« La vie de la Bonne Catherine Tekakwitha, dite à présent la Sainte Catherine Tekakwitha » par le Père Claude Chauchetière, S.J. (1695) |
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Catherine TekakwithaClaude Chauchetière, S.J.
Chapitre 1 L’honneur et le respect que je dois à la mémoire du Père Jean de Brébeuf et des autres Pères Jésuites, qui ont commencé les missions Iroquoises, m’ont obligé de rompre un silence de cinq années que j’ai gardé sur ce qui s’est passé à la mort et après l’enterrement de celle dont j’écris la vie. Les raisons pressantes de me taire étaient le peu de disposition que je voyais dans l’esprit des Français à croire de si grandes merveilles. Je me suis peut-être trop laissé guidé par mes sentiments, si bien que j’ai eu beaucoup de peine à croire ce que je voyais tous les jours devant mes yeux, ou pour avoir cru quelques Français qui doutaient qu’il y ait de la foi parmi les Indigènes. La principale raison fut que le Père supérieur de la Nouvelle-France à Québec avait de la difficulté à croire ce qui était écrit dans le petit cahier que j’avais préparé durant l’année 1680. Ceci était un compte-rendu exact pour découvrir ce qui était de Dieu et ce qui ne l’était pas. Les raisons qui m’ont poussé à parler étaient une inclination puissante et une inspiration très forte à faire la lumière. Je ne pouvais pas demeurer plus longtemps dans l’ombre et le silence. La vérité méritait d’être révélée par toute la terre, que Dieu a publiée le premier par les marques ordinaires dont il se sert pour faire connaître aux vivantes le mérite et la gloire des défunts. Je veux dire les guérisons des malades, les révélations, les visions, les approbations publiques au cours des années et tous les témoignages que nous retrouvons dans le processus pour la canonisation des saints, qui se trouvent aujourd’hui recueillis dans Catherine Tekakwitha. Une des raisons était de ne pas priver les missionnaires de la récompense que Dieu donnait à leurs travaux, en faisant paraître extraordinaire la vertu et le christianisme parmi les Indigènes qui ont été si souvent attaqués par des langues médisantes. C’est pourquoi j’ai entrepris quelques ouvrages particuliers comme celui de « La Narration annuelle de la fondation de la mission du Sault » qui est en deux cahiers et qui concerne la persévérance des Indigènes qui ont donné leur vie pour la foi. Pour accorder ces deux sentiments contraires, j’ai résolu de prendre le milieu chemin qui m’a été révélé par l’intention de Catherine Tekakwitha, celui de faire des peintures pour l’instruction des Indigènes et de m’en servir pour exhorter ceux qu’elle voulait attirer au Ciel après elle. En même temps, j’ai écrit des journaux qui servirent à ma propre conduite. Je mis donc la main à l’œuvre avec des peines incroyables, ayant parfois envie de tout quitter, mais ayant tout abandonné, il m’en venait des scrupules étranges qui m’empêchaient d’avoir l’esprit en paix. Je ne trouvais la paix qu’en obéissant à ce que Catherine Tekakwitha me demandait. La première peinture que j’entrepris représentait une copie des « Peines de l’enfer » qui m’avait été envoyée par le Père François de Belmont. Cette peinture plut beaucoup aux Indigènes et les missionnaires m’en demandèrent une copie. Comme cette peinture sembla approuvée par tous, cela me donna le courage d’entreprendre le portrait de Catherine Tekakwitha qui était l’unique peinture que je voulais réalisée pour accomplir ce qui m’avait été si fortement inspiré, pour ma consolation et celle des autres. J’entrepris moi-même ce portrait un an après sa mort, voyant que je n’avais pas d’autre personne à qui m’adresser pour le faire. J’avais peint certaines images que plusieurs avaient entre les mains dans des feuillets, mais elles étaient trop petites pour être vues de loin si on les exposait dans un grand lieu. Et si on les mettait dans les cabanes, elles seraient aussitôt tachées par la fumée. Je me suis donc résolu à peindre cette grande image qui est encore à présent dans l’église de Saint-François-Xavier et qui serve pour enseigner la vie et les mœurs de Catherine Tekakwitha. Elle fut placée à côté de la peinture « Les quatre fins de l’homme » et des peintures morales du Père Michel de Nobletz. Pour faciliter l’explication de ce grand tableau, j’écrivis un petit livre qui présentait toutes les actions de Catherine Tekakwitha, qui sont peintes des guérisons des malades et les dévotions qui se sont faites sur son tombeau. En 1682, on commença à instruire par les peintures qui plurent beaucoup aux Indigènes. Ces merveilles ne pouvaient durer plus longtemps sans éclater premièrement à La-Prairie-de-la-Madeleine et ensuite à la mission de Lachine. Il n’était pas dans mon intention de représenter Catherine parmi les Français. J’étais alors aussi curé de La Prairie et j’avais laissé dans un tome de la « Vie des saints » un petit recueil des principales actions des plus grandes édifications de ceux qui ont marqué ma vie. Le Père Bruyas a ouvert ce livre pour le lire et y trouvé quelques vies des saints qu’il a put faire connaître aux Indigènes dans son sermon. René Cuillèrier était venu ce jour-là entendre la messe au Sault et ne voulut pas s’en retourner sans avoir salué le Père. Cette politesse a donné au Père l’occasion de lui parler de ce recueil. Tous deux admirèrent l’esprit de Dieu qui avait guidé Catherine Tekakwitha tout au long de sa vie et bénirent sa divine bonté de leur avoir fait connaître une si grande merveille. Alors, depuis ce temps on commença à invoquer le nom de Catherine Tekakwitha à Lachine comme on le faisait depuis plus d’un an à La-Prairie-de-la-Madeleine. Les guérisons qui sont survenues après avoir invoqué le nom Catherine Tekakwitha et le désir des Français de connaître sa vertu donnèrent lieu à un récit plus long et plus clair de ce que Catherine Tekakwitha avait fait. Il y avait près d’un an que nous avions mené les enquêtes et les interrogatoires auprès de nombreuses personnes afin de bien vérifier ce s’est dit de cette fille si vertueuse. Les témoins qui ont été interrogés sont: celle qui l’instruisant, sa compagne, sa sœur avec qui elle a passé un hiver dans les bois et les missionnaires, surtout son directeur spirituel, le Père Pierre Cholenec. Les Français de La Prairie ont vu une partie de ce qui avait été écrit sur elle. Ces témoignages et ceux de plusieurs autres ont rendu crédibles les actions qu’elle fit pendant son séjour de deux ans au Sault. Le Père de Lamberville, qui la baptisa parmi les Agniers, écrivit aux Pères qui étaient à la mission la manière dont Catherine Tekakwitha s’était comportée avant et après son baptême, pendant le temps qu’il la connut. On tira de ces lettres de quoi composer sa vie pendant qu’elle demeurait chez les Iroquois. Enfin, une chose incroyable et sans précédant demande un témoignage plus grand que celui des hommes. Nous en avons un qui dure depuis quinze ans et qui a commencé à sa mort, après qu’elle eut reçu les sacrements. Tout ce qu’elle a touché a opéré des guérisons, comme le crucifix que nous avons mis entre ses mains lorsqu’elle fut ensevelie, sa couverture, la terre de son tombeau, le plat dans lequel elle mangeait, tous ont rendu subitement la santé. Et l’invocation de son nom a délivré des personnes des tentations charnelles. En 1681, l’Évêque Monseigneur François Montmorency de Laval retourna à la mission, sa dernière visite remontait en 1676, et on lui parla des premières guérisons de Catherine Tekakwitha. Alors, l’évêque suivant Monseigneur Jean-Baptiste de Saint-Vallier donna ses respects sur son tombeau avec trois ecclésiastiques qui ont reconnu la vertu qu’elle avait d’aider les personnes qui l’invoquaient. Les communautés religieuses ont demandé des grâces à Dieu par son intercession. Les Français et les Indigènes continuent à l’honorer avec profit et avec la consolation pour leur âme et le soulagement de leurs corps. La France l’honore depuis quelques années en divers lieux et les missionnaires des îles d’Amérique l’ont aussi invoquée. Ce qui est plus admirable encore, c’est qu’il est arrivé souvent que plusieurs personnes aient eu la même pensée de l’invoquer sans avoir parlé de leurs pensées entre eux. Ils ont découvert que le même esprit les avait guidés quand leurs grâces leur ont été accordées. Une partie de sa louange est la vie exemplaire menée par les Sœurs de Catherine au Sault et qu’elles mènent encore aujourd’hui à la mission. Elles ont commencé à être connues après la mort de cette bonne servante de Dieu et mènent encore à présent. Certaines personnes l’ont vraiment imitée et sont mortes, comme si elles étaient prédestinées, et leur vie a été connue. Celles qui vivent encore se sanctifient en imitant Catherine Tekakwitha qui constitue pour elles l’exemple de la parfait chrétienne. On verra à leur mort le rapport de leur vie avec celle de Catherine Tekakwitha. Les hommes comme les femmes ont participé à cette imitation aussi bien que les femmes. Plusieurs filles sont allées au Ciel avec le précieux joyau de la virginité. Les visages des décédés n’ont rien d’effrayant et inspirent la dévotion. Enfin, le Père supérieur de Québec avait écrit le vendredi 17 avril 1693, soit le jour de l’anniversaire de la mort de Catherine, pour les vertus de cette fille et les guérisons qui ont suivi. Après cette prédiction, j’ai décidé d’écrire sa vie, pour moi et pour quelques-uns autres qui voudront connaître l’histoire de sa vie en avance et pour la glorifier dans le monde. Chapitre 2 Avant que Catherine Tekakwitha vint à la mission de Saint-François-Xavier-du-Sault, où les Iroquois professent le christianisme depuis vingt-cinq ou trente ans, Notre-Seigneur semblait déjà la place pour cette fille vertueuse. Il commença dès l’année 1667, lorsqu’il inspira au Père Pierre Rafeix d’aller à l’établissement déjà établi à La-Prairie-de-la-Madeleine. Il a crée à cet endroit une sorte de paroisse pour les Français et une mission pour les Indigènes. Alors, le Père Rafeix travaillé à faire une place de repose pour eux qui venaient des missions d’en haut. Quand la paix fut faite, quelques Indigènes sont venus du côté de Montréal pour la chasse et ces chasseurs ont fondé la mission. Ils passèrent l’hiver avec les Français et trois à quatre cabanes furent bâties pour les Indigènes. La mission est sortie de La Prairie pour s’installer sur un terrain une lieue et un quart plus haute parce que la terre n’était plus assez fertile pour leur plantation de blé d’inde qu’ils plantaient seulement. Les missionnaires se sont établis sur une terre concédée aux Jésuites que s’appelle le Sault-Saint-Louis ou le Sault-Saint-François, du nom de la mission. Dieu a pris sept années pour cultiver cette nouvelle église, l’ont voyait autant de chrétiens fervents que dans la première église. C’est à la mission que Dieu voulut me délivrer d’une grande affliction interne que j’avais depuis un an. En 1677, Dieu me fit la grâce de m’envoyer dans une si sainte mission, mais la grande grâce qu’il m’a donné est la relation que j’ai eue avec Catherine Tekakwitha. Trois ou quatre mois après mon arrivée, il y fit venir Tekakwitha du pays des Agniers où elle était née. Tekakwitha avait pour mère une bonne chrétienne Algonquine que les Iroquois ont capturée à Trois-Rivières pendant les guerres contre les Hurons et les Algonquins. La fortune de cette pauvre Algonquine capturée fut d’être mariée à un Iroquois, et de ce mariage entre cette chrétienne avec un païen naquit Tekakwitha. Sa mère, dont le nom de baptême m’est inconnu, eut aussi un garçon et demeura avec son mari et ses enfants à Gandaouague, un petit village du clan de la Tortue dans les Agniers qui est une des cinq nations Iroquoises. La petite vérole ravagea ce village et provoqua la mort de plusieurs enfants et adultes, ce qui obligea peut-être les Indigènes à faire la paix avec les Français. La mère de Tekakwitha mourut et laissa les deux enfants avec comme seul regret celui de les abandonner sans qu’ils aient été baptisés. Ils disaient qu’elle était une fervente chrétienne et qu’elle pria jusqu’à la mort et que peut-être sa prière a obtenu la grâce du baptême à sa fille et à nous la grâce de posséder une sainte. Le garçon mourut et il ne resta plus que Tekakwitha. On a cru qu’elle mourrait à l’âge de quatre ans parce qu’elle fut atteinte de la petite vérole, laquelle à succession de temps, a procuré à elle le bien de sa virginité. Son visage, qui était bien fait auparavant, fut ruiné par des cicatrices laissées par la petite vérole. Il s’en fallut de peu pour qu’elle ne perde la vue. Ses yeux furent si gâtés par ce mal qu’elle ne pouvait pas endurer une grande lumière, ce qui l’obligeait à se tenir toujours enveloppée dans sa couverture. Et c’est ce qui a favorisé son désire de demeurer inconnue. Elle remerciait souvent Notre-Seigneur de cette bonté, voyant comme une grâce cette incommodité, car si elle avait eu bonne mine, les jeunes auraient plus recherché et elle aurait fait comme les autres filles qui s’abandonnaient au péché. Cette fille n’a jamais rien fait en quoi nous pouvions dire qui aurait pu offenser Dieu, puisqu’elle commença dès l’âge de six ou sept ans à avoir une certaine pudeur naturelle, qui est la gardienne de la chasteté. La bonne nature qui était en elle et le soin sa mère avait pris de cette petite la fait croître en âge et en sagesse. Elle s’est considérée tout au long de sa vie comme une grande pécheresse, parce qu’il semblait qu’elle avait une tache sur son corps et qu’elle devait prendre soin de la cacher. Chapitre 3 L’inclination naturelle que les filles ont de vouloir bien paraître leur font estimer beaucoup ce qui peut orner le corps. C’est pour cela que les jeunes filles Indigènes de sept ou huit ans ont un très grand attachement pour la porcelaine. Les mères passent parfois bien du temps à peigner et à tresser les cheveux de leur fille en une simple tresse qui signifiait qu’elle n’était pas mariée. Elles veillent à ce que leurs oreilles soient bien percées et le font dès le berceau. Elles leur mettent de la peinture au visage et elles se couvrent toutes de porcelaines quand elles vont danser. Les parents qui prirent soin de Tekakwitha quand sa mère mourut décidèrent qu’elle devrait se marier tôt et encouragèrent toutes ces petites vanités, mais la petite Tekakwitha, qui n’était pas encore chrétienne parce qu’elle n’était pas baptisée, avait une indifférence naturelle pour toutes ces choses. C’était un petit arbre sans fleurs et sans fruits, mais ce petit olivier sauvage grandissait si bien qu’il fournirait un jour de beaux fruits. Elle était couverte des ténèbres de la gentilité, mais c’était un Ciel en effet car elle était très éloignée de la corruption. Elle était douce, patiente, chaste et innocente et une enfant sage. C’est le témoignage qu’en ont donné ceux qui l’ont connue dès son jeune âge. Ils ont prononcé ces paroles pour faire en peu de mots la belle louange de Tekakwitha. Quand une personne lui demanda comment elle avait vécu chez les Iroquois depuis qu’elles s’étaient vues, c’est-à-dire depuis l’âge de sept ou huit ans, jusqu’à ce que Dieu l’emmène à la mission, Tekakwitha répondit qu’elle vécu comme avant qu’ils ne partent. La personne qui l’interrogea était son institutrice au Sault pendant deux ans. Elle connaissait Tekakwitha et sa mère dans leur pays. Cette bonne chrétienne, nommée Anastasie Tegonhatsihongo, dit que Tekakwitha n’avait alors aucun défaut au moment où elle l’a connue. L’occupation de Tekakwitha était de porter des charges de bois pour le mettre dans le feu quand sa tante le lui demandait et d’aller chercher de l’eau quand ceux dans la maison longue en avaient besoin. Quand ils n’avaient besoin de rien, elle se divertissait avec ses petits bijoux, je veux dire qu’elle s’habillait à la façon des jeunes filles de son âge pour passer le temps seulement. Elle mettait à son cou des colliers de porcelaine, des bracelets de porcelaine à ses bras, des bagues à ses doigts et des ornements dans ses oreilles. Elle portait des ceintures bien larges et bien belles qu’on appelait des colliers de porcelaine. Elle faisait des rubans et des bandes comme les Indigènes font avec des peaux d’anguilles qu’ils colorent de rouge et qu’ils rendent fort propres pour attacher leurs cheveux. C’est pour cela qu’elle pleurait tant vingt ans plus tard et qu’elle faisait de rudes disciplines pour châtier son corps qu’elle avait aimé, disait-elle, plus qu’elle ne devait. Tandis que Tekakwitha vivait de la sorte dans une enfance fort innocente, Dieu se préparait à aller la chercher. La paix se fit entre les Indigènes et les Français et plusieurs missionnaires Jésuites, les Pères Jacques Bruyas, Jacques Frémin et Jean Pierron furent envoyés chez ces Indigènes pour y prêcher la foi. Les Pères arrivèrent dans le village des Iroquois en 1667, dans un temps d’ivrognerie. Ainsi, comme ils n’étaient pas en état de les recevoir au grand village de Tionnontoguen comme prévu, ils s’arrêtèrent dans le village de Gandaouague où Tekakwitha demeurait. L’oncle de Tekakwitha était un des plus anciens du village et ce fut lui qui reçut les Pères Jésuites dans la maison longue. Tekakwitha y était présente et on lui demanda de rendre quelques petits services aux Pères. Dieu qui ménageait toutes ces choses semblait agir en tout pour que Tekakwitha rencontre les Pères qui devaient un jour lui conférer la grâce du baptême. Chapitre 4 Tekakwitha, qui avait une aversion naturelle aux plaisirs pour le mariage, ne pensait pas à se marier. Et comme la petite vérole a laissé des cicatrices sur son visage, les jeunes gens ne pensaient pas à elle. Ses parents voulaient la voir établie et la pressèrent de se marier, mais elle ne voulait pas. Alors, on la considérait comme une esclave mal faite et représentait une charge dans la maison longue. Donc, il fut un temps où on la renvoyait d’une maison longue à l’autre. Ce qui a fait dire à quelques Indigènes, après la mort de cette sainte fille, que Dieu l’avait prise parce que les hommes n’en voulaient pas. Les personnes qui l’ont connue dès son jeune âge disent qu’elle avait de l’esprit et qu’elle était habile, surtout de ses doigts, pour faire de tels objets comme les autres Indigènes le font. À en juger par les ouvrages que je l’ai vue faire, je peux assurer facilement qu’elle travaillait délicatement le porc-épic et le poil d’orignal. Elle faisait des ceintures avec lesquelles les femmes et les Indigènes portent du bois. Elle réalisait des colliers composés de grains de porcelaine dont les anciens se servaient pour négocier les affaires de la nation. Une autre occupation des femmes Indigènes est la couture qu’elles ont apprise des esclaves qui étaient avec eux ou des femmes de l’Europe. Elle était habile dans la confection des rubans que les Indigènes faisaient avec de la peau d’anguilles ou de l’écorce épaisse. Elle les colorait de rouge avec de la colle d’esturgeon, sont souvent employées par les Iroquois. Elle en savait encore plus que les filles Iroquoises, car elle faisait fort bien les mannes et les seaux dont les Indigènes se servent pour puiser de l’eau. De cette manière, son habileté lui fournissait de quoi s’occuper. Parfois elle creusait un tronc d’arbre pour moudre le blé d’inde, et à faire des nattes avec l’écorce des arbres et des perches pour ranger le blé d’inde. Et c’est sans parler de son occupation journalière pour faire vivre les autres, c’est-à-dire piler le blé d’inde, faire la sagamité, faire le pain indigène, aller chercher de l’eau, et amener du bois et aussi remplir les plats des uns et des autres pour leur donner à manger. Tekakwitha était infirme, mais elle fut toujours la première au travail. Elle passa quelques années à s’occuper de ces travaux journaliers de la vie Indigène avant son baptême. Elle est restée dans la maison longue sans visiter les autres, ni parler en mal d’eux. Elle n’était ni paresseuse ni fière, qui est un vice commun aux filles. Elle n’était pas non plus attachée à ses rêves. On disait que dès son enfance innocente, elle ne voulait pas assister ni aux danses ni aux jeux et qu’elle avait montré en plusieurs occasions qu’elle était prudente. Elle était naturellement timide, n’osant se montrer que quand cela était nécessaire. Elle n’eut jamais l’esprit de cruauté. Elle ne pouvait supporter que l’on fasse du mal à personne, pas même à un esclave, parce qu’elle croyait que c’était un péché de voir torturer un homme. Chapitre 5 Les Iroquois disent que le mariage n’est pas seulement un accord entre deux personnes. Ils s’agit de l’intention de demeurer ensemble puisqu’ils se trouvent bien l’une avec l’autre, mais c’est une certaine union d’amitié qu’ils renforcent en donnant un enfant en mariage, qui n’est encore souvent qu’au berceau. C’est ce qu’ils ont fait avec Tekakwitha qui était encore petite et avait seulement huit ans. Ils voulaient la donner en mariage à un garçon qui n’était guère plus âgé qu’elle. L’un et l’autre étaient presque de même disposition et le jeune garçon ne pensait pas plus au mariage qu’elle. Ainsi, ce mariage n’eut que le nom de ce que les parents de Tekakwitha prétendaient. Si Dieu avait voulu que la paix soit faite alors que Tekakwitha n’avait encore que huit ans et si elle avait connu la foi, elle aurait dès lors renoncé à la chair et aurait embrassé l’état pour lequel elle était destinée. Mais il fallut qu’elle passe par d’autres épreuves, lesquelles nous ont permis d’admirer ce pour quoi Dieu voulait cette fille. Quand elle eut l’âge d’être mariée, ses tentes firent entrer un jeune homme dans sa maison longue à qui on avait demandé d’aller asseoir auprès d’elle et quand il y fut, on dit à Tekakwitha de donner de la sagamité à ce jeune homme. Elles prétendirent à elle qu’il parlait de la marier et elles l’obligèrent à le suivre, comme son mari. Tekakwitha sortit alors de la maison longue et partit se cacher dans les champs. Elles tentèrent à nouveau de la convaincre de se marier, mais Tekakwitha se cacha adroitement derrière une caisse de blé d’inde. C’est ce que j’ai appris d’Anastasie Tegonhatsihongo, celle qui l’instruisait au Sault et qui a connu Tekakwitha dès l’âge de quatre ans. Les parents de Tekakwitha voulurent l’obliger à se marier, mais elle résista et avec confiance et fermeté. Enfin, on la laissa à elle-même. Il faut croire qu’elle n’était pas bien traitée dans la maison longue où ils se voyaient frustrés de ne pas avoir réussi à la marier. C’est à cette époque-là que la mission des Agniers a été fondée, après que la paix ait été faite avec les Iroquois. Tekakwitha tâcha de contenter ses parents de la maison longue en tout autre chose. Elle était bonne travaillante, paisible et agréable quand elle voulait les faire rire. On ne s’est jamais plaint d’elle et on aimait sa compagnie. Elle ne s’offensait jamais des railleries que l’on pouvait faire à son sujet, du fait qu’elle ne voulait pas se marier ou qu’elle n’était pas bien faite. Sa bonne nature l’exemptait en ce temps-là de plusieurs péchés dans lesquels elle aurait pu tomber si elle n’avait eu une patience naturelle et si elle n’avait pas mieux aimé souffrir que de faire souffrir les autres. Chapitre 6 Les Pères Frémin, Bruyas et Pierron et quelques autres Jésuites avaient passé quelques années aux Agniers sans connaître Tekakwitha. C’était en partie de la malice de la part de son oncle qui faisait tout ce qu’il pouvait pour empêcher les gens de venir prier Dieu au Sault, bien qu’il leur permettait bien de prier au pays. Peut-être aussi cela vient-il de la timidité de Tekakwitha qui n’osait pas aller aux Pères pour se faire instruire. Le Père Jacques de Lamberville était parmi les Agniers lorsque Dieu jeta ses yeux miséricorde sur la maison longue de Tekakwitha et sur elle parce que cette maison longue avait reçu les Pères missionnaires quand quelques années avant portèrent la foi dans le pays des Iroquois. Tekakwitha avait donc passé dix huit ans dans l’infidélité lorsque Dieu lui envoya une maladie qui l’a guérie du péchée et qu’il inspira au Père de Lamberville d’aller instruire cette fille pour la baptiser. C’était le printemps et tous les allèrent cultiver les champs selon leur coutume. Tekakwitha y était allée plusieurs fois. C’est pour cela qu’elle n’avait pas l’habitude d’être dans la maison longue à ne rien faire tandis que les autres travaillaient, mais elle eut une blessure au pied et son mal l’obligea à demeurer quelques jours sans pouvoir marcher. Le Père qui savait bien que personne dans cette maison longue n’était fainéant, n’entra pas dans cette maison longue-là et surtout parce que l’oncle de Tekakwitha n’aimait pas les Français. En passant par le village et étant arrivé à la maison longue de Tekakwitha, le Père fut poussé à y entrer. Quand il se retourna et entra dans la maison longue de Tekakwitha, il la trouva. Ce fut une rencontre très heureuse pour la fille qui voulait parler au Père et qui n’avait pas le courage d’aller le chercher. Le Père trouva un trésor où il ne croyait pas en trouver. Les premières paroles que Tekakwitha adressa au Père révélèrent les sentiments de son cœur, mais elle expliqua au Père ce que son oncle était prêt à faire pour l’empêcher d’être baptisée, appréhendant qu’elle fasse comme les autres et qu’elle quitte le pays. Le Père l’exhorta et se contenta alors de l’inviter à venir prier à la chapelle. Cette première exhortation produisit un grand effet, car Dieu y donna une telle bénédiction. Lorsque Tekakwitha fut guérie, elle ne manqua jamais de venir prier Dieu. Quand que Tekakwitha eut persévéré quelque temps à aller prier comme catéchumène, le Père pensa à la baptiser. C’était un événement d’une grande importance de baptiser une adulte Iroquoise. Le Père modéra le désir qu’il avait de la baptiser, la voyant si fervente et douée de qualités propres à faire une excellente chrétienne. Il ne voulait pas non plus différer trop longtemps ce baptême, de crainte de priver Dieu d’une âme qui lui était si chère. Le Père enquêta pendant quelques jours sur la vie et les mœurs de cette fille. Tous ceux qui partageaient la maison longue de Tekakwitha en dirent du bien et tout le village dit la même chose. Tous les chrétiens se réjouirent de ce qu’enfin le Père était résolu de baptiser Tekakwitha. Elle-même entra dans une joie extraordinaire quand la nouvelle de son baptême lui fut apportée. Elle avait appris pour cela les prières avec une promptitude et une avidité vraiment merveilleuse, de peur que ce baptême ne fut différé sous prétexte qu’elle n’était pas assez instruite. Le Père choisit le jour de Pâques et la chapelle pour un baptême si solennel. Ce baptême fut fait avec toutes les cérémonies de l’église et avec elle furent baptisées deux autres personnes. Elle fut baptisée avec le nom de Catherine. Plusieurs filles Indigènes ont porté ce nom avant et après elle, mais il n’y en a aucune qui l’ait rempli comme l’a fait la bonne Catherine Tekakwitha. La Prairie possède des restes précieux d’une nommée Catherine Ganneaktena venue d’Oneida, et qui a été la pierre fondamentale de la mission et de la Confraternité de la Sainte Famille. Une autre Catherine est décédée au Sault à l’âge de treize ans, ayant vécue comme un ange et étant morte comme une victime de sa virginité. Ces deux personnes étaient des exemples pour tous les Indigènes et pour les chrétiens de la mission du Sault, mais la bonne Catherine Tekakwitha reluisait comme un soleil entre les étoiles. Et dès qu’elle arriva à la mission, elle s’éleva au dessus tous les chrétiens qui étaient là. Le Saint-Esprit entra en Tekakwitha dans le baptême et en fit sa chère épouse. Il la plaça au rang des âmes d’élite et l’éleva en quatre ans à la haute sainteté. Il la laissa deux ans dans sa maison longue pour triompher de l’infidélité dans son pays, pour servir d’exemple à la nouvelle église des Agniers et pour augmenter le mérite de Catherine dont la vertu fut éprouvée en plusieurs façons. Chapitre 7 On a vu des Indigènes devenaient indifférents presque aussitôt après leur baptême parce qu’ils n’avaient pas assez de courage pour considérer le respect humain. Le diable va tenter de persuader les nouveaux baptisés pour leur faire perdre la grâce aussitôt qu’ils l’ont reçue. Enfin, c’est un miracle quand on voit un chrétien persévérer dans le pays des Iroquois. Catherine a tellement fait profession du christianisme que son confesseur avoue qu’elle n’a jamais diminué de sa ferveur initiale. Cette vertu extraordinaire se fit remarquer de tout le monde, tant des païens que des fidèles. Les chrétiens remarquaient son exactitude à respecter les règlements de vie que le Père lui avait prescrit à elle, c’est-à-dire d’aller prier tous les jours du matin et du soir, et d’assister à la messe tous les dimanches. Le Père lui avait dit ce qu’elle devait éviter, soit de ne pas assister aux festins de rêves, aux danses et à toute autre assemblé parmi les Indigènes qui sont contraires à la pureté. Ces règlements généraux étaient bons pour les autres, mais Catherine avait pratiqué tout cela avant d’être baptisée. Le Père lui donna donc des règles particulières et régla les prières qu’elle devait faire et les pratiques de vertu qu’elle devait embrasser. Catherine avait une telle vigueur de vivre de la sorte que le Père l’admirait. Il regrettait en même temps de ne pouvoir l’envoyer au Sault. Il a écrit à un Père Jésuite de la mission du Sault après la mort de Catherine que souvent il avait examiné de près les manières de cette nouvelle chrétienne pour voir si elle faisait en effet ce qu’il lui ordonnait. Il assure qu’après l’avoir bien examinée, il n’avait pas remarqué qu’elle se fut relâchée depuis sa qu’elle était chrétienne. Il faut croire que cette fille agissait que par bonté naturelle. Elle eut pendant les deux premières années de son christianisme un noviciat bien rude où elle montra de grandes vertus. Chapitre 8 Il y a deux sortes de persécuteurs qui s’opposent aux intentions des bons chrétiens qui veulent servir Dieu comme il faut, les uns sont cachés et les autres paraissent. Le démon l’emporte par-dessus tous les autres quand Dieu le permet. Catherine surmonta dès le commencement le démon de l’impureté et du péché, dont l’ombre seule lui faisait peur et bien qu’elle ait toujours été fidèle à fuir les occasions, elle n’a pas eu de peine à l’éviter, mais il faut sa grâce particulière que Dieu a mise dans elle pour en faire son épouse. Ses parents ont commencé à la persécuter en disant que, depuis qu’elle était chrétienne, elle était devenue paresseuse parce qu’elle n’allait pas travailler aux champs les dimanches. Ils désapprouvaient de cette négligence prétendue et ensuite la maltraitait de diverses façons. C’était la coutume dans ce pays pour faire abandonner le chapelet. Catherine leur répondait qu’elle mourrait plutôt que de le quitter. Il y en a qui n’osent pas se déclarer quand ils sont seuls chrétiens dans leur maison longue, mais Catherine témoignait une fermeté d’esprit extraordinaire quand les enfants la montraient du doigt, quand on ne l’appelait plus par son nom d’Indigène, c’est-à-dire Tekakwitha. Ils l’appelaient « Chrétienne » en dérision comme on aurait parlé à parler à un chien. Cela avait duré si longtemps qu’on avait oublié son nom. Ils lui ont donné le nom de chrétienne parce qu’elle était la seule à être baptisée dans sa maison longue. Bien loin de s’affliger de ces mépris, elle s’estimait heureuse d’avoir perdu son nom. Elle a beaucoup souffert de la dérision des ennemis de la prière et de son oncle. Un jour, ils ont voulu qu’elle abandonne ses bonnes résolutions. Alors, un jeune homme a été envoyé dans la maison longue par l’oncle de Catherine avec une hache pour faire semblant de la tuer. C’était peut-être dans le seul but de la terrifier et de l’empêcher de suivre les autres que le Grand Agnier les emmena demeurer à La Prairie. Enfin, la dernière persécution qu’elle a dû subir fut une calomnie pure qu’on inventa pour la détruire entièrement dans l’esprit du Père qui la dirigeait et pour la jeter dans le désespoir de son salut. Cela arriva au printemps, durant le temps de la chasse. Elle était allée avec ses parents et son oncle. La femme d’un des chasseurs n’aimait pas Catherine, peut-être parce qu’elle voyait la vie vertueuse de Catherine comme un reproche à la vie qu’elle cette infidèle menait. Cette femme examinait toutes les actions et toutes les paroles de Catherine pour y trouver quelque défaut. C’est une chose commune parmi les Indigènes de traiter un oncle comme son père et de l’appeler du même nom de père. Il arriva un jour à Catherine de parler de ce vieillard, en compagnie des autres, et de le nommer sans se servir du nom de père ou mon père. Cette femme avait remarqué cela et avait jugé Catherine à la hâte. Elle alla trouver le Père de Lamberville pour lui dire que celle qu’il estimait tant avait péché avec son mari. Le Père examiné le résonnement de cette femme et lui a sévèrement reproché sa langue médisante. Ensuite, il parla à Catherine et lui instruira les péchés et les peines de l’enfer que Dieu a préparées comme punition. Il parla à Catherine de cette femme qui était venu le voir et de son accusation. Il questionna Catherine à propos de cette affaire et elle répondit avec fermeté et modestie que jamais elle n’était tombée dans ce péché ni en cette occasion ni en d’autres. Elle n’appréhendait pas d’être damnée, mais bien plutôt de pas avoir assez de courage pour se faire tuer parce qu’elle n’allait pas travailler aux champs les dimanches. Elle croyait ne pas en avoir pas assez fait en demeurant des jours sans manger, car elle n’allait pas travailler aux champs les dimanches, on cachait tout ce qu’il y avait à manger dans la maison longue et on ne lui laissait rien pour elle de ce qui était préparé pour ce jour-là afin que la faim l’obligea aux champs ou on l’aurait fait travailler par force. Chapitre 9 On avait déjà vu un exemple rare de confiance dans la personne d’une bonne chrétienne, qui est à la mission de Lorette. Cette femme, Marie Tsiaouentes, était partie visiter les Agniers et quelques ivrognes enfermèrent dans une cabane et l’obligèrent à boire avec eux. Cette vertueuse chrétienne ne voulant pas boire, ils la couchèrent par terre et lui versèrent dans la bouche malgré elle de l’eau de vie, mais elle leur cracha au visage et elle remporta ainsi la victoire. Lorsque Catherine était confrontée aux autres, elle les a toujours vaincus par la prière. Quand un incident extraordinaire lui arrivait, elle allait trouver le Père à qui elle confiait toutes ses peines. Elle faisait voir dès lors la candeur de son esprit et la simplicité avec laquelle elle allait avec Dieu, son esprit d’obéissance et sa profonde humilité. Le Père étudiait cet esprit afin que rien ne manque à sa conduite. Il lui proposait toujours deux choses, l’une était de quitter le pays où elle ne pouvait faire son salut en repos et l’autre d’avoir incessamment recours à la prière. La première proposition l’épouvantait parce qu’elle savait bien que son oncle n’approuverait jamais son départ, mais l’autre proposition lui plaisait grandement parce que dans ce monde, Dieu était sa seule consolation. Le Père de Lamberville a mis en pratique ce qu ‘il lui avait enseigné, il l’a menée à la chapelle et l’a fait offrir à Notre-Seigneur toutes ses croix. On ne peut pas dire le progrès que Catherine a fait sous une telle direction. Le Saint-Esprit, qui représentait plus que le conseil spirituel de l’homme, la dirigeait intérieurement. Les plus méchants l’admiraient et les meilleurs trouvaient en elle un exemple à suivre. Cependant, cette vie lui faisait appréhender quelques chutes et lui rendait la persévérance très difficile. Elle aurait bien voulu quitter le pays, mais elle n’avait pas le courage de parler quand elle voyait les chrétiens et le Grand Agnier de La Prairie qui venaient chez les Iroquois. Elle était toute consolée de les voir, mais quand ils partaient pour s’en retourner sans elle, son affliction était extrême. À l’année suivante s’est présentée à elle l’opportunité désirée pour réaliser son plan. Son oncle avait adopté une autre fille qui habitait avec Catherine et ses tantes. Mais par la suite, sa sœur est partie à la mission du Sault avec son mari. Le zèle dont ont fait preuve ces nouveaux convertis pour attirer leurs parents et amis au Sault, inspirèrent à sa sœur les mêmes pensées à l’égard de Catherine. Alors, elle avait fait connaître son plan à son mari qui lui a donné son consentement. Chapitre 10 J’ai considéré jusqu’à présent Catherine comme un lys entre les épines, mais maintenant nous allons voir comment Dieu a transporté ce beau lys et l’a mis dans un jardin plein de fleurs. Ceci est pour dire dans la mission du Sault et a été et sera toujours plein remplie de belles fleurs que sont les personnes vertueuses connues pour leur vertu. Il y a même des roses, je veux dire des martyrs de la mission du Sault qui ont été brûlés en Onondaga parce qu’ils n’ont pas voulu quitter la prière ou à aller vivre comme les Huguenots dans le village que les ministres ont construit proche du fort d’Orange, en imitation des catholiques ont fait la mission de Saint-François-Xavier-du-Sault pour y instruire les Indigènes dans la foi chrétienne et dans la vraie religion. Alors, la ferveur était très grande au Sault lorsque Dieu voulut y conduire Catherine pousser les Indigènes chrétiens du Sault à aller faire des visites apostoliques dans leur pays pour y inspirer leurs parents et les rendrent de bons chrétiens. Un qui y réussit le mieux fut Ogeratarihen ou Louis Garonhiague qui avait une si grande relation avec Catherine. Je vais vous parler de lui plus en détails. Il se nommait Garonhiague qui signifie « poudre chaude » ou « cendre chaude. » Il était marié, mais n’avait jamais reçu le sacrement parce qu’il n’étant pas encore chrétien. Il vivait en paix avec sa femme qui est d’une nature excellente. Ils ont vécu ensemble dès l’âge de huit ans, sans pouvoir se quitter. Son humeur était violente et enflammée, mais sa femme le calmait par sa douceur. En raison de son naturel bouillant, dû quitter Oneida. Il a eu un démêlé avec quelqu’un à l’occasion d’un changement de village et cela le mit en colère. On lui apporta la nouvelle de la mort de son frère qui avait été tué. Cet homme, dans sa colère, se persuada que le coup avait été fait par les Français. Il vint du côté de Montréal pour se venger, mais il appris en chemin que la cause de la mort de son frère venait d’ailleurs. Il prit donc la résolution de demeurer à la mission du Sault dans laquelle il passa quelque et contenta tout le monde par sa bonne conduite. Sa femme, nommée Marie Garhi, l’avait rejoint et était encore plus inclinée au christianisme que son mari. Il demanda alors de se faire instruire et de se faire baptiser avec toute sa famille. Ce baptême d’un chef d’Oneida représentait un grand coup de Dieu pour la mission car plusieurs viendraient d’Oneida pour le voir et deviendraient chrétiens. Ils étaient de plus en plus nombreux, il était donc apparu évident de choisir Cendre Chaude pour en faire le quatrième chef du Sault. Cette conduite de vie n’a pas changé jusqu’à sa mort à donner le bon exemple et il parlait avec éloquence, autorité et avec une prudence admirable. Sa facilité pour la conversation et son pouvoir de persuasion lui servaient pour instruire les gens et pour les exhorter à bien vivre. Il se servait des peintures dans son livre qu’il appelait le « Livre des ignorants. » Il a ainsi su attirer des gens au christianisme et il en a converti plusieurs en les invitant de cette façon dans sa cabane. Quand on vit qu’il réussissait bien, on lui donna aussi des peintures qui représentaient les actions des plus excellents chrétiens qui avaient vécu dans la mission, avec les actions et la vie de Catherine Tekakwitha. Il a été imité par plusieurs autres qui ont aidé les missionnaires à instruire les nouveaux venus. Il était fort charitable, surtout envers les veuves, et il incitait les autres à prendre soin d’elles. Quand il fallait travailler dans les champs des pauvres, il était le premier à se mettre au travail pour servir d’exemple aux autres. Les services qu’il rendus au village étaient bien connus quand ils ont perdu un tel grand chef. Quand les rumeurs de guerre commencèrent à se répandre partout dans la Nouvelle-France, il n’hésita pas à se déclarer avec les Français. Il pensa alors à se rendre au tombeau de Catherine et de prendre de la terre sur ce tombeau pour l’emporter avec lui. Cela devait lui donner la grâce de le ramener en bonne santé, comme elle l’avait fait pour sa femme qui avait pensé mourir dans son accouchement et qui ne fut guérie qu’en mettant sur elle la couverture de Catherine. Il avait apporté son catéchisme et ses peintures dans les bois pour y instruire chaque personne qui se présenterai ou qu’il pourrait gagner à sa cause. Après en avoir converti quelques-uns, il devint leur parrain au baptême afin de pouvoir réprimander ceux qui se conduisaient mal. Le Père Pierre Millet, qui était alors au fort Catarakoui, exhorta le Père Bruyas, qui était supérieur à la mission du Sault, de laisser aller ces chrétiens vers ce lieu pour la chasse à cause du fruit qu’ils produisaient par leur exemple et leurs paroles. Quand il devint nécessaire de partir en guerre contre les Senecas, que Cendre Chaude avertit sa femme de toujours demeurer une bonne chrétienne, parce qu’elle lui avait demandé depuis deux ans de vivre dans le mariage comme frère et sœur. Il a prononcé peu de mots avant son départ, mais sont cœur disait si plus en se recommandant à des prières et la laissa avec un petit enfant infirme physiquement, mais doté d’un esprit fort. Seulement deux personnes de notre village ont été tuées dans la guerre contre les Senecas et Cendre Chaude était l’un des d’eux. Lorsqu’il reçut le coup mortel, il s’offrit à Dieu en disant qu’il ne se plaignait pas et qu’il s’estimait heureux de pouvoir imiter Notre-Seigneur en mourant comme il l’avait fait sans se plaindre du mal qu’on lui faisait. Il mourut donc le lundi 14 juillet 1687 en priant Dieu. Voici l’homme que Dieu avait choisi pour chercher Catherine aux Iroquois, afin de servir Dieu en paix à la mission du Sault. Cendre Chaude se rendit chez les Agniers avec le beau-frère de Catherine et un autre Indigène de la mission huronne de Lorette, pour en ramener une personne que Dieu leur aurait prédestinée. Dès leur arrivée, ils se rendirent à la chapelle de Saint Pierre à Gandaouage et comme le voulait la coutume ils commencèrent leur visite par la prière. Le Père de Lamberville a reçu ces trois personnes dans sa cabane. Il aimait beaucoup ces visites et il considérait ces chrétiens venus du Sault comme des anges venus du Ciel. On voyait l’esprit du christianisme et la mortification des passions dépeintes sur le visage de ces nouveaux apôtres, mais la nouveauté attirait encore plus de monde qu’on ne l’avait vu. Les anciens furent les premiers à se rendre pour voir des personnes venues du Sault. L’oncle de Catherine était alors au fort d’Orange, ce qui est une circonstance que Dieu avait ménagée en faveur de Catherine afin qu’elle puisse plus facilement s’en aller. Quand l’auditoire fut suffisamment grand, que Cendre Chaude parla et leur dit qu’avant d’être un guerrier et un chef d’Oneida, il avait fait comme eux. Qu’à cette époque, il n’était rien qu’un chien, et qu’il avait commencé à être homme depuis peu de mois. Il prononça d’autres discours touchants et personne n’en profita alors davantage que Catherine. Les anciens se retirèrent les uns après les autres et laissèrent le prédicateur presque tout seul. Catherine ne put se séparer de ces nouveaux venus et elle fit savoir au Père qu’elle devait partir, même si elle devait en payer de sa vie. Le Père de Lamberville en parla à Cendre Chaude et à ses compagnons. Cendre Chaude lui répondit qu’il y avait de la place pour elle dans le canot puisqu’il avait dessein l’intention d’aller à Oneida pour prêcher la foi parmi les nations Iroquoises. La résolution fut prise et exécutée et Catherine embarqua en cachette avec les deux compagnons de Cendre Chaude. Ils sont partis le lendemain de leur arrivée. Chapitre 11 Dieu a guidé les Saints le long des chemins inconnus aux hommes et il a guidé Catherine au Sault, d’une façon extraordinaire, sans qu’elle ne soit découverte. Quand on apprit que les trois personnes venues du Sault étaient reparties et qu’on ne voyait plus Catherine dans la maison longue, on se douta bien de l’affaire. Ils se sont empressés de porter la nouvelle à l’oncle de Catherine. Cet homme malveillant et ennemi de ceux qui venaient du Sault, se rendit en hâte à la recherche des voyageurs pendant le retour au village. Il a bien cherché sa nièce, mais les trois canoteurs ont échappé à ce vieil homme de débarquer de leur canot et de se cacher dans les bois. Quand ils arrivèrent près du fort d’Orange, le beau-frère de Catherine décida de chercher du pain. Il laissa donc Catherine avec ce bon Indigène de la mission de Lorette, qui vivait depuis plusieurs années en continence avec sa femme. L’oncle de Catherine arriva au moment où son beau-frère les quitta. Le beau-frère de Catherine aperçut le vieillard, mais il était déjà trop proche, il n’y avait donc aucun moyen de l’éviter sans se faire reconnaître. L’oncle de Catherine ne le reconnu pas et l’un et l’autre poursuivirent leur chemin chacun de leur côté. Lorsque le beau-frère de Catherine revint, il raconta son aventure et Catherine vit cela toujours comme une marque de providence particulière de la part de Dieu. Cela l’encouragea à s’abandonner entièrement à Dieu et à profiter des occasions qu’il lui offrait de faire son salut. Son voyage fut une prière continuelle et la joie qu’elle ressentit en arrivant à la mission du Sault était inexplicable. Voici donc cette jeune Indigène de vingt et une ans qui est restée sainte et pure et qui a triomphé de l’impureté, de l’infidélité et du vice. Voici la Sainte Geneviève de la Nouvelle-France, voici le trésor du Sault qui a sanctifié les chemins du Sault aux Agniers, par lequel plusieurs âmes prédestinées ont passé après elle. Quand elle fut loin de son pays et qu’elle n’avait plus à craindre son oncle, elle se consacra entièrement à Dieu pour faire à l’avenir tout ce qui serait le plus agréable pour lui. Elle arriva à l’automne 1677, après un voyage ininterrompu, en raison de son grand désire d’arriver à sa destination. Le Père de Lamberville avait donné des lettres à Catherine pour porter avec elle, qu’il avait écrit aux Pères Frémin et Cholenec à la mission. À son arrivée, elle remit les lettres entre leurs mains. Après avoir lu les lettres, ils furent ravis d’avoir acquis un trésor, car tels étaient les mots de la lettre: « Je vous envoie un trésor, gardez-le bien! » Son visage en disait plus que les lettres. On ne peut pas dire la joie qu’elle eut alors de se voir dans le pays de la lumière, délivrée des peines d’esprit qu’elle avait de ne pouvoir servir Dieu comme elle le voulait, de se voir délivrée des persécutions qu’on lui faisait en dans sa maison longue. Elle était heureuse d’avoir des bonnes compagnes, de pouvoir entendre tous les jours plusieurs messes et surtout de pouvoir communier plus souvent. Elle arrivait au Sault quand la chapelle n’était qu’une cabane en écorce où elle y contentait sa dévotion. Elle était encore plus dévote que les plus anciens chrétiens. Chapitre 12 Peu de temps avant l’arrivée de Catherine, quand on voulait dire d’une personne qu’elle était une bonne chrétienne on disait qu’elle ressemblait à Ganneaktena, qui était enterrée à La Prairie. La défaite de la nation des Chats était une bénédiction pour Ganneaktena, la femme Érié dont il est question ici, parce qu’en devenant Iroquoise, elle est aussi devenue chrétienne. Elle fut prise comme esclave et donnée aux Oneidas, et sa vie était sans reproche. Elle ne fut jamais tachée des vices communs parmi les infidèles. Elle était mariée à un bon guerrier Huron qui se nommait François Tonsahoten. Il a tenu jusqu’à sa mort la promesse qu’il avait faite lors de son baptême, celle de quitter l’ivrognerie. Il s’est toujours souvenu de ce que sa femme lui laissé dans son testament, en disant son dernier adieu. Cette bonne femme avait tellement touché l’esprit de son mari que lorsque son tempérament s’enflammait, on n’avait qu’à se souvenir de sa femme et son tempérament se modérait aussitôt. En l’an 1667, elle passa l’hiver à Montréal. Elle allait souvent à la chapelle et elle assistait aux cérémonies de Noël. Le Père Rafeix, qui commençait à bâtir la chapelle de La Prairie, les invitait et prit même le soin des instruire. Le printemps suivant, il les menait à Québec où le Père Chaumonot les instruit et les baptisait. Après qu’elle fut baptisée, elle ne semblait plus vouloir demeurer avec les Français, parce que son mari était déterminé à rentrer au pays. Elle obligea son mari à choisir La Prairie pour bâtir sa demeure, mais ils demeurèrent avec le Père Rafeix jusqu’à l’été, alors il pu construire sa cabane. Comme le lieu était avantageux pour la pêche et pour la chasse, ils labourèrent les champs et semèrent du blé d’inde. C’était le début de la mission qui sera au Sault. Alors qu’elle travaillait dans les champs sous le chaud soleil, elle fut saisie d’un mal de tête, mais son mal lui causa de la joie par l’espérance qu’elle avait de voir bientôt ses désirs accomplis. Elle demeura en dévotion continuelle en disant le chapelet avec ceux qui venaient la voir pendant sa maladie. Après avoir souhaité ardemment, pendant les premières journées de sa maladie d’aller au Ciel, elle ne put demander à Dieu autre chose que de mourir en paix avec tous ses sacrements. Elle reçut les sacrements et après les avoir reçus, elle fut remuée par sa fièvre. Elle tomba alors dans un sommeil éternel. Elle mourut le lundi 6 novembre 1673. Tous ceux qui la connaissaient furent affligés quand ils apprirent qu’elle était morte. On l’appelait « La mère des pauvres », « La bonne chrétienne » et « Le pilier de la foi. » En 1689, il y eut une dispute entre les Indigènes du Sault et les Français de La Prairie. Chacun voulait avoir le corps de cette femme. Enfin, les Français l’emportèrent et on trouva plusieurs choses entières qui avaient été conservées. Cette translation se fit en 1689. Un an avant, soit à l’hiver de 1688, François Tonsahoten, son mari, mourut au Sault en bon chrétien. Quand on changea de village et qu’on alla au Sault, il donna son champ pour que l’on puisse y construire la chapelle et pour témoigner l’affection qu’il avait pour la foi. On l’appelait « Le père des croyants » puisqu’il a été le premier chrétien Indigène à s’établir à La Prairie et au Sault. Chapitre 13 La vie que la bonne Catherine Tekakwitha a menée pendant les deux années qui ont suivies peut servir d’exemple aux plus fervents chrétiens de l’Europe. L’esprit de Sainte Catherine de Sienne et des autres saintes de ce nom a été renouvelée en elle par une conduite particulière de Dieu qui lui a révélé dès fois les secrets de la vie spirituelle. Elle avait l’esprit de pénitence en un degré éminent et elle trouvait une joie d’avoir été unie à Dieu avant d’avoir connu les deux autres voies. Catherine Tekakwitha arriva donc au Sault à l’automne 1677 et fut logée chez sa sœur adoptive qui prit soin d’elle jusqu’à ce qu’elle meure. Il était facile pour eux de l’entretenir car c’était une bonne travaillante et elle fournissait sa part pour vivre. Les vêtements étaient plus difficiles à trouver et c’est ce qui obligeait plusieurs filles Indigènes à se marier, ce qui allait à l’en contre de leur désir d’imiter les Sœurs de la France qui devaient pratiquer le Conseil évangélique qui représente une vertu plus héroïque pour les Indigènes que pour les Français. Plusieurs filles Indigènes ont tenté d’imiter Catherine, mais quelques-unes ont persévéré, bien que jeunes elles ont pourtant renoncé généreusement aux secondes noces. Il y avait dans la cabane, quand Catherine y entra, une femme chrétienne vénérable à qui Dieu a donné un talent rare pour instruire. Elle s’appellait Anastasie Tegonhatsihongo et elle a connu Catherine et sa mère dans le pays des Agniers. Cette ancienne connaissance, le désir que Catherine avait d’apprendre ce qui était le plus agréable à Dieu et le talent d’Anastasie pour instruire attachèrent Catherine à cette femme. Catherine apprit d’abord les exercices ordinaires de la mission, tant pour les jours de fêtes que pour les jours ouvriers. Elle en apprit plus en une semaine que les autres le faisaient en plusieurs années. Elle ne perdait pas un moment, qu’elle fut dans la cabane, dans les champs ou dans les bois. On la voyait, le chapelet à la main, avec sa chère institutrice en allant et venant de porter sa charge de bois. Les occupations les plus basses étaient élevées par la ferveur et par l’esprit avec lesquels Catherine les faisait. Elle ne se séparait jamais d’Anastasie, parce qu’elle apprenait plus d’elle quand elles étaient toutes seules à bûcher qu’elle n’en apprenait ailleurs. Cette manière d’agir de Catherine a fait dire à Anastasie que Catherine ne perdait jamais Dieu de vue. Le contenu de leurs entretiens était la vie et les mœurs des bons chrétiens. Quand Catherine entendait dire que les chrétiens avaient fait telles ou telles actions, elle tâchait de les pratiquer comme une abeille qui va recueillir le miel sur toutes sortes de fleurs. La crainte qu’elle avait d’offenser Dieu lui faisait aimer la solitude et elle fréquentait peu de personnes, même celles de son genre, parce qu’elle ne voulait pas d’autres liaisons que celles qui pouvaient la faire avancer davantage dans la perfection. C’est pourquoi sa prudence parut souvent admirable. Elle se sépara d’une fille a qui elle s’était attachée parce qu’elle y remarqua de l’arrogance, mais elle se sépara d’elle sans la mépriser. La manière dont Anastasie se prit pour instruire Catherine fut de lui demander ce qu’elle avait fait au pays depuis qu’elles se sont séparées. Elle lui a demanda si elle ne voulait pas se marier, puisqu’elle était en âge de la faire. Catherine lui fit alors part de sa conscience à ce sujet. Elle a toujours fait ce qu’elle avait vu faire chez les Iroquois, tâchant de se faire une idée de ce qu’elle était et confessant son ignorance. Quand Anastasie lui parla de la médisance qu’il fallait éviter, Catherine lui demanda ce que cela était. Il ne faut pas s’étonner si elle ne savait pas ce qu’était la médisance ni en spéculation, n’en pratique puisqu’on ne l’a jamais entendue dire de mal de personne, pas même de celles qui l’ont accusée injustement. Chapitre 14 Son deuil allait lui apprendre ce qu’il y a de plus agréable à Dieu afin qu’elle le fasse. Elle était peinée parfois du fait que le Père Cholenec lui cachait quelque chose qu’il demandait aux autres de pratiquer et qu’il n’allait pas la voir pour lui apprendre ce qu’il fallait faire pour plaire à Dieu. Elle se plaignait de son institutrice parce qu’elle la pressait trop de se marier. Un jour qu’elle insistait trop, Catherine lui répondit de se marier elle-même si elle aimait tant le mariage. Si on lui avait dit que le mariage était nécessaire à son salut, elle l’aurait embrassée, mais elle se doutait bien qu’il y avait quelque chose de plus parfait et de plus héroïque. Elle pensait à la vie que mènent les missionnaires parmi eux ou à celle que les Sœurs mènent parmi les Français. Dans cet esprit de perfection qui transformait les hommes en anges, elle considéra son corps comme une chose aussi méprisable que la boue et encore comme un ennemi. Elle a considéré la différence entre la vie qu’elle menait parmi Iroquois et celle qu’on menait au Sault. Cela augmenta sa crainte de tomber dans les désordres de son pays et lui donna plus de courage pour continuer dans les pratiques qu’elle venait d’entreprendre. Un accident confirma toutes ses pensées. Un jour qu’elle abattait un arbre pour faire du bois pour le feu, l’arbre tombant et une de ses branches la frappa si rudement qu’elle tomba par terre. Elle était si étourdie qu’on a cru qu’elle était morte. En revenant à soi, elle dit ces mots: « Mon Jésus, je vous remercie de m’avoir sauvée de cet accident. » Elle se leva aussitôt après ces paroles et reprit sa hache pour poursuivre son travail, mais on l’arrêta et on la fit reposer. Elle dit que Dieu avait de nouveau pressé sur sa vie en signe de pénitence et qu’il fallait qu’elle emploie bien son temps. Une autre rencontre fut fort favorable à son dessein. Il y avait à La Prairie une chrétienne très fervente d’Oneida Marie Thérèse Tegaiaguenta, qui avait été baptisée à Oneida. Avant d’être baptisée, elle s’était mariée, mais pas dans le rite de l’église soit avant son baptême. Mais depuis qu’elle vivait au Sault, elle changea entièrement de vie en raison d’un incident qui fut la cause de sa conversion. Dieu l’envoya donc à Catherine comme compagne. Elle avait la même pensée que Catherine, c’est-à-dire de vouloir vivre dans le service de Dieu, sans se marier. Elles se saluèrent et se parlèrent et leurs paroles répondirent aux sentiments de leurs cœurs. Catherine lui demanda où les femmes s’installeraient dans cette chapelle et Marie Thérèse lui montra la place où elle croyait qu’elles devraient être. Catherine lui dit que qu’il était vrai que cette chapelle de bois n’était pas ce que Dieu souhaitait le plus, mais qu’il demandait d’être en nous et qu’elle ne méritait pas d’être dans la chapelle avec les autres, ayant chassé très souvent Notre-Seigneur de son cœur et qu’elle méritait d’être placée à l’extérieur de la chapelle avec les chiens. Ce fut un long discours mêlé de larmes de dévotion. Leurs cœurs s’ouvrirent peu à peu et de discours en discours, elles parlèrent de leur vie passée. Pour s’entretenir dans plus le loisir, elles s’installèrent au pied de la croix qui était plantée à l’extérieur de la chapelle sur le bord de la rivière. Elles se confièrent mutuellement tout ce qu’elles avaient de plus secret dans leur conscience et promirent de ne jamais se séparer et de faire ensemble pénitence pour leurs péchés. Cet esprit de pénitence lui fut inspiré d’abord par son institutrice Anastasie qui lui avait souvent parlé de l’enfer, des grandes pénitences que les premiers chrétiens avaient faites, des pénitences volontaires que les chrétiens embrassaient et de la nécessité qu’ils avaient tous de faire cette pénitence ayant si mal vécus dans leur pays. Catherine prenait ces instructions comme si elle en avait un grand besoin, bien que ce fut certain avec tout ce que nous avons appris de sa vie, que son âme était très innocente. C’est pour cette raison elle prenait tout ce qui était enseigné à ceux qui étaient encore dans la vie purgative comme si elle était en union avec Dieu, car elle cherchait ce qui était le plus agréable à Dieu. Chapitre 15 Les Pères missionnaires, qui l’avaient guidée dans les débuts de sa vie spirituelle, laissèrent au Saint-Esprit plusieurs choses dont plusieurs étaient capables et surtout Catherine. Marie Thérèse Tegaiaguenta jugea qu’il valait mieux qu’il y ait trois d’entre elles ensemble ou qu’il y ait avec elles une chrétienne de qui elles pourraient apprendre tout ce qu’elles voulaient. Elle ajouta qu’elle en connaissait une qui avait demeuré longtemps à la Mission de Notre-Dame de Lorette, à Québec, dont le plan servit à former la mission du Sault. Cette troisième dont on parlait se nommait Marie Skarichions. Catherine était d’accord avec tout ce que sa compagne voulait. Plus tard, elles s’assemblèrent donc toutes les trois au pied de la croix qui était plantée sur le bord de la rivière et près de la rivière. Marie Skarichions commença à parler la première et leur proposa de faire comme elles et d’adopter une règle de vie comme celle des Sœurs, qu’elle a vues lorsqu’elle était à Québec. Cela signifiait qu’elles ne devaient jamais se séparer, qu’elles devaient s’habiller de la même façon et si possible demeurer dans la même cabane. Elles pensèrent alors à l’île aux Hérons qu’elles choisirent comme demeure. Tout ceci a fait l’objet d’une délibération, car elles savaient peu en quoi consistait la vie religieuse dans un couvent. Catherine remercia avec des larmes de joie aux yeux celle qui parlait et l’a supplia de ne rien lui cacher de ce qui était le plus convenable à Dieu. Les deux autres étaient résolues de se donner entièrement à Dieu et de ne jamais se marier, mais aucune ne profita davantage que Catherine qui suivait toujours les règles de vie que son confesseur lui avait enseignées. Sa pratique consistait à se rendre à la chapelle dès quatre heures du matin. En hiver, elle marchait pieds nus dans la neige pour se rendre à la chapelle. Elle assistait tous les jours à deux messes. Elle visitait souvent le Saint-Sacrement. Elle se confessait à tous les huit jours, c’est-à-dire tous les samedis. Elle communiait le plus souvent possible et elle conversait spirituellement souvent pendant le jour. Cette grande dévotion et cette ferveur d’esprit lui permirent d’entrer dans la Sainte Famille presque aussitôt après son arrivée. Elle a été exemptée de passer par toutes les épreuves par lesquelles devaient passer les autres nouveaux arrivés et ceux qui venaient d’être baptisés avant de communier ou d’entrer dans la Sainte Famille. Chapitre 16 Une des principales marques nous avons eu ce qui se passait en Catherine était de Dieu et l’obéissance dont ont fait ces trois personnes en prenant la résolution de vivre comme des Sœurs. Quand elles ont pris leur décision, elles sont aussitôt allées trouver le Père Frémin pour lui annoncer qu’elles s’étaient réunies, mais qu’elles ne voulaient rien faire sans le consulter. Le Père leur a dit qu’elles étaient trop jeunes dans la foi pour une telle particularité et que l’île aux Hérons était trop éloignée du village, que les jeunes gens qui se rendraient de ou à Montréal seraient rendus à leur cabane. Elles jugèrent elles-mêmes que ce que le Père disait était raisonnable et ne pensèrent plus à leur couvent de l’île aux Hérons. Cela tout surprenait le Père qui croyait que c’était le temps de dire à Catherine ce qu’il ne pouvait pas dire aux autres. Elle était venue rencontrer le Père en particulier et lui ouvrit son cœur en lui demandant s’il était absolument nécessaire de se marier pour être bonne chrétienne, comme son institutrice le lui disait. Le Père lui expliqua alors les différents états de vie. Il disait à Catherine que Dieu laissait à chacun la liberté de se marier ou non, elle fut transportée de joie et ne délibéra pas davantage pour choisir l’état que Dieu lui avait indiqué. Au commencement de l’automne 1678, la petite vérole sévissait dans notre village. On s’étonna toutefois du peu d’enterrements qui ont suivi. Catherine manifestait une ferveur renouvelée préparant la fête de Saint-François-Xavier, patron du Sault, et la fête de Noël qui approchaient. C’était la deuxième fête de Noël qu’elle passait au Sault, cela faisait un an et demi qu’elle était arrivée de son pays. Le Père Frémin lui donna quelques règles de vie plus différentes de celles qu’il réservait aux autres. Il lui a donné instruction surtout de se retirer pendant l’été, quand les canots de l’Outaouacs descendaient, de demeurer dans sa cabane et de ne pas aller pas au bord de la rivière comme les autres pour les voir arriver. Elle aussi lui obéit et ne retourna plus à Montréal. Il suffisait de lui dire un mot une fois et elle le mettait aussitôt en pratique. C’était devenu un proverbe commun dans le village de dire que Catherine n’était jamais ailleurs que dans sa cabane ou dans la chapelle. Elle ne connaissait que deux chemins, celui qui menait à son champ et celui qui menait à sa cabane. Elle s’est prescrit quelques règles de conduite car étant une jeune Indigène de vingt-deux à vingt-trois ans, elle devrait normalement aimer être habillée et parée comme les autres. Cela consistait à avoir les cheveux bien graissés, bien liés et bien partagés ou tressé en une longue tresse qui descendait dans le dos. Elles portaient également des colliers de porcelaine, des mocassins, de belles couvertures et de belles chemises. En un mot, tout ce qui était vanité. Mais Catherine savait qu’elle pouvait abandonner toutes ces excentricités. On voyait par sa seule pensée qu’elle ne cherchait pas de mari. Elle renonça donc à tous les vêtements rouges et à tous les ornements que les filles Indigènes portent. Elle possédait seulement une couverture bleue, neuve et simple pour les jours de communion. Elle accompagnait ce sacrement d’un intérieure très parfait qui n’était connu que de, mais elle ne pouvait bien le cacher à sa compagne qui en a eu connaissance au temps de leur plus grandes ferveurs. Les fêtes de Saint-François-Xavier et de Noël ont passé et Catherine était amener à la chasse où elle a accompli des choses aussi extraordinaires dans sa solitude qu’elle avait pu le faire au village. Sa compagne Marie Thérèse Tegaiaguenta s’est entretenue un jour avec Catherine concernant l’indignation qu’elle ressentait contre elle et ses péchés. Un jour où Marie Thérèse se rendait dans les bois, elle fut envahie de douleur à la vue de ses péchés. Elle alors pris une poignée de branches et s’en est donné des coups sur les mains. Une autre fois, elle a grimpé à un arbre pour récupérer de l’écorce de bouleau pour confectionner un ouvrage. La crainte s’est emparée d’elle lorsqu’elle regarda au pied de l’arbre où il y avait beaucoup de pierres. Elle crut avec raison que si elle tombait, elle tomberait sur la tête, mais une bonne pensée lui vint alors qui la rassura davantage dans toutes les bonnes résolutions qu’elle avait prises pour servir Dieu. En réfléchissant à sa peur, elle se blâma d’avoir peur de mourir et de ne pas avoir pas peur d’aller en enfer. Les larmes lui vinrent aux yeux en descendant de l’arbre. Lorsqu’elle fut descendue, elle s’est assise au pied de l’arbre, jetant d’un côté son écorce, et se laissa aller au bon sentiment qui la remplissait alors. Catherine a pris bien bonne note de ce que sa compagne lui avait raconté et elle prit la résolution d’en faire un exercice quotidien de dévotion pour garder durant le temps de la chasse. Chapitre 17 Catherine faisait toutes choses sans vanité et dans l’esprit de Dieu. Elle continuait dans les bois tous les exercices de dévotion qu’elle pratiquait au village et elle remplaçait ceux qu’elle ne pouvait pas faire par d’autres qu’elle inventait, c’est-à-dire ceux que le Saint-Esprit lui suggéra. Il semblerait que Dieu était content de faire voir aux Indigènes comment cette sorte de vie pouvait être sanctifiée par Catherine. Elle n’avait passé qu’un hiver à la chasse depuis son arrivée au Sault, mais elle avait si bien caché ses pratiques de dévotion qu’on n’y a fit réflexion qu’après sa mort. Cette réserve donna lieu à une calomnie dont elle fut l’attaque. Cet hiver là, elle vécut comme une Sœur. Le matin elle priait Dieu avec tous les autres selon la louable coutume de ceux qui allaient à la chasse après la prière. Après la prière, les hommes mangeaient et partaient ensuite pour la chasse à l’orignal ou au castor et ne rentraient que le soir à la cabane. Pendant que les chasseurs mangeaient dans la cabane, Catherine allait se cacher pour faire une prière intérieure ou verbale, ou les deux à la fois. Elle avait construit un petit oratoire près d’un petit ruisseau où les gens de la cabane allaient chercher de l’eau. Son oratoire était fait d’une croix qu’elle fit dans un arbre. Elle remplaçait ainsi la messe qu’elle ne pouvait pas entendre en joignant son intention à celles du village. Comme elle l’a dit à sa compagne, elle priait son ange gardien afin qu’il assiste à la messe pour elle et que lui en apporta le fruit. Lorsque quand elle croyait les chasseurs étaient sortis de la cabane, vers les neuf heures du matin, elle retournait l’intérieur avec les femmes. Elle s’employait à faire ce qu’on lui demandait, c’est-à-dire bûcher, préparer la sagamité ou bien accomplir les tâches ordinaires de toutes les femmes Indigènes. Ces tâches consistaient à faire des ceintures de poil d’orignal et elle le faisait délicatement car il n’y avait aucun des ouvrages que les femmes Indigènes faisaient qu’elle ne pouvait pas faire. Ainsi, pendant son travail ou les occupations de la journée, elle demandait à celles qui savaient chanter de fredonner quelques hymnes de la chapelle ou de raconter des histoires de la vie des saints, qu’elle avait entendues dans les sermons les dimanches au village. Et elle commença en leur donnant un thème. Celles qui étaient avec elle la regarderaient comme une sainte fille quand ils la voyaient prier avec une modestie angélique. Sa sœur a dit que deux ou trois ans après la mort de Catherine, elle avait eu pour elle un respect mêlé de joie. Elle a vu dans la chapelle du Sault, avant la chapelle tomba, quelques rondins de bois que Catherine avait coupé après avoir abattu et avec deux caisses qu’elle avait faites pour contenir les rondins. Ceux qui avaient critiqué ses retraites ou ses dévotions particulières ne pouvaient s’empêcher de verser des larmes de dévotion en pensant à Catherine et imploraient son pardon. Tandis que les autres dans les bois ne pensaient qu’à chasser les castors ou les martes, Catherine ne pensait qu’à servir Dieu et à imiter Notre-Seigneur en vivant dans la pauvreté. Celle-ci ne lui a jamais fait peur et elle ne craignant pas de ne pas avoir de mari. Elle était si pauvre qu’elle n’avait aucune chemise à porter quand elle reçut le saint viatique, mais sa compagne lui en prêta une. C’est la plus principale raison qui explique que certains, qui ont voulu imiter Catherine, n’ont pas persévéré. Ils n’en étaient pas assez pour qui on pouvait admirer une constance et une manière d’agir toujours égales, parce que sa vie allait au-delà de la compréhension de la nature Indigène. Chapitre 18 Nous sommes ici dans un grand champ dont nous n’avons pas encore vu le bout. Ses austérités sont partagées entre celles qu’elle a faites dans les bois et celles qu’elle a faites au village. Je commence par les premières qui ont été réalisées à la chasse ou dans le lieu où ils passaient l’hiver. Sa sœur remarqua un jour que Catherine allait chercher la viande d’une bête qui avait été tuée à quelques lieues de leur cabane. Quand elles traversèrent à côté d’un marais glacé au milieu de l’hiver, Catherine laissa passer tous ses compagnons et marcha fort longtemps pieds nus sur la glace fine de cet étang. Ils remarquèrent qu’elle était loin derrière et ils alors attendu parce qu’ils croyaient qu’elle avait senti un malaise. Sa sœur remarqua alors qu’elle était pieds nus, mais Catherine s’en aperçu, remis ses mocassins et tâcha de détourner la pensée qu’elle n’avait pas fait quelque chose pour se mortifier. On m’a dit aussi qu’elle n’avait pas pu cacher à sa sœur et surtout quand elle allait prier Dieu et se châtiait rudement avec des jeunes branches de saule, selon sa coutume. Cela se passait près du petit ruisseau où elle a bâti son lieu prière. Dans ce temps là, il y avait seulement des jeunes branches de saule, qui sont ici très longues. Ce qui est d’autant plus croyable qu’elle avait déjà commencé à châtier son corps de la sorte dans le village. Elle n’était pas capable de le faire très longtemps parce elle ne pouvait pas endurer un tel froid sans un feu. Elle faisait ça surtout les jours de fêtes, pendant la chasse, et elle complétait en ce lieu les dévotions qu’elle avait l’habitude de faire quand elle était au village. Quand elle n’allait pas à la chasse l’hiver, elle en faisait davantage. On dit qu’à la fête de la Purification elle fit une procession dans son champ, pieds nus dans la neige jusqu’au-dessus des genoux, en récitant plusieurs fois son chapelet. Sa compagne raconta que, une fois qu’elle portait une grosse charge de bois et qu’elle avait en même temps autour de sa taille une ceinture de fer avec de longues pointes, elle glissa sur la glace et tomba d’une colline en se rendant au village de son champ. Cette chute fit entrer les pointes de sa ceinture profondément dans sa chair, cependant elle ne fit que rire et ne voulut pas abandonner sa charge comme sa compagne l’en suppliait. Elle reprit sa charge de bois et se rendit dans sa cabane et cacha si bien son mal que personne ne s’en aperçut. Cet esprit de pénitence lui fut inspiré par sa première institutrice qu’elle appelait sa mère. Elle dit un jour à Catherine en l’instruisant que le feu de l’enfer lui faisait davantage peur que tout ce que Dieu employait pour châtier les péchés. Catherine, touchée et pénétrée de la douceur de ses péchés, ne dormit pas de la nuit, mais quand tout le monde fut endormi, après les prières du soir, elle se brûla avec les tisons du feu, à commençant par le bout des orteils et en continuant jusqu’aux genoux. Quand ses jambes furent brûlées de la sorte, elle alla passer le reste de la nuit à la chapelle. Une autre fois, sa compagne Marie Thérèse lui confia avoir envie de se brûler comme une esclave et de mettre entre le doigt du pied et le gros orteil un charbon de feu pendant la récitation du Je vous salue Marie. Catherine lui répondit qu’elle en ferait autant, mais Marie Thérèse disait à Catherine qu’elle n’avait pas le cœur de le faire parce que la douleur l’avait percée au vif quand en regardant le charbon de feu qui brûlait la chair. Le lendemain, elle rejoignit Catherine dans sa cabane et admira voyant sa fidélité car il y avait un grand trou à son pied, ce qui ne pouvait se faire sans ressentir une grande douleur. Quand on s’aperçut qu’elle ne mangeait rien certains jours de la semaine, comme le mercredi et le samedi, alors qu’elle allait bûcher pendant le jour, on la surveilla et on ne la laissa pas partir avant que la sagamité fut prête. Elle se dérobait parfois et disait à celle qui était autour du feu qu’elle devait demeurer dans la cabane, parce qu’elle aura un enfant à garder. Alors, Catherine n’avait pas d’empêchement pour allait dans les bois. Quand on la surveillait si bien qu’elle ne pouvait pas s’en aller sans être vue, elle se mortifiait en mangeant sa sagamité, car elle y mettait de la cendre, surtout pendant le Carême et souvent après Pâques, les vendredis et parfois elle faisait cela après avoir beaucoup travaillé tout la journée. L’horreur que les nouveaux chrétiens du Sault avaient de la vie qu’ils avaient menée avant leur baptême les animait tellement contre le péché qu’ils ne s’épargnaient pas dans la pratique de grandes pénitences. Cependant, Catherine ne savait rien de ces pénitences et personne ne lui en parlait parce que la faiblesse de son corps leur donnaient douleur pour ses souffrances. Son innocence était grande et sa ferveur bien solide, alors elle cherchait tout d’elle-même ce qu’on ne voulait pas lui enseigner. C’est pour cette raison qu’elle se rendit un samedi dans la cabane de sa compagne pour parler des affaires matières spirituelles. Elles parlèrent longtemps ensemble de diverses choses de dévotion en attendant que la cloche sonne le samedi soir à la mission pour dire les prières. Comme on avait l’habitude de se préparer ce jour-là pour la confession du samedi, Catherine ajouta à leur préparation ordinaire celle que je dirai ici. Nous avons remarqué que la compagne de Catherine avait trouvé d’inventer de se punir de ses péchés avec des jeunes branches de saule. Elle suggéra ce moyen à Catherine qui sortit de la cabane et se rendit dans le cimetière qui était proche de là. Elle y prit une poignée de branches et s’en retourna à la cabane et les cacha adroitement sous la natte sur lequel elle s’est assise. Quand le premier coup de la cloche sonna, elles pressèrent le gens de la cabane de se rendre à la chapelle et quand elles furent seules, elles fermèrent la porte par-dedans et satisfirent leur dévotion. Catherine se mit la première à genoux et demanda à sa compagne la grâce de ne la pas épargner. L’autre, au contraire, voulait passer la première, craignant qu’il n’y ait pas assez de temps pour elle, mais Catherine persuada enfin sa compagne de faire ce dont elle l’avait supplié. Après avoir récité une prière conforme à leur intention et quand leur zèle fut satisfait, elles allèrent au Sault remplies de joie, bien qu’elles se soient mises les épaules en sang. Jamais elles ne trouvèrent les prières plus courtes que ce jour-là et jamais elle ne furent plus contentes. Il ne leur restait plus qu’à chercher un lieu approprié pour continuer cette rude dévotion. Elles choisirent une cabane qui appartenait à un Français qui faisait parfois de la traite avec les Indigènes et qui demeurait à La-Prairie-de-la-Madeleine. Cet homme laissait cette cabane ouverte. Ce lieu leur sembla plus approprié parce qu’il était au milieu du cimetière. Elles choisirent aussi le samedi pour se préparer à leur confession. La méthode elles gardèrent de faire un acte de contrition que celle dans les prières enseignant aux Indigènes, ou un autre acte qu’elles faisaient selon leurs dévotions. Ceux-ci consistaient en commencer à réciter l’Acte de foi, comme on le faisait tous les jours à la chapelle en priant Dieu. Catherine qui voulait toujours être la première en pénitence se mettait à genoux et recevait des coups de branches de saule. Elle disait toujours que ce n’étaient pas assez douloureux et elle exhortait sa compagne à frapper plus fort, bien que je sache que le sang sortait au troisième coup. Quand elles en sont venues à faire une pause, elles dirent le chapelet de la Sainte Famille qu’elles divisèrent en plusieurs et à chaque d’elles, elles se donnaient encore cinq coups de branche. Mais sur la fin, leur dévotion n’avait pas de mesure. C’est alors que Catherine dévoila les sentiments de son cœur en ces paroles: « Mon Jésus, il faut que je souffre avec vous, je vous aime, mais je vous ai offensé. C’est pour satisfaire à votre justice que je suis ici. Déchargez, mon Dieu, sur moi, déchargez votre colère. » Parfois elle ne pouvait dire davantage, mais les yeux baignés de larmes enfin elle disait souvent: « Je suis extrêmement touchée par les trois clous qui ont attaché Notre-Seigneur à la croix. Ils sont la figure de mes péchés. » C’est donc ce qu’elles faisaient tous les dimanches avec leurs prières et les pénitences dans la cabane, au milieu du cimetière. Alors, quand Catherine était touchée de la sorte, elle touchait sa compagne qui lui faisait les mêmes supplications que Catherine lui avait faites. On admirait bien souvent cette fidèle compagne de Catherine qui assurait que lorsque cette sainte fille était dans ses ferveurs, elle lui racontait tous ses péchés. Elle ne trouvait rien de plus grave dans sa conscience que la lâcheté dans laquelle elle avait vécu depuis son baptême, c’est-à-dire de ne pas avoir su résister à ceux qui l’obligeaient à travailler aux champs travailler les jours de fête et les dimanches, de ne pas avoir plutôt souffert le martyre, et d’avoir appréhendé la mort que le péché. La fin de l’année 1679 se passa de la sorte et le Père Frémin passa en France pour les affaires de la mission. Le Père Cholenec, qui était en charge de la mission était occupé et avait seulement le temps de s’occuper des affaires générales. Bien que le Père Cholenec était certain qu’elles ne feraient rien, surtout concernant la manière dont elles voulaient vivre, sans avoir consulté leur confesseur. Par exemple, chaque jour Catherine et Marie Thérèse exécutaient quelques actes de dévotion que convenaient à leur dessein. Les Pères étaient surpris des progrès qu’accomplissaient ces nouvelles chrétiennes dans toutes les vertus chrétiennes, mais ils ne savaient pas tout ce qui passait entre Catherine et sa compagne. Catherine tomba malade et faillit en mourir. Alors, sa compagne commença à avoir des scrupules de la laisser mourir sans parler de leur mortification. Elle s’adressa donc au Père Cholenec après avoir demandé la permission à la malade qui y consentit volontiers. Le Père fut grandement surpris, sans toutefois manifester son étonnement, et blâma leur imprudence qu’il jugea bien pardonnable pour ces nouvelles chrétiennes. On les instruisit donc et on régla toute cette dévotion. Catherine retrouva la santé, mais elle percevait la maladie comme une lâcheté et non comme une défaillance ou un manque de force. Elle importunait continuellement son confesseur et le suppliait d’avoir pitié d’elle et de lui permettre de faire quelques pénitences afin que son corps n’obtienne pas la victoire. Il lui permit donc de faire quelques petites pénitences parce que la vie des Indigènes était déjà remplie d’épreuves. Ce qui était admirable, c’est que cette fille de vingt trois ans, qui était toujours malade, ait pu accomplir en quatre ans, depuis son baptême, tant de choses et ce, avec une si grande ferveur qu’elle tirait même des forces de sa faiblesse. Elle en faisait autant qu’elle le pouvait avec le peu qu’on lui permettait. Elle demanda au cours de sa dernière maladie la permission de jeûner parce que c’était la semaine sainte. Elle ne se considérait pas si faible, pourtant trois jours après elle mourut, mais elle n’avait à l’esprit que seulement son salut auquel elle pensait nuit et jour. Lorsque Catherine ne pouvait rien obtenir, elle se plaçait dans une position gênante pour faire souffrir son corps. Anastasie le lui reprocha en lui disant qu’elle se tuerait. Catherine lui répondit en riant que Notre-Seigneur avait bien plus souffert sur la croix et qu’elle ne souffrait rien en comparaison de lui. Quand Catherine fut relevée de maladie, si on peut parler ainsi, car elle a été toute sa vie infirme, tirant plus du côté de la maladie que de la santé, elle reprit le travail ordinaire des Indigènes et mit le comble à sa pénitence. Elle était pressée de faire son purgatoire, croyant qu’il ne lui restait pas beaucoup de temps à vivre. Un jour, au commencement du Carême à la Passion de Notre-Seigneur, en se reposant proche d’un buisson d’épines, elle fut remplie de tristesse parce qu’elle n’avait rien pu faire pour lui. Sa ferveur la poussa à mettre quelques branches avec des épines parmi sa charge de bois et en arrivant à sa cabane, elle prit une poignée de ces épines et les plaça sous une écorce qui la servait de sa natte. Avant de se coucher le soir, elle prit les épines, les étendit sur sa natte et se coucha dessus. La première nuit et la deuxième nuit passèrent sans qu’elle ne subissent aucun effet, mais à la troisième nuit son corps succomba. Le Père l’a vue et se douta de quelque chose. Elle lui avoua tout et jeta les épines au feu. On dit que c’était ce qui l’avait fait mourir, quoique des autres disent que son mal venait du fait que sa compagne ayant été envoyé à La Prairie, sur les glaces sur le long de la Grande Rivière, avec plusieurs autres filles Indigènes, pour apporter quelque chose, et Catherine l’accompagna elle fut pris d’une fièvre et depuis ce temps elle ne se portait pas bien. Chapitre 19 Le désir ardent de Catherine était de vivre à la mission du Sault pour pouvoir communier. Elle enviait les Indigènes du Sault, qui étaient en visite chez les Agniers. À qui on donnait la communion. C’était ce désir de s’unir à Notre-Seigneur qui la portait si souvent à la chapelle et qui lui faisait trouver le séjour dans les bois ennuyant. La seule consolation dans ses plus grandes infirmités était de pouvoir aller à la chapelle, où elle se tenait dans une modestie d’ange durant des heures entières. Lorsqu’elle entrait dans la chapelle, elle prenait de l’eau bénie, elle se rappelant son baptême, et renouvelait la résolution qu’elle y avait prise de vivre en bonne chrétienne. Après s’être agenouillée dans un coin près de la balustrade, de peur d’avoir l’esprit distrait par les personnes qui entrent et qui sortent, elle se couvrait la tête de sa couverture et faisait un acte de foi touchant la présence réelle dans le Saint-Sacrement. Elle accomplissait aussi plusieurs autres actes intérieurs de contrition, de résignation et d’humilité, selon l’inspiration qui la touchait intérieurement. Et elle demandait à Dieu de lui envoyer la lumière et la force nécessaire pour bien pratiquer la vertu. Elle priait pour les infidèles et surtout pour ses parents Iroquois. Elle finissait sa dévotion par un chapelet. Elle confia cet exercice de dévotion à sa compagne qui en fit le rapport. Si Catherine ne lui avait pas caché plusieurs des autres belles pratiques que le Saint-Esprit lui enseignait, nous pourrions admirer le progrès que la foi faisait en elle en si peu de temps. J’ai proposé qu’on la place dans la chapelle après sa mort, parce que Notre-Seigneur avait promis que ses serviteurs et ses servantes devaient être là où il était et il le permit pour sa gloire. Mais le Père Cholenec, qui avait en charge de la mission, ne juges pas cela pertinent. On l’a alors placée dans le tombeau qui était fait et c’est le lieu qu’elle a avait dit trois mois avant sa mort. Alors, quatre ans plus tarde, nous l’avons amenée dans la nouvelle église. Elle est la première a avoir reçu cet honneur sur cette terre. Nous avons vu par expérience que Dieu n’a pas désapprouvé l’honneur que nous avons rendu à sa servante. Chapitre 20 Catherine Tekakwitha avait une dévotion tendre envers la Mère de Dieu, depuis qu’elle avait appris les qualités, le pouvoir et la gloire de Notre-Dame et comment on devait l’honorer. On ne saurait expliquer la dévotion qu’elle porta à la Mère de Dieu quand elle fut reçue de la Sainte Famille. Elle marquait les jours dédiés à la Sainte Vierge dans la semaine par quelques pénitences ou d’acte de vertu qu’elle faisait ces jours-là. Un peu après qu’elle fut arrivée des Agniers, son institutrice remarqua qu’elle avait un peu de grains de porcelaine attachés à ses cheveux par derrière. Elle lui demanda si elle était prête à quitter ces vanités pour imiter la Sainte Vierge. Catherine obéit à la première parole et n’en a jamais portées depuis ce temps-là. Elle voulut couper ses cheveux pour témoigner qu’elle se voyait pour toujours au service de la Vierge des vierges, mais la crainte qu’elle avait de paraître vertueuse a fait qu’elle ne s’est pas coupé ses cheveux. Elle se contenta de porter ses cheveux comme les autres filles modestes du village. La virginité que Catherine a toujours aimée et qu’elle gardait toujours était le lien qui l’attachait pour avoir souvent recours à la Sainte Vierge, qui l’avait fait avec son corps et sa vie. Elle proposait sa vie pour modèle afin de l’imiter autant qu’elle pourrait. Ce désir la poussait à faire la procession, j’ai mentionné, autour des champs dans la neige, en disant plusieurs fois son chapelet. Elle avait toujours son chapelet et avait appris par cœur les litanies de la Sainte Vierge qu’elle récitait de sa manière particulière après les prières du soir dans la cabane. Elle disait l’Angélus avec exactitude, peu importe l’endroit où elle se trouvait dans les bois, parce que c’est la louable coutume de tous les Indigènes du Sault de le dire trois fois par jour. Catherine voulait, tout comme Saint Paul, que tout le monde lui ressemble. Son air d’agir, sa réputation et un je-ne-sais-quoi que les Français et les Indigènes ont remarqué chez cette jeune vierge Indigène ont fait le miracle de nos forêts. Elle était la cause de plusieurs qui voulaient apprendre d’elle ce qui était le plus agréable à Dieu afin de le mettre en pratique. Et quelque des choses elle faisait l’a fait cacher, mais parfois elle ne pouvait refuser des instructions aux autres. La virginité, la chasteté, l’abstinence étaient un baume qu’elle répandait partout. Elle parlait de cette vertu aux autres pour qu’ils l’embrassent et pour qu’ils évitent le vice, pendant qu’elle parlait de la Sainte Vierge, qui était son refuge et son modèle. Deux personnes mariées avaient vu Catherine, peu de temps après qu’elle ait fait le vœu de virginité perpétuelle et un an avant qu’elle ne meure, dans le but d’apprendre d’elle quelle vie un bon chrétien devait mener dans ce monde. Ils savaient bien que l’humilité de Catherine l’empêcherait de parler, alors ils envoyèrent chercher sa compagne et en même temps ils supplièrent Catherine de venir dans leur cabane. L’homme s’appelait François Tsonnatouan et sa femme, Marguerite qui n’avait pas plus de vingt et un ans et lui guère plus que sa femme. Quand Catherine et sa compagne furent entrées, on ferma la porte de la cabane pour témoigner par-là que c’était un grand secret qu’on demandait à Catherine et qu’on était prêt à le garder. Tsonnatouan, qui signifie « grosse bûche », ouvrit le discours et s’adressa à Catherine et à Marie Thérèse et leur dit d’abord qu’il savait ce qu’elles faisaient et qu’elles avaient embrassée. Il disait cela pour les faire parler et parce que lui et sa femme voulaient devenir des bons chrétiens et se donner entièrement à Dieu. Catherine, fort surprise de ce discours, garda le silence pendant quelque temps et dit à sa compagne de parler. Il serait trop long de rapporter ce qui se dit de part et d’autre concernant ce qui était plus agréable à Dieu. Elle ne conseillèrent rien à ces deux jeunes mariés, sauf d’aller trouver le Père et de lui proposer leur bon dessein. Ce bon François est mort au mois d’avril de cette année 1695. Il avait voulu vivre avec sa femme comme avec sa sœur, ce qu’il a fait plusieurs années de suite, et il l’aurait toujours fait si on ne lui eut conseillé le contraire. La haine qu’il portait aux péchés de la chair venait du fait qu’il leur a cédé autrefois en étant infidèle avant son baptême. Il était un excellent chasseur et un bon guerrier. Il a été affligé durant quatorze ans par la tuberculose qui le rendait parfois si malade qu’il ne pouvait faire un pas ni même s’asseoir. Il a été en tout cela digne imitateur de Catherine et il s’essayait de proposer continuellement l’exemple de cette sainte fille. Il avait son portrait auprès de lui et portait ses reliques à son cou. Il portait aussi autour de son cou un petit chapelet qu’il appelait le chapelet de Catherine. Il était composé d’un Je crois en Dieu qu’il disait sur la croix, d’une perle pour le Notre-Père, d’une autre pour le Je vous salue Marie et de trois autres petites perles de porcelaine pour chaque Le Gloire au Père. Il disait ce chapelet pour remercier la Sainte Trinité des grâces faites à Catherine. Il a toujours soutenu la vertu de sa femme qui est une grande dévote, mais qui de temps en temps supportait avec peine sa pauvreté. Il avait un livre d’images dans lequel tout le Vieux et le Nouveau Testament étaient dépeints et quelques autres peintures propres à expliquer les vertus et les vices, les mystères du Rosaire et beaucoup autres mystères. Comme il enseignait plus par exemple que par parole, il a converti beaucoup personnes à Dieu, ou plus certainement Catherine les convertissait pour lui, car il se sentait obligé à Catherine de ce qu’il était devenu en se comparant auparavant. Aussi, Il s’était fait un petit chapelet avec quelques perles de porcelaine sur lequelles il marquait les actes de vertu qu’il faisait. Selon le témoignage de tout le monde, sa mort a été prédestinée et il laissa sa femme dans une dévotion extraordinaire. Il a mérité sa place dans la vie de Catherine puisque c’était l’exhortation de sa vie ou l’exemple de sa vie comme il se l’était proposé dans sa maladie ou les prières de cette sainte l’ont élevé à la perfection. Chapitre 21 Il n’y a pas de vertu si élevée qui ne soit parfois sujet de calomnie. La réputation de Catherine fut flétrie quelque temps pour l’éprouver, mais le démon n’en tira pas le fruit qu’il croyait, elle demeura patiente, douce et humble. Après sa mort, elle laissa sa réputation entre les mains de Dieu qui l’a justifiée et l’a exaltée jusqu’au plus haut degré de l’honneur. L’épreuve ne pouvait être plus sensible que celle qu’elle vécut au Sault au retour de la chasse d’hiver. Elle croyait être à l’abri des mauvaises langues en quittant son pays, mais on l’accusa d’une chose dont elle était innocente et qui la piqua au vif. Une femme mariée, bonne chrétienne et peu encline à la médisance, forma un jugement fort désavantageux envers Catherine en ce basant seulement sur certaines apparences. Un soir, son mari est rentré fort fatigué de la chasse, après avoir couru tout le jour après un orignal. Il est revenu à la cabane bien tard et il se jeta à la première place qu’il trouva et s’endormit. Sa femme, le lendemain matin, le trouva endormi et regarda autour pour voir qui se trouvait près de lui. Elle aperçut Catherine et l’a mal jugea. Les paroles de son mari confirmèrent son soupçon. Il lui a dit qu’il y avait un canot à la rivière qui devait être recousu par quelques femmes et comme le temps pressait de rentrer qu’il demanda à Catherine de le faire. Sa femme eut assez de sagesse pour ne pas parler de tout ça à son arrivé au village. Elle alla trouver le Père Frémin, qui était en charge de la mission, et lui confia son soupçon et le fondement de son jugement. Le Père croyait tout dans une chose si délicate et qui semblait peut-être assez probable. Il en parla donc à Catherine, tant pour demander que pour l’aviser. Quoi que pouvait dire Catherine alors, on ne la croyait pas entièrement. Son institutrice lui parla encore, soit pour apporter un remède au mal, s’il y avait, soit pour le prévenir. La bonne Catherine Tekakwitha n’a jamais autant souffert qu’en cette occasion et ce qui la blessait davantage était le fait que le Père ne semblait pas la croire et qu’il l’accusait comme si elle avait été coupable. Dieu lui permit ainsi de prouver sa vertu, car c’est tout ce qui restait plus à cette fille vertueuse, après avoir quitté son pays et ses parents et toutes les commodités qu’elle aurait pu trouver dans un bon mariage. Elle n’avait aucune autre désire que celui de pratiquer l’abnégation dans son honneur pour ne plus rien accepter de ce siècle. Cela s’est produit en elle dans un éminent degré. Dieu avait parlé et les choses admirables qui se sont passées après sa mort et cela fit réfléchir ceux qui étaient avec elle dans les bois. Cela les poussa à retirer leurs paroles médisantes au sujet de sa conduite et ils ont été les premiers à la louer. Il est vrai qu’avant que l’ivrognerie ne devienne chose courante chez les Iroquois, il y eut des personnes parmi eux qui avaient la réputation d’être chastes, que le vice de l’impureté y était moins présent et que les mariages étaient meilleurs chez que chez les autres nations d’Indigènes. Cependant, ce que la foi a produit en Catherine ne s’était jamais vu auparavant. La pudeur était dépeinte sur son visage et la chasteté semblait être née avec elle. Un jeune homme entra un jour dans sa cabane et vit Catherine qui était assise proche de son institutrice. En riant, ce jeune homme dit que celle-là ait des yeux qui lui faisaient mal et en même temps il tira sur un bout de sa couverture afin de découvrir son visage. Ce geste fit rougir Catherine de se voir le visage découvert, mais sans se fâcher qu’elle ramassa sa couverture et écouta patiemment sa mère qui l’instruisait. Ce bouclier de patience la rendait invulnérable et incapable de blesser la charité de qui c soit ni de se plaindre de personne, ce que nous avons pu remarquer dans toute l’affaire que je viens de raconter. Elle ne dit que ce qui était nécessaire et pour faire connaître la vérité, mais elle ne dit rien qui aurait pu laisser paraître son mécontente envers ceux avec qui elle avait passé l’hiver à la chasse. Cet argument seul a été capable de détromper ceux qui avaient une mauvaise opinion d’elle. La bonne réputation du mari de la femme, qui avait apporté l’accusation, était un des chrétiens les plus anciens du village plus de plus de vingt ans après son baptême. Il n’avait jamais donné l’occasion à personne de dire du mal de lui et il vécut heureux avec sa femme. Ainsi, Dieu a guidé Catherine sur un chemin très épineux. Les épines matérielles qu’elle avait servies pour faire pénitence n’étaient que seulement le symbole des épines intérieures qui devient tourmenter son âme. Chapitre 22 Bien que la vie de Catherine Tekakwitha ait été une maladie continuelle depuis son jeune âge, elle n’a jamais considéré comme une incommodité la maladie qu’elle avait aux yeux depuis l’âge de quatre ans. Durant la dernière année de sa vie, elle a souffert d’un mal de tête presque continuel, d’un mal d’estomac accompagné de vomissements et enfin avec d’une fièvre lente. Elle avait le désir d’apprendre à servir Dieu au Sault et les consolations célestes de Dieu la remplie. Cela la empêchaient parfois de penser aux incommodités et l’assiduité dont elle faisait preuve au travail lui faisait paraître les jours fort courts. Elle avait avec tout cela un l’air heureux et souriait, si bien qu’elle ne laissait pas voir sa souffrance, même au plus fort de ses maux. On voyait Catherine au milieu de l’été avec la tête couverte, tandis que les autres filles Indigènes étaient habillées beaucoup plus légèrement. Quand son institutrice lui demanda alors la raison qui expliquait son comportement, lui disait qu’elle se rendait malade ainsi et qu’elle pourrait adopter le même confort que les autres. Alors, Catherine lui répondit qu’elle aurait l’impression d’être fière si on la voyait la tête haute, sans couverture ou sans voile. Elle transformait ainsi en vertu une chose qu’elle était peut-être contrainte de faire puisqu’elle ne pouvait pas supporter la trop grande lumière du soleil. Ainsi, cette âme s’attachée à Dieu profitait des moindres choses qui semblaient sans importance pour certains, mais qu’elle-même sanctifiait. Quoi qu’elle fasse pour se cacher, les gens qui vivaient au Sault commençaient à la connaître comme une Sœur et quelques Français de La Prairie en eurent une connaissance particulière parce qu’ils ont vu sa modestie et de sa vénération religieuse. Chapitre 23 Dieu a ravi Catherine au monde alors qu’elle commençait à y paraître. Elle arriva au Sault à l’automne 1677. Elle passa un hiver dans les bois, à la chasse. Elle s’adonna aux pénitences extraordinaires pendant l’été 1679. Elle prit alors la résolution de ne plus aller à la chasse et de passer toutes les hivers au village dans la nécessité, comme ceux qui demeurent au village et qui n’avaient que du blé d’inde à manger, sans seul morceau de viande. Elle s’est privée de toutes les autres commodités dont profitaient ceux qui allaient à la chasse. Elle préférait les richesses spirituelles qui étaient accordées à ceux qui passaient l’hiver dans le village, soit la sainte messe qu’ils peuvent entendre, les communions, les indulgences qu’ils peuvent gagner, les instructions qu’ils reçoivent à la chapelle et dans les cabanes, et l’esprit du christianisme qu’ils peuvent atteindre plus facilement. Catherine, en particulier, fut contrainte de demeurer au village en raison d’un incident qui lui est arrivé le premier hiver où on blâma sa conduite et qu’on l’accusa injustement de s’être mal comportée. Nous pouvons aussi ajouter que Dieu ne voulut pas qu’elle meure dans les bois et qu’ainsi nous soyons privés des grands exemples de vertu qu’elle donna à tout le village en mourant. Ce fut le mercredi 17 avril 1680 que Catherine quitta ce monde pour aller au Ciel. Après sa mort, j’ai été dans un paradis continuel avec elle et j’ai me suis recommandé aux prières de cette servante de Dieu. Ses incommodités croissaient tous les jours vers la fin de l’année 1679. Parfois on la voyait debout, mais elle était incapable de quitter sa cabane. Quand elle pouvait sortit, son plaisir était de se retrouver dans la chapelle une partie de la journée, à genoux ou appuyée sur les bancs quand elle ne pouvait pas se tenir. Lorsqu’elle se retrouvait seule dans la cabane comme cela arrivait fort souvent aux malades, tandis que les autres étaient occupés à travailler aux champs, elle s’entretenait avec Dieu. En vérité, elle ne le perdait jamais de vue ou en méditant ou en disant son chapelet. Quand je la visitais, elle pensait plus à son âme qu’à ses douleurs et son corps. Elle aurait voulu que je ne sorte jamais de sa cabane. Je menais parfois les petits enfants dont j’avais soin dans sa cabane de la malade, tant pour lui faire oublier ses douleurs que pour la contenter et lui enseigner. Afin de bien prendre plus de l’instruction, elle tâchait de se lever, aussi faible fut-elle, pour voir les images de l’Ancien et du Nouveau Testaments que j’expliquais alors. Les remerciements de Catherine et l’insistance dont elle faisait preuve pour m’obliger à revenir bientôt étaient les marques de la faim et de la soif qu’elle avait en la justice. Elle était cependant si mal que peu de jours après elle mourut en odeur de sainteté. Chapitre 24 Catherine Tekakwitha fut bénie parce que Notre-Seigneur la trouva dans une veille continuelle. Lorsque le saint viatique lui fut donné, on perdit espérance de la revoir en santé. Nous étions dans la semaine sainte, et elle s’obligea en mémoire de la Passion de Notre-Seigneur qu’elle nous a demandé de lui accorder le droit de faire quelques pénitences, comme passer toute une journée sans rien manger et à jeûner. Dieu accepta sa bonne volonté. Au lieu de lui accorder ce qu’elle demandait, nous lui avons dit de penser à autre chose car elle n’en avait plus pour longtemps à vivre. Alors, on ne pouvait décrire la joie qu’elle ressentait surtout lorsqu’on a dit qu’on lui apporterait le corps de Notre-Seigneur. C’était une chose sans précédant dans le village que le Saint-Sacrement soit apporté de la chapelle jusqu’à la cabane de la malade. Ils apportait les malades sur une planche d’écorce à la chapelle, pour avoir inspiré les Indigènes du respect du Saint-Sacrement. Les Indigènes ne se considéraient pas digne que Notre-Seigneur doit aller les trouver. Quand est venu le temps de donner le saint viatique à Catherine, on trouva qu’elle était trop faible pour être transportée jusqu’à la chapelle. Mais on avait un grand scrupule à la laisser mourir sans lui conférer le sacrement. On fit donc un passe droit pour elle, sans que personne ne trouve à redire, parce qu’elle méritait d’être plus considérée que les autres. Catherine ramassa toute sa force pour bien faire sa dernière communion. Elle avait supplié sa compagne de ne pas l’abandonner en ce dernier passage. Catherine témoigna de sa pauvreté qui était si grand qu’elle n’avait pas de quoi se couvrir modestement pour la sainte communion. Alors, sa compagne, en sachant, lui prêta sa chemise pour sa communion. Cette cérémonie extraordinaire, de voir porter le Saint-Sacrement à une malade, attira tous les habitants du village pour l’accompagner et pour voir mourir une sainte. Quand le Père Cholenec entra, il entendit sa confession dans laquelle elle renouvelait l’offre qu’elle avait faite à Dieu de lui donner son corps et de renoncer de nouveau à toutes les vanités. Elle s’est rappelée toutes les grâces qu’elle avait reçues de Dieu et surtout de celles qu’il lui avait données depuis son baptême. Elle se rappela principalement d’avoir conservé l’intégrité de son corps qu’elle lui rendait très chaste. On voit alors l’estime qu’on avait de ses vertus. Il y avait peu de personnes au village, parce que la plupart étant encore à la chasse, et ceux qui étaient demeurés au village venaient continuellement la visiter ou se recommander à ses prières. Le Père Cholenec profita de cette occasion et obligea Catherine à exhorter quelques personnes qui avaient besoin d’être encouragées dans la vertu. On a remarqué que l’un des moyens dont Dieu s’est servi dans la mission pour y entretenir la foi a été de gagner les sains par les malades et surtout par les mourants. Grâce à leur exhortation, les mourants arrivaient à convertir souvent des gens qui avaient peine à se faire baptiser ou d’autres qui avaient peine à se confesser. Mais on n’avait jamais vu de semblable à ce qui se passa à la mort de Catherine. On avait remarqué qu’elle parla peu durant les deux années qu’elle passa au village, elle les avaient fait entrer dans une nouvelle ferveur. Elle fut obligée contre son inclination de parler à quelques personnes dévotes en particulier et en général. Elle employa le peu de temps qu’il lui restait, entre sa dernière communion et l’extrême-onction, dans cet exercice de charité et dans des actes continuels d’amour de Dieu. Tout le monde pressa le Père Cholenec pour qu’il donne à Catherine l’extrême-onction. Le Père courut jusqu’à la chapelle pour aller chercher les articles dont il avait besoin et en se blâmant d’avoir trop attendu. Mais seulement Catherine les avertit qu’ils avaient assez de temps. La manière dont elle le dit à sa compagne, au Père et à plusieurs autres leur fit croire qu’elle avait eu une révélation de l’heure de son trépas. Chapitre 25 Le matin du mercredi saint, la maladie empira. Sa compagne, croyant qu’elle allait rendre l’âme, demeura auprès d’elle sans pouvoir s’en séparer. Bien que Catherine lui assura qu’elle pouvait se rendre au son champ travailler et elle promit de l’envoyer chercher quand il serait temps. Cela arriva comme elle l’avait promis. Elle l’envoya chercher vers les dix heures du matin. Marie Thérèse Tegaiaguenta arriva dans la cabane peu de temps avant qu’on ne donne l’extrême-onction. Après qu’elle ait reçu le sacrement, elle s’entretint avec sa compagne. Cependant, son état empirait constamment. Le Père Cholenec qui était agenouillé près d’elle pour dire les « Recommandations de l’âme », soit les dernières prières des mourants, avait entendu un peu ce que Catherine disait. Il observa le visage de Catherine pour voir ce qui se passait et même il donnait courage à l’une et à l’autre. Catherine avait le visage tourné vers le Ciel. Sa compagne l’embrassait d’une main et appuyait l’autre sur la joue de Catherine, en écoutait avec attention les dernières paroles de la mourante. Comme elle avait du mal à parler sans être capable de hausser la voix et voyant sa compagne en larmes, Catherine fit son dernier adieu à sa compagne. Catherine disait: « Je vais presque te quitter, je m’en vais mourir, souviens-toi toujours de ce que nous avons fait ensemble depuis que nous nous connaissons. Si tu changes, je t’accuserai devant le tribunal de Dieu. Prends courage, méprise les discours de ceux qui n’ont pas de foi. Quand on voudra te persuader de te marier, écoute seulement les Pères. Si tu ne peux servir Dieu ici, va-t’en à la mission de Lorette. Ne quitte jamais la mortification. Je prierai pour toi, je t’assisterai, je t’aimerai dans le Ciel. » Après ces dernières mots, cette fille bénie perdit la parole alors que le phlegme commençait à tomber et l’emporterai plus tard. Alors, ses yeux se fermèrent pour un longue période. Elle continua d’entendre jusqu’à son tout dernier soupir. On remarqua plusieurs fois que lorsqu’on lui suggérait quelques actes, elle prenait de nouvelles forces. Quand on l’exhortait à l’amour de Dieu, elle changeait pour ainsi dire l’expression de son visage. Chacun voulut participer à la dévotion que son visage mourant inspirait. Son visage ressemblait plus à d’une personne en contemplation qu’à celui d’une mourante. Elle demeura dans cet état jusqu’au dernier soupir. Sa respiration commença à diminuer peu à peu environ neuf à dix heures avant sa mort et devint insensible et imperceptible. Son visage ne changea aucunement. Le Père Cholenec, qui était agenouillé à son côté droit, ne remarqua qu’une petite contraction du nerf sur le coin de sa bouche. Elle mourut comme si elle s’était endormie et on douta même longtemps de sa mort. Quand on fut assuré de sa mort, on fit son éloge dans la cabane pour encourager tout le monde à l’intérieur à l’imiter. Les paroles que le Père Cholenec à prononcées, jointe à ce que nous avons vu, firent en sorte que l’on regarda son corps comme une précieuse relique. La simplicité des Indigènes leur fit faire, en cette occasion, plus qu’il n’en fallait, comme de baiser ses mains, de conserver comme une relique ce qui lui avait appartenu, de passer le mercredi soir et le reste de la nuit auprès d’elle à regarder son visage changé graduellement en moins d’un quart d’heure. Elle donnait de la dévotion même si son âme était séparée d’elle. Elle paraissait plus belle qu’elle ne l’avait été de son vivant. Ceci donna de la joie à tous et fortifia chacun dans la foi qu’ils avaient embrassée. C’était un argument nouveau de crédibilité que Dieu avait favorisé les Indigènes pour faire goûter la foi. Chapitre 26 La coutume des Indigènes n’est pas de faire de grandes préparations pour les obsèques. Ils graissent les cheveux et le visage des morts, et aussi qu’ils les habillent parfois et leur donnent des mocassins neufs ou parfois les couvrent tout simplement. Un Français qui était au village voulut faire un cercueil pour Catherine par dévotion. On l’y installa dans une manière ordinaire, mais il n’était pas possible de couvrir son visage, tant on prenait plaisir à observer son visage. C’est pourquoi on laissa toujours son visage découvert jusqu’à ce qu’on ait l’enterrée. Chacun lisait sur ce corps ce qu’on disait d’elle, qu’elle était une image de chasteté et de virginité. On n’en avait jamais tant dit dans les catéchismes, que l’on en apprit alors. Ses funérailles étaient un jour de deuil et de réjouissance. Nous étions en deuil de l’avoir perdue, mais nous nous réjouissions de l’avoir comme l’ange gardien du Sault. Chapitre 27 Le Père Jacques de Lamberville qui avait baptisée Catherine, l’appelait un trésor dans sa lettre. Et depuis ce temps-là, il a ajouté qu’il devait dire quelque chose de plus. Le Père Cholenec lui a conféré les derniers sacrements et la loua hautement après sa morte. Dans son journal, le Père François Xavier de Charlevoix a dit de Catherine Tekakwitha: « C’est ainsi que la Nouvelle-France, tout comme la capitale de l’ancienne, a vu de l’avant apparaît une pauvre fille Indigène, une bergère dont la gloire dépassait celle de beaucoup d’hommes apostoliques, de martyrs et d’autres saintes de toutes conditions. » Les Pères Jésuites des îles de l’Amérique se sont recommandés à ses prières, après qu’un missionnaire Jésuite parmi eux a était guéri avec son intercession. Tous les Pères missionnaires qui ont passé au Sault ont pu admirer cette merveille et ont avoué que c’était l’esprit de Dieu qui la conduisait. Le Père Louis de Maizerets, qui était le supérieur du Séminaire de Québec, la loua pendant sa visite et disait qu’elle était l’apôtre des Indigènes. À sa première visite au Sault du Monseigneur, notre Évêque Jean-Baptiste de Saint-Vallier, est venu de Québec avec le gouverneur Jacques-René de Brisay de Denonville. L’évêque pria sur le tombeau de Catherine Tekakwitha et l’appela la Geneviève de la Nouvelle-France. Le Père Louis Geoffroy, curé de La-Prairie-de-la-Madeleine, a dit qu’il était témoin oculaire des merveilles que Catherine faisait dans sa paroisse et qu’il était prêt à le publier partout. Le Père Joseph de la Colombière, Chanoine de la Cathédrale de Québec, qui a été guéri par elle, est venu de Québec pour se réfugier sur son tombeau et la remercier tout particulièrement. Enfin, en 1695, quinze ans après sa mort, toute la Nouvelle-France a commencé à être témoin du pouvoir de Catherine auprès de Dieu, grâce à toutes les guérisons qu’elle a faites à Montréal et ailleurs. La récolte est grande quand on donne les saints au Ciel. Ce que je dis de Catherine peut-être dit aussi de plusieurs Indigènes qui sont encore vivants. Chapitre 28 Nous ne pouvions assez admirer l’esprit d’une Indigène et d’une jeune fille qui avait une foi de nos mystères aussi vive qui celle que possédait Catherine. Bien qu’elle n’ait vécu que quatre ans après avoir embrassé la foi, sa dévotion envers le Saint-Sacrement et envers les autres pratiques suffit pour prouver cette vérité. Elle avait un esprit bon et vif. Elle apprit les prières en peu de temps et fit sa profession de foi sans crainte. Dans sa maison longue, elle était la seule à être baptisée, mais elle n’a jamais relâché sa foi, même si on ne la traita pas bien parce qu’elle voulait ressembler aux Indigènes du Sault. Et on la pointait parfois du doigt comme une sorcière. On disait qu’elle avait obtenu une promesse certaine, qui était la révélation de son bonheur éternel. On s’est étonné de voir comment elle avait promis très facilement ses prières à l’heure de sa mort, ce qu’elle n’avait pas voulu faire durant sa vie, se disant trop jeune dans le christianisme pour pouvoir prier Dieu pour les autres. L’amour de Catherine pour Dieu était qu’elle a consumé sa vie en répétant trois fois ces paroles: « Jésus, je vous aime. » Cet amour lui avait donné la force dans sa maladie, le travail et de les rudes pénitences qu’elle s’imposait et de faire un sacrifice entier alors qu’il ne lui restait que peu d’heures à vivre. On disait souvent qu’elle ne perdait jamais Dieu de vue, surtout dans les bois où elle récompensait pour des grâces extérieures qui sont dans le village et non pas dans les bois. On disait cela d’elle par admiration, ne pouvant pas concevoir que l’on puisse être si attaché à Dieu. Catherine ne connaissait pas le vice de la médisance et ceux qui la connaissaient ne pouvaient rien lui reprocher. Elle était bénie de charité, c’est pourquoi tout le monde l’aimait. Bien qu’on l’ait calomniée à deux reprises et qu’elle aurait eu raison de se plaindre des autres, elle ne ni de près ni de loin au désavantage de ceux qui l’avaient accusée injustement. Elle s’est parue éminente des diverses tentations devant lesquelles elle s’est trouvée d’offenser Dieu et dont elle s’est toujours conservée, bien qu’elle ait vécu deux ans dans son pays face aux dangers continuels d’offenser Dieu. Une autre fille Indigène voulut se joindre à elle, peut-être en partie pour servir Dieu et en partie par esprit de fierté. Mais Catherine a su faire le discernement entre l’esprit de sa compagne et celui de cette autre fille qui avait une fierté personnelle excessive et prétendait d’avoir des sentiments qu’elle ne possédait pas. Catherine faisait voir son bon sens dans ses petites exhortations. Elle a été prudente aussi dans ses excès, elle allant dans les excès pour conserver le chemin que le Père lui avait enseigné. Je n’entreprends pas ici le récit de toutes ses vertus car l’ouvrage serait trop étendu. On peut aussi juger de ses vertus par celles qui sont mentionnées ici. Elle avait un avantage pour aimer la religion que les autres n’avaient pas pour la plupart. Elle possédait un esprit solide et n’a jamais été attachée aux rêves et ce, même avant son baptême. Le respect qu’elle avait pour toutes les cérémonies de l’église et pour tout ce qui touchait au christianisme était la preuve de l’estime qu’elle avait pour sa religion. Sa dévotion était constante, jamais capricieuse et jamais faussement assumée. C’était très difficile pour elle en raison de ses infirmités et du fait que son corps ne pouvait pas seconder ses désirs. Elle restait longtemps agenouillée à la chapelle et rarement se tenait debout lorsqu’elle était faible. Elle répétait souvent: « Qui m’apprendra ce qui est le plus agréable à Dieu, afin moi je le fasse? » Elle était fidèle à toutes les pratiques de dévotion établies dans la mission, aussi bien dans les petits que dans les grandes. Comme nous l’avons vu, elle accomplissait des exercices particuliers de dévotions et elle était prompte à tout quitter quand la cloche sonnait pour les prières. Ses pénitences étaient admirables et bien qu’elle ait toujours été exempte de grands péchés, elle a fait de grandes pénitentes toute sa vie comme nous avons pu le constater. Le Père Cholenec et moi étions ses confesseurs. Nous pouvons témoigner que Catherine était un ange et sa compagne ne pouvait assez admirer sa conscience si pure. Catherine n’a jamais rien fait contre la loi de Dieu, ni avant ni après son baptême. Sa haine du péché, dans lequel elle n’était pas tombée ou dans lequel elle craignait penser de tomber, était la cause de tous ses excès de pénitence. Elle a tant importuné Notre-Seigneur pour qu’il la retire de ce monde corrompu qu’elle est décédée dans la fleur de l’âge, ne pouvant plus vivre dans un corps abîmé par les eaux de la pénitence. Elle a tracé le chemin menant au Ciel aux jeunes filles Indigènes qui ne voudraient pas succomber aux tentations. Sa chasteté est le plus beau fleuron de sa couronne. C’est fut un espace de miracle de la voir échapper aux eaux du déluge de l’impureté. Tous, Dieu et sa conscience y compris, ont témoigné de la vérité selon laquelle Catherine n’avait commis aucun péché de la chair. Dieu a voulu qu’elle apparaisse après sa mort à deux personnes qui doutaient de ce qu’ils devaient penser d’elle et de sa pureté qui s’agissait de moi et de son instructrice. Dieu fit la première guérison des malades en confirmation de la chasteté de Catherine. Elle possédait la chasteté, dont elle a fait le vœu, parce qu’elle le méritait. Le Père Cholenec lui a accordé sa demande pieuse et elle prononça cette promesse solennelle devant lui. L’expérience de deux habitants de La Prairie et de deux autres de Lachine démontra le pouvoir qu’elle avait pour conserver des gens du démon d’impureté. Le Père supérieur de la société des Jésuites de la Nouvelle-France avoue avoir refusé pendant un certain temps avant de lui donner les honneurs qu’elle méritait parce qu’il appréhendant des illusions dans sa conduite et dans ses pénitences. Mais après avoir tout examiné, il a changé d’avis. Son instructrice et moi avons avoué le même doute et nous avons prié Dieu, sans communiquer entre nous, pour savoir ce que nous devions penser de l’obéissance et de la chasteté de Catherine. C’est après avoir assisté à deux très remarquables apparitions de Catherine une semaine après sa morte, que nous avons changé nos sentiments et surtout lorsque nous nous sommes communiqués, quelques années plus tard, les lumières que nous avons vues là dessus. Nous disons des messes pour remercier Dieu pour les grâces qui nous recevons quotidiennement par son intercession. Des pèlerinages ont lieu continuellement à son tombeau et les Indigènes imitent son exemple en devenant des meilleurs chrétiens qu’ils étaient. Des congrégations se sont formées, surtout chez les jeunes filles Indigènes, dans le but de se soutenir mutuellement entre chacune pour vivre comme chrétiennes, et pour se préparer elles-mêmes pour des actions plus héroïques. La terre a perdu ce que le Ciel a acquis. La mission a donné au Paradis un trésor qui lui avait été envoyé deux ans auparavant, c’est-à-dire l’âme de la bienheureuse Catherine Tekakwitha. Elle mourut le mercredi saint, 17 avril 1680. L’estime qu’elle a conservé toute sa vie, l’aide que beaucoup de personnes on reçue après sa mort, les honneurs qui lui sont rendus et diverses autres circonstances qui ont orné sa vie, l’ont fait connaître très bien dans ce pays. Catherine Tekakwitha a servi la mission de son bon exemple, mais on peut dire qu’elle avait servi la mission après sa mort. Son corps inanimé est devenu ici comme un argument pour les Indigènes, que la foi est digne de croyance, et ses prières aident continuellement cette mission.
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