« La vie de la Bonne Catherine Tekakwitha, dite à présente la Sainte Catherine Tekakwitha » par le père Claude Chauchetière, S.J. (1695)

Accueil Chapitre 1 de 28 Chapitre prochaine >

 

 

 

Catherine Tekakwitha

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait de Catherine Tekakwitha (1717)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Claude Chauchetière, S.J.
La vie de la Bonne Catherine Tekakwitha,
dite à présente la Sainte Catherine Tekakwitha


Chapitre 1

L’honneur et le respect que je dois à la mémoire du Père Jean de Brébeuf et des autres Pères Jésuites, qui ont commencé les missions Iroquoises, m’ont obligé de rompre un silence de cinq années que j’ai gardé sur ce qui s’est passé à la mort et après l’enterrement de celle dont j’écris la vie. Les raisons pressantes de me taire étaient le peu de disposition que je voyais dans l’esprit des Français à croire de si grandes merveilles. Je me suis peut-être trop laissé guidé par mes sentiments, si bien que j’ai eu beaucoup de peine à croire ce que je voyais tous les jours devant mes yeux, ou pour avoir cru quelques Français qui doutaient qu’il y ait de la foi parmi les Indigènes.

La principale raison fut que le Père supérieur de la Nouvelle-France à Québec avait de la difficulté à croire ce qui était écrit dans le petit cahier que j’avais préparé durant l’année 1680. Ceci était un compte-rendu exact pour découvrir ce qui était de Dieu et ce qui ne l’était pas. Les raisons qui m’ont poussé à parler étaient une inclination puissante et une inspiration très forte à faire la lumière. Je ne pouvais pas demeurer plus longtemps dans l’ombre et le silence.

La vérité méritait d’être révélée par toute la terre, que Dieu a publiée le premier par les marques ordinaires dont il se sert pour faire connaître aux vivantes le mérite et la gloire des défunts. Je veux dire les guérisons des malades, les révélations, les visions, les approbations publiques au cours des années et tous les témoignages que nous retrouvons dans le processus pour la canonisation des saints, qui se trouvent aujourd’hui recueillis dans Catherine Tekakwitha. Une des raisons était de ne pas priver les missionnaires de la récompense que Dieu donnait à leurs travaux, en faisant paraître extraordinaire la vertu et le christianisme parmi les Indigènes qui ont été si souvent attaqués par des langues médisantes. C’est pourquoi j’ai entrepris quelques ouvrages particuliers comme celui de « La Narration annuelle de la fondation de la mission du Sault » qui est en deux cahiers et qui concerne la persévérance des Indigènes qui ont donné leur vie pour la foi.

Pour accorder ces deux sentiments contraires, j’ai résolu de prendre le milieu chemin qui m’a été révélé par l’intention de Catherine Tekakwitha, celui de faire des peintures pour l’instruction des Indigènes et de m’en servir pour exhorter ceux qu’elle voulait attirer au Ciel après elle. En même temps, j’ai écrit des journaux qui servirent à ma propre conduite. Je mis donc la main à l’œuvre avec des peines incroyables, ayant parfois envie de tout quitter, mais ayant tout abandonné, il m’en venait des scrupules étranges qui m’empêchaient d’avoir l’esprit en paix. Je ne trouvais la paix qu’en obéissant à ce que Catherine Tekakwitha me demandait.

La première peinture que j’entrepris représentait une copie des « Peines de l’enfer » qui m’avait été envoyée par le Père François de Belmont. Cette peinture plut beaucoup aux Indigènes et les missionnaires m’en demandèrent une copie. Comme cette peinture sembla approuvée par tous, cela me donna le courage d’entreprendre le portrait de Catherine Tekakwitha qui était l’unique peinture que je voulais réalisée pour accomplir ce qui m’avait été si fortement inspiré, pour ma consolation et celle des autres.

J’entrepris moi-même ce portrait un an après sa mort, voyant que je n’avais pas d’autre personne à qui m’adresser pour le faire. J’avais peint certaines images que plusieurs avaient entre les mains dans des feuillets, mais elles étaient trop petites pour être vues de loin si on les exposait dans un grand lieu. Et si on les mettait dans les cabanes, elles seraient aussitôt tachées par la fumée. Je me suis donc résolu à peindre cette grande image qui est encore à présent dans l’église de Saint-François-Xavier et qui serve pour enseigner la vie et les mœurs de Catherine Tekakwitha. Elle fut placée à côté de la peinture « Les quatre fins de l’homme » et des peintures morales du Père Michel de Nobletz. Pour faciliter l’explication de ce grand tableau, j’écrivis un petit livre qui présentait toutes les actions de Catherine Tekakwitha, qui sont peintes des guérisons des malades et les dévotions qui se sont faites sur son tombeau. En 1682, on commença à instruire par les peintures qui plurent beaucoup aux Indigènes.

Ces merveilles ne pouvaient durer plus longtemps sans éclater premièrement à La-Prairie-de-la-Madeleine et ensuite à la mission de Lachine. Il n’était pas dans mon intention de représenter Catherine parmi les Français. J’étais alors aussi curé de La Prairie et j’avais laissé dans un tome de la « Vie des saints » un petit recueil des principales actions des plus grandes édifications de ceux qui ont marqué ma vie.

Le Père Bruyas a ouvert ce livre pour le lire et y trouvé quelques vies des saints qu’il a put faire connaître aux Indigènes dans son sermon. René Cuillèrier était venu ce jour-là entendre la messe au Sault et ne voulut pas s’en retourner sans avoir salué le Père. Cette politesse a donné au Père l’occasion de lui parler de ce recueil. Tous deux admirèrent l’esprit de Dieu qui avait guidé Catherine Tekakwitha tout au long de sa vie et bénirent sa divine bonté de leur avoir fait connaître une si grande merveille. Alors, depuis ce temps on commença à invoquer le nom de Catherine Tekakwitha à Lachine comme on le faisait depuis plus d’un an à La-Prairie-de-la-Madeleine.

Les guérisons qui sont survenues après avoir invoqué le nom Catherine Tekakwitha et le désir des Français de connaître sa vertu donnèrent lieu à un récit plus long et plus clair de ce que Catherine Tekakwitha avait fait. Il y avait près d’un an que nous avions mené les enquêtes et les interrogatoires auprès de nombreuses personnes afin de bien vérifier ce s’est dit de cette fille si vertueuse. Les témoins qui ont été interrogés sont: celle qui l’instruisant, sa compagne, sa sœur avec qui elle a passé un hiver dans les bois et les missionnaires, surtout son directeur spirituel, le Père Pierre Cholenec. Les Français de La Prairie ont vu une partie de ce qui avait été écrit sur elle. Ces témoignages et ceux de plusieurs autres ont rendu crédibles les actions qu’elle fit pendant son séjour de deux ans au Sault. Le Père de Lamberville, qui la baptisa parmi les Agniers, écrivit aux Pères qui étaient à la mission la manière dont Catherine Tekakwitha s’était comportée avant et après son baptême, pendant le temps qu’il la connut. On tira de ces lettres de quoi composer sa vie pendant qu’elle demeurait chez les Iroquois.

Enfin, une chose incroyable et sans précédant demande un témoignage plus grand que celui des hommes. Nous en avons un qui dure depuis quinze ans et qui a commencé à sa mort, après qu’elle eut reçu les sacrements. Tout ce qu’elle a touché a opéré des guérisons, comme le crucifix que nous avons mis entre ses mains lorsqu’elle fut ensevelie, sa couverture, la terre de son tombeau, le plat dans lequel elle mangeait, tous ont rendu subitement la santé. Et l’invocation de son nom a délivré des personnes des tentations charnelles.

En 1681, l’Évêque Monseigneur François Montmorency de Laval retourna à la mission, sa dernière visite remontait en 1676, et on lui parla des premières guérisons de Catherine Tekakwitha. Alors, l’évêque suivant Monseigneur Jean-Baptiste de Saint-Vallier donna ses respects sur son tombeau avec trois ecclésiastiques qui ont reconnu la vertu qu’elle avait d’aider les personnes qui l’invoquaient. Les communautés religieuses ont demandé des grâces à Dieu par son intercession. Les Français et les Indigènes continuent à l’honorer avec profit et avec la consolation pour leur âme et le soulagement de leurs corps. La France l’honore depuis quelques années en divers lieux et les missionnaires des îles d’Amérique l’ont aussi invoquée. Ce qui est plus admirable encore, c’est qu’il est arrivé souvent que plusieurs personnes aient eu la même pensée de l’invoquer sans avoir parlé de leurs pensées entre eux. Ils ont découvert que le même esprit les avait guidés quand leurs grâces leur ont été accordées.

Une partie de sa louange est la vie exemplaire menée par les Sœurs de Catherine au Sault et qu’elles mènent encore aujourd’hui à la mission. Elles ont commencé à être connues après la mort de cette bonne servante de Dieu et mènent encore à présent. Certaines personnes l’ont vraiment imitée et sont mortes, comme si elles étaient prédestinées, et leur vie a été connue. Celles qui vivent encore se sanctifient en imitant Catherine Tekakwitha qui constitue pour elles l’exemple de la parfait chrétienne. On verra à leur mort le rapport de leur vie avec celle de Catherine Tekakwitha. Les hommes comme les femmes ont participé à cette imitation aussi bien que les femmes. Plusieurs filles sont allées au Ciel avec le précieux joyau de la virginité. Les visages des décédés n’ont rien d’effrayant et inspirent la dévotion.

Enfin, le Père supérieur de Québec avait écrit le vendredi 17 avril 1693, soit le jour de l’anniversaire de la mort de Catherine, pour les vertus de cette fille et les guérisons qui ont suivi. Après cette prédiction, j’ai décidé d’écrire sa vie, pour moi et pour quelques-uns autres qui voudront connaître l’histoire de sa vie en avance et pour la glorifier dans le monde.

 


Accueil Chapitre 1 de 28 Chapitre prochaine >