« La vie de la Bonne Catherine Tekakwitha, dite à présente la Sainte Catherine Tekakwitha » par le père Claude Chauchetière, S.J. (1695)

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Chapitre 2

Avant que Catherine Tekakwitha vint à la mission de Saint-François-Xavier-du-Sault, où les Iroquois professent le christianisme depuis vingt-cinq ou trente ans, Notre-Seigneur semblait déjà la place pour cette fille vertueuse. Il commença dès l’année 1667, lorsqu’il inspira au Père Pierre Rafeix d’aller à l’établissement déjà établi à La-Prairie-de-la-Madeleine. Il a crée à cet endroit une sorte de paroisse pour les Français et une mission pour les Indigènes. Alors, le Père Rafeix travaillé à faire une place de repose pour eux qui venaient des missions d’en haut. Quand la paix fut faite, quelques Indigènes sont venus du côté de Montréal pour la chasse et ces chasseurs ont fondé la mission. Ils passèrent l’hiver avec les Français et trois à quatre cabanes furent bâties pour les Indigènes. La mission est sortie de La Prairie pour s’installer sur un terrain une lieue et un quart plus haute parce que la terre n’était plus assez fertile pour leur plantation de blé d’inde qu’ils plantaient seulement. Les missionnaires se sont établis sur une terre concédée aux Jésuites que s’appelle le Sault-Saint-Louis ou le Sault-Saint-François, du nom de la mission. Dieu a pris sept années pour cultiver cette nouvelle église, l’ont voyait autant de chrétiens fervents que dans la première église.

C’est à la mission que Dieu voulut me délivrer d’une grande affliction interne que j’avais depuis un an. En 1677, Dieu me fit la grâce de m’envoyer dans une si sainte mission, mais la grande grâce qu’il m’a donné est la relation que j’ai eue avec Catherine Tekakwitha. Trois ou quatre mois après mon arrivée, il y fit venir Tekakwitha du pays des Agniers où elle était née.

Tekakwitha avait pour mère une bonne chrétienne Algonquine que les Iroquois ont capturée à Trois-Rivières pendant les guerres contre les Hurons et les Algonquins. La fortune de cette pauvre Algonquine capturée fut d’être mariée à un Iroquois, et de ce mariage entre cette chrétienne avec un païen naquit Tekakwitha. Sa mère, dont le nom de baptême m’est inconnu, eut aussi un garçon et demeura avec son mari et ses enfants à Gandaouague, un petit village du clan de la Tortue, dans les Agniers, une des cinq nations Iroquoises.

La petite vérole ravagea ce village et provoqua la mort de plusieurs enfants et adultes, ce qui obligea peut-être les Indigènes à faire la paix avec les Français. La mère de Tekakwitha mourut et laissa les deux enfants avec comme seul regret celui de les abandonner sans qu’ils aient été baptisés. Ils disaient qu’elle était une fervente chrétienne et qu’elle pria jusqu’à la mort et que peut-être sa prière a obtenu la grâce du baptême à sa fille et à nous la grâce de posséder une sainte. Le garçon mourut et il ne resta plus que Tekakwitha. On a cru qu’elle mourrait à l’âge de quatre ans parce qu’elle fut atteinte de la petite vérole, laquelle à succession de temps, a procuré à elle le bien de sa virginité. Son visage, qui était bien fait auparavant, fut ruiné par des cicatrices laissées par la petite vérole. Il s’en fallut de peu pour qu’elle ne perde la vue. Ses yeux furent si gâtés par ce mal qu’elle ne pouvait pas endurer une grande lumière, ce qui l’obligeait à se tenir toujours enveloppée dans sa couverture. Et c’est ce qui a favorisé son désire de demeurer inconnue. Elle remerciait souvent Notre-Seigneur de cette bonté, voyant comme une grâce cette incommodité, car si elle avait eu bonne mine, les jeunes auraient plus recherché et elle aurait fait comme les autres filles qui s’abandonnaient au péché.

Cette fille n’a jamais rien fait en quoi nous pouvions dire qui aurait pu offenser Dieu, puisqu’elle commença dès l’âge de six ou sept ans à avoir une certaine pudeur naturelle, qui est la gardienne de la chasteté. La bonne nature qui était en elle et le soin sa mère avait pris de cette petite la fait croître en âge et en sagesse. Elle s’est considérée tout au long de sa vie comme une grande pécheresse, parce qu’il semblait qu’elle avait une tache sur son corps et qu’elle devait prendre soin de la cacher.

 

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