de votre corps. Tâchez d’éviter le malheur pendant que vous en êtes capable, pour vous et pour toute votre famille qui le désire. »
Catherine fut étrangement surprise par le discours de sa sœur auquel elle ne s’attendait nullement. Parce que Catherine était très honnête et qu’elle avait beaucoup de respect pour sa sœur, elle ne laissa pas paraître la douleur qu’elle avait sentie. Elle l’a même remerciée pour ses bons conseils. Elle ajouta que l’affaire était si grande importance qu’elle voulait y réfléchir plus longuement.
Cette vierge courageuse n’était pas offensée, mais elle éluda cette première tentative et vint aussitôt me trouver pour se plaindre doucement de sa sœur et me raconter toute l’histoire. Alors, je lui ai dit: « Catherine, vous êtes la juge dans cette matière. L’affaire dépend uniquement de vous et pensez-y bien car ça concerne un grand moment. » Elle me répondit sur-le-champ et sans hésiter: « Ah, mon Père! Je ne vais pas me marier. Je hais les hommes et j’ai la dernière aversion pour le mariage. La chose ne m’est pas possible. » Pour la sonder et l’éprouver davantage, je poursuivis avec les raisons fortes que sa sœur lui a données. Elle m’a rassuré avec de la grande fermeté de sa réponse. Elle disait: « La pauvreté dont je suis menacée ne m’effraie pas. Si peu est le besoin pour donner aux nécessités de cette vie misérable que mon travail peut me les fournir, et je trouverai toujours quelques chiffons pour me couvrir. » Alors, elle retourna à sa cabane, mais je lui assurai qu’elle faisait bien. Catherine ne m’avait pas tout révélé de cette conversion. Dans son esprit, elle avait déjà pris son parti. Nous pouvions dire qu’elle était déjà parfaite dans son présent état, mais elle n’était pas contente car sa passion prédominante était de chercher toujours ce qu’il y avait de plus excellent dans notre sainte religion et qui pouvait la rendre plus agréable à Dieu. Elle savait au fond de son cœur qu’il y avait quelque chose au-dessus de la vie commune du Sault.
Elle a même appris, je ne sais comment, qu’il y avait quelques personnes qui faisaient des pénitences extraordinaires. Elle dit à sa compagne que les missionnaires le lui avaient caché. Elle avait quelques connaissances des Conseils évangéliques et elle avait un bon exemple de leurs pratiques chez les Sœurs religieuses hospitalières de Saint-Joseph. En 1678, Catherine s’est rendue à Montréal où elle a vu des saintes vierges dans un hôpital, qui veillaient sur les malades avec une charité admirable et avec modestie. C’est après avoir sûrement considéré toutes ces choses que Catherine et sa compagne avaient conclus de ne jamais se marier. Catherine avait voué à Dieu sa virginité et l’autre son veuvage perpétuel. Elles ont gardé cette décision secrète et ont décidé de ne jamais en parler, à moins d’une absolue nécessité.
Lorsqu’elle fut de retour à la cabane, sa sœur la pressa encore avec ces paroles: « Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit dernièrement? » Elle répondit: « Je l’aie fait! Et si vous voulez conserver mon respect et que je vous aime comme ma sœur, ne me parlez plus comme ça. » Cette chaste fille voulait faire taire et mettre fin à ses demandes ennuyantes, alors elle déclara qu’elle renonçait au mariage et lui demanda de la laisser vivre comme elle en était. Pour le reste, elle avait assez de vêtements pour vivre longtemps et elle travaillerait pour se nourrir, de telle sorte qu’elle ne serait pas une charge pour sa sœur, ni pour personne au village. La sœur de Catherine a été profondément secouée par cette réponse et lui a répondu: « Ma sœur, d’où vous viens une résolution si étrange? Avez-vous bien réfléchi à ce que vous faisiez? Avez-vous déjà entendu une chose semblable parmi les filles Iroquoises? D’où vous vient cette étrange idée? Ne voyez-vous pas que vous exposez à la décision des hommes et aux tentations du démon? Comment pensez-vous pouvoir accomplir ce qu’aucune fille parmi nous n’a pu encore faire? Oubliez ces pensés ma chère sœur, ne vous fiez pas à vos propres forces, mais la coutume des autres filles. » Alors à tout cela Catherine répondit, sans s’émouvoir, qu’elle ne craignait pas les railleries des hommes puis qu’elle ne faisait rien de mal. Elle espérait que Dieu lui donnerait la force nécessaire pour surmonter toutes les tentations du démon qu’elle était menacée. Parce que sa résolution a été prise, elle pria encore une autre fois sa sœur de ne pas lui en parler davantage.
Il est vrai qu’elle n’osa pas en reparler à Catherine, mais elle se confia à Anastasie qui leur tenait lieu de mère à toutes les deux. Elle avait présenté ses arguments pour avoir Anastasie de son côté. La chose paraissait d’autant plus étrange qu’elle était sans précédant et pour cela même apparaissait difficile et presque moralement impossible pour Catherine.
Ce qui est certain, c’est que plusieurs personnes de son genre et de son âge, qui ont tâché de l’imiter après sa mort, ont rencontré des difficultés. Elles avouent ne pas avoir eu la force de surmonter la tentation. Le mieux qu’elles ont pu faire, c’est d’être demeurées veuves, malgré qu’elles étaient encore assez jeunes, et de renoncer à un seconde mariage, pour avoir au moins une petite part de la couronne de Catherine.
Anastasie était une femme sage et elle pesait toutes ces raisons. Elle craignait que Catherine n’ait pris un peu trop légèrement, et avec trop de précipitation, une telle résolution et qu’elle devrait s’en repentir par la suite. C’est pourquoi elle fit de son côté tout ce qu’elle put pour l’en détourner, mais elle n’y gagna rien de plus que l’autre. Et parce qu’elle la pressait avec une telle insistance, Catherine lui dit, d’un ton plus ferme qu’à l’habitude, que si elle estimait tant le mariage, elle pouvait se marier, mais qu’elle-même ne voulait rien entendre à ce sujet et qu’aucun homme au monde ne représenterait jamais rien pour elle.
Elles se séparèrent et toutes deux vinrent aussitôt me trouver, Anastasie pour se plaindre de sa fille et Catherine, de sa mère. La plus jeune vint la première me raconter les peines que lui causaient sa mère et sa sœur pour l’obliger à se marier et qu’elle ne pouvait se résoudre à leur obéir. Pour la tirer de cette peine et régler l’affaire, je lui conseillai de prendre trois jours encore pour y penser et de dire pendant ce temps, des prières avec ferveur pour recommander son trouble à Notre-Seigneur. Je lui ai dit aussi que je me joindrais à elle en prière et qu’elle devait s’attacher à ce que Dieu lui inspirait après trois jours. Je lui ai aussi rappelé qu’elle était maîtresse de sa personne et que dans cette sorte d’affaire il lui revenait à elle seule de prendre une décision qui restera toujours avec elle. Catherine accepta cet expédient, mais le Saint-Esprit la pressait si fort que moins d’un quart d’heure plus tard elle revenait pour me chercher.
Je fus surpris de la voir revenir un moment après avec un air tout embrasé pour me dire qu’elle ne pouvait plus vivre dans l’indécision concernant un choix qu’elle avait fait déjà depuis longtemps. Elle disait en s’approchant: « C’est établi! Ce n’est pas une matière à considérer et mon parti est pris depuis longtemps. Non, mon Père! Je ne puis avoir d’autre époux que Jésus-Christ. Je m’estime heureuse de vivre dans la pauvreté et la misère pour son amour. » J’avoue ici de bonne foi que je ne voulais rien dire à Catherine pour l’influencer dans cette affaire, parce que chez les Indigènes il y avait tant de choses opposées à cela. Je préférais laisser agir Dieu directement avec sa servante, que l’affaire réussisse et que son inspiration vienne de Dieu. C’était évident pour moi, par ses dernières paroles, que Dieu parlait par la bouche de Catherine et que c’était lui-même qui lui avait inspiré un dessein si héroïque.
Je me mis enfin de son côté, je louai sa résolution et je l’encourageai à persévérer avec la même ferveur avec laquelle elle l’avait entreprise. Je lui assurai et également que je la soutiendrais contre quiconque, et que ni moi ni les autres missionnaires ne l’abandonnerions jamais, ni ne la laisserions manquer de rien.
Je peux assurer ici qu’avec ces paroles je tirai l’âme de Catherine d’un étrange purgatoire. Au contraire, je la mis dans une espèce de Paradis, car dès ce moment elle entra véritablement dans la joie du Seigneur. Elle commença à goûter, au fond de son âme, à une paix, un repos et un contentement si grand que son extérieur même en parut tout changé. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que cette paix dura jusqu’au dernier soupir de sa vie, sans que rien ne puisse l’altéra depuis ce temps-là. C’était là une marque évidente que l’esprit de Dieu la possédait. Elle me remercia en des termes chaleureux, puis elle se retira comme la personne du monde la plus contente. Moi j’étais rempli d’admiration, de vénération et d’une joie extraordinaire pour elle, parce qu’il s’agissait d’un acte si héroïque et qu’elle avait le courage de le faire. La bonté divine préparait dans cette première vierge Iroquoise un si beau modèle de sainteté sur cette terre et une puissante avocate au Ciel.
Elle venait tout juste de me quitter, lorsque Anastasie vint me trouver pour se plaindre en me disant que Catherine ne voulait pas entendre parler de se marier alors qu’elle était âge de le faire. Je lui répondis froidement que je m’étonnais de constater qu’elle tourmentait Catherine sur une chose qui méritait tant de louange, et de voir comment en tant qu’ancienne chrétienne elle pouvait ne pas ouvrir les yeux pour voir la beauté et le mérite d’une résolution si sainte. Je lui dis aussi que même si elle n’était pas d’accord avec Catherine elle devait, si elle avait la foi, l’estimer encore plus davantage et s’estimer heureuse et honorée que Dieu ait choisi dans sa cabane une jeune fille pour lever l’étendard de la virginité parmi les Indigènes et pour leur enseigner cet état sublime qui fait les hommes en anges dans le Ciel.
On ne pouvait voir un changement plus subit. Anastasie revint comme d’un profond sommeil et se blâma pour sa conduite. Anastasie avait un grand fond de piété et elle admirait Catherine, la louait, l’encourageait et la regardait déjà comme une sainte. Après cela, Anastasie fut toujours prête à l’appuyer dans sa vie elle avait choisi comme la meilleure part. Elle fit davantage car elle inspira les mêmes sentiments à la sœur de Catherine et toutes les deux la considéraient avec plus de respect et avec une espèce de vénération. Elles la laissèrent en paix et dans une entière liberté de faire à l’avenir tout ce qu’elle voudrait. C’est ainsi que Notre-Seigneur fit tourner toute cette persécution à sa gloire et au bien de sa servante, pour faire savoir évidemment que lui seul était l’auteur de cette résolution sans précédente chez les filles Indigènes.
Chapitre 12
Catherine était délivrée de toutes ces appréhensions et elle pouvait maintenant faire tout ce qu’elle jugerait à propos, sans être troublée par personne. Elle pensait seulement à remercier Notre-Seigneur de toutes les grâces qu’il lui faisait et à répondre à ces grâces avec reconnaissance et avec un amour réciproque.
Sa compagne, à qui elle ne manqua pas de raconter toute l’affaire, la fortifia et la seconda de son côté. Marie Thérèse tâchait toujours de tirer profit des bons sentiments lui communiquait Catherine et de la belle exemple qu’elle avait devant les yeux qui était Catherine. Elle se disait souvent à elle-même: « Hé quoi! » Et elle disait: « Si une fille innocente se comporte ainsi, que ne doit pas alors faire une pécheresse comme moi? » Ainsi, la ferveur de Catherine allumait le feu divin d’amour dans le cœur de Marie Thérèse qui était une grande aide pour la ferveur de Catherine.
Elle continua tous les exercices de piété dont nous avons déjà parlé. Elle les fortifia par une ferveur de réception des sacrements qui était pour elle une source de grâce, en raison des saintes dispositions qu’elle y apportait. Elle recommença, même si elle était infirme, à châtier son corps par un travail continuel, par les veilles, par les jeûnes et par toutes sortes d’austérités dont elle pouvait s’aviser en cachette, avec seulement sa compagne comme témoin qui se joignait à elle dans ses exercices de piété.
Ayant passée tout l’été de la sorte, on lui proposa d’aller dans les bois durant l’hiver, mais elle ne voulait rien entendre. Elle ne voulait rien savoir et elle protesta que de sa vie elle n’y retournerait jamais. Nous avons dit déjà qu’elle avait pris cette résolution à la suite de la peine qu’elle avait ressentie l’hiver précédent de se voir éloignée de la chapelle et des saints sacrements, et aussi d’être privée de tous les secours spirituels qu’elle pouvait avoir au village.
Je voulais qu’elle vienne à la chasse pour rétablir un peu sa santé puisqu’elle ne manquerait pas de bonne nourriture dont elle avait besoin et qu’elle ne trouvait pas au village. Elle courait le risque de souffrir si elle restait au village, faute de nourriture et par ce que l’hiver est long et que pendant l’hiver ils subsistaient seulement par le blé d’inde. Catherine riait de tout et un moment après prit un air dévot qu’à l’ordinaire quand elle vient me communiquer ses désirs spirituels. Elle me fit cette réponse digne de Catherine : « Ah, mon Père! Il est vrai que le corps réussi bien dans les bois, mais l’âme s’y languit et meurt de faim. Tandis que dans le village, le corps souffre un peu pour n’être pas si bien nourri, mais l’âme trouve son entière satisfaction en étant plus près de Notre-Seigneur. Pour cela j’ai abandonné ce misérable corps à la faim et à d’autres misères pour que mon âme puisse être contente et qu’elle ait sa nourriture habituelle. » Elle resta donc au village pendant tout l’hiver et trouva qu’elle avait si avidement voulue, c’est-à-dire des croix pour la chair et toutes les douceurs du Ciel pour son esprit. Elle se procura généreusement celles-là selon sa coutume. Notre-Seigneur avait promis de rassasier-ceux qui avaient faim et soif de la justice. Il lui accorda celles-ci avec une égale profusion.
Cet esprit qui régnait en cette année 1678, unit toutes ces femmes qui étaient treize en nombre dont Catherine parmi elles. Elles avaient comme but l’atteinte de la plus haute condition de perfection. Elles se rassemblèrent et l’une d’entre elles fit une brève exhortation ou elles disaient leurs fautes et incitaient la vertu entre eux. Elles s’appelaient les Sœurs de Catherine et comme les Dames de la miséricorde en France, elles avaient comme devoir de faire la charité à leurs voisins en soignant les pauvres et malades. Elles portaient des charges de bois pour eux en secret pendant la soirée, elles prenaient soin des malades et elles leur apportaient l’aumône et d’autres choses dont ils avaient besoin. La pauvreté n’était pas un fléau de la mission, mais elle punissait de temps en temps et cette pauvreté suive les Indigènes partout.
Pour atteindre leur but, elles pratiquaient la mortification et s’opposaient aux plaisirs de la chair, qu’elles traitaient comme l’amorce du démon. Elles disaient que les Pères, qui voulaient qu’elles abandonnent la ceinture de pénitence et la discipline, ne savaient pas comment elles étaient accablées par le péché avant d’être instruite à vivre correctement. Elles se soutenaient mutuellement dans les champs et elles étaient toujours occupées à porter des charges de bois ou à faire des colliers en porcelaine, à planter, à filer, à coudre, à faire des poches et d’autres ouvrages. Après la mort de Catherine, l’une d’entre elles qui venait d’Onondaga, Marie Attontinon, avait prononcé ses vœux de Sœur à la Congrégation de Notre-Dame, à Montréal.
La mission du Sault, comme nous l’avons dit, était alors dans une grande ferveur sous la conduite de ses saintes missionnaires. C’était une église naissante qui possédait des grâces extraordinaires et la sainteté qui y régnait était digne de la première église.
Les Iroquois étaient fortement attachés à l’église. Ces ardents et braves convertis concevaient un tel chagrin et une si grande honte de leurs anciens péchés que, bien qu’ils aient été effacés par le baptême, ils faisaient encore de rigoureuses pénitences. Certains réprimandaient leur corps plusieurs fois dans la semaine jusqu’à ce qu’il saigne. Aussi, ils transportaient des charges de bois des jours entiers avec des ceintures de fer autour du corps. Joseph Togoniron qui était le fameux chef du Sault et renommé dans ce pays pour sa bravoure sous le nom du Grand Agnier, en portait une tous les vendredis et à toutes les grandes fêtes. Paul Honoguenhag, un Huron nommé chef pour l’observance du christianisme et de la religion, et aussi le premier catéchiste de la mission, faisait autant de pénitences. Un autre catéchiste Huron nommé Étienne était d’une vertu si austère qu’il donnait de la dévotion seulement à le voir prier. Voilà qui étaient ces hommes.
Les femmes n’étaient pas dernières leur mari dans l’ardeur dont elles faisaient preuve dans leurs pénitences. Elles se sont rendues à l’extrême, tant et si bien que cela est venu à notre connaissance nous avons été obligés de modérer leur zèle. J’ai vu Marie d’Onondaga se rouler et se dévêtir dans la neige, trois nuits de suite, dans les plus grands froids, pour se réparer de ses péchés du passé. Une autre, dans un froid semblable accompagné d’une tempête de neige si grande qu’on ne pouvait voir à deux pas devant nous ou sans même pouvoir se tenir débout, mais elle se tenait debout dépouillée de ses vêtements jusqu’à la taille, sur le bord de la rivière en récitant le chapelet dans cette posture. Il faut savoir que dans la langue des Indigènes le Je vous salue Marie est deux fois plus long que dans la nôtre.
D’autres allaient encore plus loin. Après avoir rompu la glace avec leurs haches, elles se plongeaient jusqu’au cou dans les étangs et dans les rivières, au plus fort de l’hiver, et elles avaient le courage de réciter plusieurs dizaines de chapelet dans cet effroyable tourment, d’où elles sortaient avec une chemise de glace autour du corps.
Marie Thérèse Tegaiaguenta alla à la rivière dans une nuit très froide pendant que les autres, fatigués d’une longue chasse, étaient dans un profond sommeil. Elle brisa la glace et garda son corps immergé dans l’eau pendant qu’elle récitait le chapelet entier de la Bienheureuse Marie. Quand cette femme courageuse sortit de l’eau, elle passa le reste de la nuit sur sa natte avec ses vêtements glacés. C’était une nouvelle pénitence, de rester plus longue en quoi qu’elle faisait qui c’était une pénitence plus dure. Elle fit de même la nuit d’après et la suivante dans la même manière. Sa chair était devenue si faible qu’elle ne pouvait plus supporter la vigueur de son esprit. Elle a reçu une fièvre si violente qu’elle faillit presque mourir.
Anne dont la vertu était égale à celle de son mari, le bon chrétien Étienne, ne se contenta pas de se plonger dans une rivière glacée, mais elle y plongea aussi sa petite fille Marie âgée de seulement trois ans et elle l’en retira à demi-morte. Je l’ai blâmée de cette action plus tard et je lui demandé quel motif l’avait poussée à cette extrémité. Elle me répondit simplement, et en toute bonne foi, qu’elle avait fait à son enfant de faire pénitence à l’avance, de crainte que lorsqu’elle serait grande, elle en vienne à se relâcher et à tomber dans le péché.
J’étais en charge de la plupart de ces personnes, mais tout cela se passait pour l’ordinaire dans les bois où ces chrétiens croyaient que tout leur était permis. La femme qui se plongea dans la glace trois nuits consécutives n’avait pas coutume d’aller à la chasse et elle y alla cette fois-là parce que je ne lui permettais pas de faire ce qu’elle voulait au village. Elle se disait en elle-même: « Au moins serais-je la maîtresse de mon corps dans les bois. » Elle-même me l’avoua lorsqu’on me la ramena ici plus morte que vive. Tout ce que nous pouvions faire dans ces situations, c’était de les empêcher de répéter ces excès, que la bonne intention et l’absence de jugement de ces nouveaux chrétiens rendaient excusables.
J’avoue que ces excès ne sont pas toujours une marque assurée de sainteté parce que de la vanité et de l’amour-propre vont glisser avec eux. Cependant, nous avons raison de croire que pour ces chrétiens, ils s’agissait d’une marque véritable, parce qu’ils ont persévérés pour le reste de leur vie. Ils vivaient dans une grande innocence, dans l’union et dans la charité, particulièrement à l’égard des pauvres et des malades. Ils ne se contentaient pas de travailler pour leur salut, mais faisaient aussi preuve de zèle pour le salut de leurs compatriotes qui venaient au Sault pour les visiter ou y demeurer avec eux. On les voyait s’instruire tout le jour et même la nuit, parce que ces nouveaux arrivants ne passaient pas tout d’un coup d’un extrême à l’autre. Ils ont apporté eux une sorte de conduit, dont le moindre désordre qu’ils ont causé sèmerait la consternation dans tout le village. Pour prévenir cela, des hommes et des femmes de la Sainte Famille faisaient la ronde des nuits entières autour des cabanes et consacraient volontiers leur sommeil pour empêcher que Dieu ne fût offensé.
Ces fervents Indigènes étendaient même leur zèle au-delà de la Grande Rivière et jusqu’à Montréal. Dans ce temps-là, plusieurs d’entre eux descendaient des Outaouacs pour faire leur traite à Montréal. Les Indigènes continuaient de s’y rendre pour profiter de la traite générale. Le Grand Agnier et Kinnouskouen, un catéchiste Agnier et un ancien du Sault, avaient plus d’intérêt dans les choses de Dieu que pour leurs propres affaires. Ils firent une action digne d’une éternelle mémoire. Tout le monde sait que ces temps de traite sont des temps d’ivrognerie et d’impureté. Ces deux chrétiens se servirent donc de toute leur influence sur les Indigènes et rassemblèrent toutes les filles et les femmes dans un lieu séparé comme un camp et passaient toute la nuit à garder ce camp pour les empêcher de sortir et les hommes d’y entrer.
Ils avaient avec eux le bon Étienne dont nous avons parlé et ils allèrent ensemble dans le village des Agniers pour prêcher l’évangile. Pendant qu’ils étaient là, ils ont prêchaient toute la journée dans les maisons longues, sans prendre de repos, et pendant la nuit ils recevaient ceux qui venaient pour discuter de leurs difficultés. Ils faisaient tout cela dans le temps des ivrogneries, faisant triompher la foi. Ils avaient prêché avec la tête levée, sans craindre d’être tués par les ivrognes. Ce zèle ne fut pas vain, car Dieu donna sa bénédiction à leurs travaux et ils y firent de grands fruits à notre religion.
Martin Skandegonrhaksen, un très proche parent du Grand Agnier, avait prêché la foie dans le pays des Agniers avec les autres. Il prêchait l’évangile ouvertement dans le village parmi les anciens. L’esprit de la prière lui avait donné l’habitude de porter le chapelet autour de sa tête. Le Grand Agnier profita de ses paroles mourantes pendant le restant de sa vie. Martin mourut en 1675, à l’age de vingt ans, soit deux ans après son baptême.
À l’été 1677, le Père Bruyas qui demeurait dans ces villages fut si édifié, consolé et aidé de ces trois Indigènes qu’il écrivit une lettre de louanges pour eux. Il supplia le missionnaire du Sault d’envoyer de temps en temps des aides semblables parce que cela était digne pour lui et tels étaient les premiers chrétiens de la mission du Sault.
Si les nations européennes, avec leur commerce maudite de boissons, leur conduite licencieuse et le libre usage des armes à feu dans la guerre qui suivra, ne ruinaient pas les travaux des missionnaires nous aurions de belles églises dans ce pays. Cependant, grâce à Dieu nous avions parmi nous un grand nombre d’Indigènes qui conservaient depuis des années dans l’innocence et dans la ferveur. Tant de grandes et belles actions méritaient d’être louées de tout le monde, mais ceux qui les faisaient, et qui avaient autant d’humilité et de ferveur, savaient si bien cacher leurs mortifications aux missionnaires près, que personnes n’en avait connaissance. Cependant, comme la vertu se produit par elle-même, plusieurs s’en doutaient dans le village et Catherine fut de ce nombre. Elle avait l’esprit avide et pénétrant, si bien qu’elle se douta qu’il y avait quelque chose au-dessus cette piété extraordinaire au Sault qui se cachait dans la vie de ces fervents chrétiens et qui était la source ou le soutien de leur vertu. Enfin, elle avait atteint un si haut degré de vertu, qu’elle découvrit une partie et devina l’autre.
Quelque chose toute faite importante est arrivé à Catherine depuis peu que le Père Chauchetière ne pouvait que s’émerveiller assez pendant qu’elle se châtiait comme à l’habitude, avec une ardeur admirable, dans un endroit très obscure. Elle se trouva entourer d’une si grande lumière comme si nous étions en plein midi. Bien que cela dura comme le temps d’une averse de coups de fouet, soit en parlant de son châtiment, parce qu’elle se châtia plusieurs fois. Comme si je pouvais juger de qu’elle m’avait dit, que cette lumière dura le temps de deux ou trois répétitions d’un bon Miséréré, c’est-à-dire le Psaume cinquante et un. Nous n’avions aucune raison de croire qu’il y s’agissait là d’une illusion dans tout cela, puisque Catherine est très humble et tout à fait étrangère à la tromperie.
Nous avons toutes les raisons de croire que c’était une grâce que Notre-Seigneur voulait accorder à sa fidèle servante qui était entièrement à lui. Elle l’avait servi avec une innocence et une ferveur qui était capable de ravir les anges. Pour la satisfaire, je fus obligé de lui donner une discipline et une petite ceinture de fer dont elle se servit depuis ce temps là pour mettre fin à sa soif extrême qu’elle avait de souffrances. Si je l’avais laissée à elle-même dans cette matière elle aurait surpassé tous les autres. Elle s’était châtiée impitoyablement, mais ses forces n’égalaient presque pas son courage. Il fut donc nécessaire de la modérer pour qu’elle ne s’épuise. Mais malgré toutes les précautions que je prenais, il lui arrivait de m’échapper parfois, comme cela était arrivé ce même hiver, à la fête de la Purification, soit le jeudi 2 février 1679. Pour imiter les saintes cérémonies de l’Église comme voulait la coutume de la procession de ce jour et pour donner à Notre-Dame une preuve de l’amour, elle fit le tour de son champ, d’une assez grande étendue, en récitant plusieurs fois son chapelet, enfoncée dans la neige jusqu’à la taille.
Avec son grand et glorieux titre de vierge, Catherine était plus bénie que les autres. Elle a atteint un rang plus élevé parmi les Indigènes et tous ceux qui ont embrassé la foi au nord de la France, parce qu’elle était la première du Nouveau-Monde à consacra sa virginité à Notre-Seigneur, par une particulière inspiration du Saint-Esprit. Catherine avait embrassé cette condition parfaite et sublime dans un pur choix et ardent désir de plaire à Dieu. Le Fils de Dieu a parlé de la vertu et du mérite le comparant à celui des anges dans le Ciel: « Car à la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, amis ils seront comme les anges de Dieu dans le Ciel. » Matthieu 22:30.
Chapitre 13
Entre les Pères de l’Église se disputaient avec une sainte émulation pour savoir laquelle des vertus de Notre-Dame l’a rendue plus agréable aux yeux de Dieu et digne d’être sa Mère. Il y en a qui pensent avec raison que c’est sa virginité. Ils pensaient que le fait d’être la plus grande parmi toutes les pures créatures, par une vœu exprès a levé le divin étendard de la virginité dans le monde et Notre-Dame a dépassé toute la grâce, toute la perfection et toute la sainteté de tous les autres saints réunis. Je dis de même pour l’action si héroïque que cette jeune vierge a accomplie en suivant l’exemple de la Reine des vierges.
Catherine avait une diligence et un esprit de discernement qui lui permettaient de découvrir toutes les façons de